Thierry Santa jouera le maître de cérémonie

Thierry Santa jouera le maître de cérémonie



Avec la sagesse qui le caractérise, le président du Congrès de Nouvelle-Calédonie a dévoilé ce matin à la presse ses intimes réflexions et travaux autour de la question du référendum d’autodétermination. Retrouvez ici ses craintes, de voir naître une question « qui ne ferme aucune porte », ses doutes, sur la capacité des chefs de groupes politiques d’arriver unis au Comité des signataires, ses envies, que les Calédoniens écrivent « l’avenir de leur pays ». Interview.

 

Lors de sa visite, le Premier ministre Édouard Philippe a demandé au Congrès de Nouvelle-Calédonie de déterminer d’une part la date et d’autre part la question du référendum d’autodétermination. Qu’en pensiez-vous à l’époque, et qu’en pensez-vous maintenant ?

Lors de nos échanges, j’avais expliqué au Premier ministre que le choix de la date me paraissait quelque chose de possible. Par contre dans le contexte dans lequel on était, début décembre, la question elle-même était encore sujette à discussion. Et donc j’ai fait le tour des chefs de groupe, avant notre déclaration à l’assemblée avec le ministre et moi-même, pour avoir l’accord justement de tous les chefs de groupe et pouvoir exprimer lors de ma prise de parole la proposition de déposer une délibération commune de tous les chefs de groupe et moi même sur la date de la consultation. On avait même acté une date, le 28 octobre. J’ai annoncé en Assemblée au premier Ministre cette démarche, j’ai rédigé une déclaration en ce sens, et au moment de la faire signer par les uns et les autres, j’ai eu un refus, me demandant du temps, de la part de Louis Mapou de l’UNI et de Calédonie Ensemble au sein de l’Inter-groupe, qui souhaitaient prendre un peu plus de temps pour rendre la démarche plus solennelle, en tout cas de la part de Calédonie Ensemble. Mais sans m’en dire davantage. L’UNI par contre n’a pas fourni plus d’explications en dehors de demander plus de temps pour y réfléchir. Alors que, précédemment, je le redis, en amont, il m’avait donné son accord sur le principe. Pour l’instant, tout ça est en stand-by.

 

Une autre date que le 28 octobre avait été avancée ?

Parallèlement, le groupe de travail qui se réunit au Haut-commissariat avait évoqué une date peut-être différente. Moi ça me dérange pas, pourquoi pas, pour des questions de vacances scolaires, pour essayer de faire en sorte qu’il y ait plus de monde possible présent pour cette consultation, pour ce référendum. Moi je considère que le sujet est tellement important que, même en fin de périodes de vacances scolaires, je serai surpris que les gens ne soient pas là pour écrire l’avenir de leur pays, c’est mon avis personnel. Mais la date m’importe peu, c’est plutôt le principe d’acter la chose au Congrès, ce qui est prévu par la loi. C’est comme ça que la loi est écrite, c’est le Congrès qui peut définir la date, et si le Congrès ne le fait pas, l’État prend la main, c’est comme ça que les choses écrites dans la loi. Sur le principe, je considère que le Congrès, dès lors qu’il en a les compétences il peut exercer, dès lors qu’il a une responsabilité, il peut exercer. C’est ce que j’ai expliqué aux uns et aux autres, pour l’instant on en est là. Je dois revoir les chefs de groupe fin février, au retour des uns et des autres, pour évoquer le sujet avec eux, et du coup évoquer le sujet de la question.

 

Est-ce que le choix de « LA » question fait d’avantage l’unanimité aux Congrès aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le contexte n’est plus le même que celui du mois de décembre. Encore une fois, les groupes de travail ont continué de travailler. La question de la question a été évoquée au sein des groupes de travail, avec des positions différentes des uns et des autres, pas forcément toujours très claires, en tout cas pour certains. La question que je vais poser aux chefs de groupe, c’est effectivement s’ils conviennent avec moi de la nécessité de présenter le sujet en assemblée, sachant qu’aujourd’hui je n’ai pas l’impression qu’il y ait l’unanimité sur la question. Cela veut dire qu’il y aura un vrai débat en assemblée. Est-ce qu’il faut le faire en amont du comité des signataires et arriver au comité des signataires si possible avec un consensus, mais je crois encore une fois que nous n’atteignons pas le consensus sur ce sujet. Ou est-ce qu’il faut qu’on attende le comité des signataires pour que la discussion se fasse, et qu’après le comité des signataires, le congrès valide ou pas, c’est aussi prévu par la loi aujourd’hui. Le congrès, dans sa plénitude, puisse valider ou pas la question qui pourrait émerger des discussions au sein du comité. Voilà, c’est un peu l’interrogation du jour, que j’ai posée aux collègues chefs de groupes.

 

Quelle est la date butoir pour le choix de la question du référendum ?

Au plus tard le 9 mai. Il faut que le référendum ait lieu au plus tard six mois avant la fin de la mandature provinciale, au plus tard le 9 novembre. Il faut également que la décision soit prise six mois avant la date de la consultation, donc ça fait un an pile entre la date des prochaines élections provinciales et la date pour acter la question qui va être posée aux Calédoniens.

 

Pouvez-vous nous dire aujourd’hui quelle sera « LA » question, ou du moins, le genre de question posée ?

Soit, ça sera une question du genre « êtes vous favorable à l’accession de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie », soit « quelle est votre volonté pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie », avec deux bulletins qui seraient « Je souhaite que la Nouvelle-Calédonie reste au sein de la République française » et « Je souhaite que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ». C’est un peu les deux possibilités qui se discutent aujourd’hui, mais derrière tout ça, on sent aussi, qu’il y a… comment dire… Tout le monde n’a pas arrêté définitivement sa volonté d’une question binaire de ce type. La notion de binaire, finalement, elle ouvre toute les portes. Binaire, ça veut dire oui ou non. Ca peut être oui ou non à toutes les questions qu’on peut leur poser. Je sens que globalement, tout le monde n’a pas forcément arrêté sa position sur la notion de binaire au sens « indépendance » ou « pas indépendance ».

 

La question sera forcément binaire, n’est-ce pas ?

Oui, la question sera forcément binaire. Binaire, ça peut être « oui » ou « non » pour l’indépendance. Ca peut être « oui » ou « non » pour l’indépendance-association. Ca peut être « oui » ou « non » pour un troisième accord. Ca peut être binaire pour indépendance-association avec une autonomie poussée. Ca peut être binaire pour une indépendance-association avec le maintien de la Calédonie dans la France. Ca peut être binaire dans tous les sens. Ca veut dire une réponse et son contraire, c’est le principe du référendum. Du coup, tout le monde s’est satisfait, ou pas en l’occurrence, de la déclaration du premier ministre. En y réfléchissant bien, il ne ferme aucune porte. Les discussions continuent. C’est pour ça qu’il n ‘y a pas de ligne claire sur la question. Faut vraiment se poser la question de l’opportunité de traiter la question au sein de l’assemblée. Si l’objectif est de faire en sorte qu’il y a ait une démarche commune, consensuelle, des forces politiques calédoniennes, je ne suis pas convaincu que ce soit le moment de poser la question sur la table.

 

Peut-on assister à une question qui ne répond à rien ? Peut-on ne pas avoir d’unanimité sur « LA » question ?

Non je ne crois pas, le sujet est trop important. Il faut réfléchir à une vraie question. Ca va dépendre de l’avancée des discussions. Parce que c’est vrai que ça fait partie des possibilités dont je parlais, toutes les portes restent ouvertes. Pour l’instant, je suis incapable de vous dire quelles portes seront ouvertes et quelles portes seront fermées. Je n’ai pas le sentiment aujourd’hui que quelques portes que ce soient soient fermées par qui que ce soient, contrairement à ce qu ‘on pourrait croire en entendant les uns et les autres s’exprimer. Est-ce que, avec la sagesse des hommes, on peut continuer à s’exprimer dans ce pays ? Je suis par nature optimiste.

 

Quels sont les autres sujets que le Congrès devraient aborder en 2018?

Oui, nous allons discuter de sujets importants, comme les comptes sociaux, il va falloir trouver une solution à cette situation catastrophique. Comme la TGC, vous avez compris que certains avaient l’intention de repousser la date. Je ne fais pas de langue de bois, d’autres n’ont pas l’intention. Cela va être un sujet discuté en assemblée parce que si la date doit être repoussée, cela suppose une modification de la délibération qui a mis en place la TGC, cela va forcément se retrouver sur le bureau du Congrès. Le Plan territorial de prévention de la Délinquance fait aussi parti des sujets de société sur lesquels il va falloir se pencher.

Implicitement, on va limiter nos travaux sur les sujets les plus importants et les plus urgents. On va essayer dans la mesure du possible d’éviter les sujets polémiques dans la période qui s’ouvre à nous, en tout cas, c’est comme ça que je le comprends. Encore une fois, il y a certains sujets polémiques que l’on ne pourra pas éviter. Globalement, on n’aura pas une activité aussi intense que les années antérieures.

 

Quelles sont les autres grandes dates à retenir 2018 ?

Le Sénat se penchera sur le projet de loi organique le 13 février, puis lors de la séance solennelle du 20 février. D’ailleurs la question de la procuration des votes ne devrait pas être abordée.

Ensuite, une mission parlementaire se déplacera en Nouvelle-Calédonie entre le 19 et le 24 février. Le Comité des signataires aura lieu fin mars, et enfin, le Président de la République devrait se rendre ici début mai.

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