Inédit : Ils détectent des requins sans les voir !

Inédit : Ils détectent des requins sans les voir !



D’Entrecastaux aux Chesterfield, en passant par le Lagon nord, des scientifiques de l’IRD ont détecté la présence jusque-là inédite de requins, dont certains rares, en analysant « simplement » l’eau de mer. Ou comment une méthode scientifique révolutionnaire permet de suivre à la trace les squales dans nos eaux…

Ils ont réussi à faire ce qui n’avait pas été fait en plus de 3 000 plongées scientifiques. D’un simple échantillon d’eau de mer, il est désormais possible d’identifier de nombreuses espèces de requins. Une révolution. En témoigne l’analyse de 22 prélèvements d’eau réalisés autour de la Nouvelle-Calédonie, publiée dans la revue Science Advances. Elle atteste de la présence de 13 espèces de squales dans le lagon alors que seulement 9 avait été observées jusqu’à lors.

Dans l’eau, le requin laisse derrière lui des fragments de peau, de muqueuses ou encore des déjections. C’est cette matière animale qui intéresse les scientifiques. Extraite en laboratoire, à partir d’échantillons d’eau prélevés dans l’archipel d’Entrecastaux, au large de Nouméa, ou encore dans le lagon Nord et les îles Chesterfield, elle a permis d’identifier chaque espèce à partir de son ADN.

« Six des treize espèces, le requin-bouledogue, le grand requin-marteau ou le requin-soyeux par exemple, n’avaient jamais été observées avec nos méthodes de suivi traditionnelles, s’enthousiasme Germain Boussarie, premier auteur de l’étude. Le lagon abrite 26 principales espèces de requins mais nous n’en avions observé jusqu’ici que 9 ! ». Les autres squales échappent aux techniques classiques du fait de leur caractère furtif ou de leur rareté. Les méthodes consistent à les identifier lors de plongées sous-marines et à l’aide de caméras dotées d’appâts pour les attirer. « Les squales, le requin-tigre par exemple, s’éloignent dès qu’ils perçoivent la présence humaine. Il est très difficile de les rencontrer en plongée, raconte Laurent Vigliola, directeur de recherche à l’IRD et coordinateur de l’étude. Les caméras appâtées sont plus efficaces mais la nourriture se sent sur un rayon limité. Selon les conditions, un requin-tigre situé à des centaines de mètres de la caméra peut ne rien sentir ».

L’ADN recueilli dans les échantillons d’eau ne trompe pas. Cette matière animale se conserve dans le lagon quelques heures, avant d’être dégradée ou consommée par d’autres organismes.

Une voie ouverte pour l’étude des espèces rares

Les prélèvements d’eau attestent aussi du passage de requins rares dans les zones où on les pensaient localement éteints. « Au large de Nouméa, nous n’avons jamais observé de requins et nous ne nous attendions pas à détecter une diversité d’espèces, en raison d’une activité humaine intense, raconte Laurent Vigliola. En fait, ils se sont peut-être adaptés à ce nouvel environnement. Les éléphants d’Afrique migrent désormais de nuit pour éviter de croiser des chasseurs, on peut aussi bien imaginer que les requins ont développé ce type de comportement ».

L’analyse de l’eau de mer ouvre une nouvelle voie dans l’étude des espèces marines rares. Avec plus d’échantillons prélevés autour du territoire, les scientifiques évalueront mieux la répartition géographique des squales, et à plus long terme pourquoi pas d’autres espèces rares, le dugong par exemple.

Photo : Copyright IRD / Laurent Vigliola

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