L’inscription automatique : on ne se laissera pas faire!

L’inscription automatique : on ne se laissera pas faire!



Ce mercredi 30 août, le groupe Les Républicains de Nouvelle-Calédonie tenait une conférence de presse pour exprimer ses inquiétudes quant à l’inscription automatique sur la liste électorale référendaire qui, aux dires du secrétaire général du Haut-Commissariat, Laurent Cabrera, ne pourrait être rendue possible que pour les Kanak (personnes de statut civil coutumier) mais pas pour l’ensemble des natifs. Ci-dessous l’interview de Sonia Backès, présidente du groupe, à retrouver également en vidéo sur www.nci.nc en cliquant ici.

Ladepeche.nc : Sonia Backes, aujourd’hui vous et votre groupe politique dénoncez les risques liés à de possibles inscriptions automatiques sur les listes électorales, générale mais surtout référendaire. Quels sont ces risques selon vous ?

Sonia Backès : aujourd’hui il y a un risque majeur que tous les natifs soient inscrits sur la liste générale, mais que seuls les Kanak soient inscrits sur la liste du référendum. Donc, on risque d’avoir un déséquilibre extrêmement important, de plusieurs milliers de personnes, qui viendrait faire pencher la balance dans le sens contraire de ceux qui veulent le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France.

Ladepeche.nc : Qu’est-ce que vous proposez pour pallier à ce risque ?

Sonia Backès: Ce qu’on propose c’est d’en revenir à la loi et à ce qui est prévu aujourd’hui. C’est-à-dire qu’aujourd’hui les indépendantistes font une nouvelle demande, comme c’est souvent le cas : ils demandent à ce que ceux qui n’étaient pas inscrits sur la liste générale puissent y être inscrits automatiquement, et donc sur la liste du référendum. Je crois qu’aujourd’hui il faut s’en tenir à l’accord de Nouméa, à la loi organique. Donc les gens qui veulent s’inscrire pour voter au référendum vont à la Mairie, déposent leurs papiers et, qu’ils soient Kanaks ou non Kanaks, ils sont traités de la même manière.

Ladepeche.nc : Donc pas d’inscription automatique pour aller repêcher les 8000 manquants à l’appel, mais uniquement des démarches volontaires ?

Sonia Backès: Oui je crois qu’effectivement on peut aller accompagner ces personnes-là, les informer qu’ils peuvent s’inscrire, les aider à s’inscrire le cas échéant. Mais les inscriptions automatiques font porter un risque majeur: celui d’avoir finalement des personnes de statut coutumier qui seraient inscrites par milliers sur la liste du référendum et des natifs non kanaks qui, eux, seraient inscrits uniquement sur la liste générale et pas sur la liste du référendum.

Ladepeche.nc: Et vous ne craignez pas de prendre le risque de rendre le référendum insincère si tant est qu’il manque des gens ?

Sonia Backès : La sincérité du référendum, et du corps électoral en particulier, est liée à quoi ? Elle est liée à l’application, la bonne application, de l’Accord de Nouméa et de la loi organique. L’Accord de Nouméa et la loi organique qui prévoyaient que soient inscrites sur la liste électorale du référendum toutes les personnes qui remplissent un certain nombre de conditions, et la première c’était d’être inscrit sur la liste générale. Les indépendantistes ont rajouté une nouvelle demande. Mais la sincérité, elle est bien liée à l’application pleine et entière de l’Accord de Nouméa, c’est-à-dire que tous les gens qui sont inscrits sur la liste générale puissent voter, puissent passer sur la liste du référendum et pas de rajouter à chaque fois des nouvelles conditions. Ce que font les indépendantistes, c’est qu’à chaque fois ils ouvrent de nouvelles portes pour essayer de déséquilibrer finalement ce corps électoral du référendum qui n’est pas à leur avantage. Et là, ils ont trouvé un soutien avec Calédonie Ensemble qui a ouvert la brèche avec ce risque que tous les natifs soient inscrits sur la liste générale, mais que finalement seuls les Kanaks soient inscrits sur la liste du référendum, ce qui risquerait de déstabiliser et de déséquilibrer le référendum.

Ladepeche.nc : Et pourquoi ne pas militer pour une modification de la loi organique rendant possible l’inscription de tous les natifs ? 

Sonia Backès: Oui, je crois que c’est effectivement l’une des solutions puisqu’aujourd’hui, les natifs, selon qu’ils sont kanaks ou non kanaks, dans la loi organique, sont traités différemment. Aujourd’hui, quand on est de statut civil coutumier, on a aucune démarche particulière à faire quand on est sur la liste générale pour passer sur la liste du référendum. Par contre, quand on est natif, je parle toujours de la loi, il faut en plus prouver qu’on a ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie. Si on acceptait finalement que tout le monde, qu’on soit natifs, de statut coutumier ou non, puisse voter au référendum, on aurait solutionné le problème, mais vous avez, comme moi, entendu les propos des indépendantistes, qui ne sont absolument pas d’accord avec ça. C’est-à-dire que les indépendantistes ont foncé dans la brèche ouverte par Calédonie Ensemble en disant: “mais oui, nous on est d’accord pour que tous les natifs soient inscrits sur la liste générale, mais par contre il y aura un dossier à faire pour la liste du référendum”. Et c’est bien là tout le risque qui est porté par ce dossier.

Ladepeche.nc : Le Conseil d’État rendra son avis prochainement sur la question. Est-ce qu’il n’est déjà pas trop tard pour dénoncer ces inscriptions automatiques ?

Sonia Backès : je rappelle que le Conseil d’État va donner un avis uniquement et je rappelle que ce n’est pas trop tard puisque Simon Loueckhote, Harold Martin et moi-même, nous sommes opposés, au dernier comité des signataires, à l’inscription systématique des natifs. Donc on ne découvre pas le problème aujourd’hui, on s’y est déjà opposé et d’ailleurs, suite à notre opposition, il a été acté au dernier comité des signataires que, justement, il n’y avait pas de décision de prise et que, pour l’instant, on ne faisait que consulter le Conseil d’État. Donc le Conseil d’État va donner un avis juridique quant à savoir quelles sont les lois à modifier pour en arriver, le cas échéant, à une inscription automatique. Mais il n’y a absolument pas de décision politique puisque nous avons déjà fait part de notre opposition. Nous allons maintenant écrire au Premier Ministre pour confirmer notre opposition à cette inscription automatique et faire part de notre inquiétude sur le résultat du référendum.

Ladepeche.nc : Ce sera, on l’imagine, un sujet majeur du prochain comité des signataires en octobre prochain à Paris ?

Sonia Backès : Bien évidemment. On demande à ce que ce point soit inscrit dans les points majeurs à aborder au prochain Comité des Signataires. Je pense qu’on ne peut pas faire l’économie de traiter ce sujet-là au fond.

Ladepeche.nc : Et du coup, quelle sera la suite si vous n’êtes pas entendu au Comité des Signataires ?

Sonia Backès : Le sujet est suffisamment grave pour que lors de la venue du Premier Ministre en décembre prochain, il puisse entendre la voix des Calédoniens d’une manière différente.

Ladepeche.nc : C’est à dire ?

Sonia Backès : La dernière fois on a manifesté lors de la venue du Président de l’Assemblée Nationale pour obtenir que, les 155 000 personnes qui sont inscrites aujourd’hui sur la liste référendaire, le soient. On n’hésitera pas à mobiliser les Calédoniens pour ne pas se laisser faire sur ce sujet-là.

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