« L’alcool n’a rien de culturel »

 « L’alcool n’a rien de culturel »



Grégoire Thibouville, psychologue-clinicien, organise avec le Collège des psychologues le 27 juin une conférence sur le thème « L’alcool en Nouvelle-Calédonie, d’un fléau vers un espoir ». Pour lui, la prévention et l’éducation restent les meilleurs moyens de lutter contre ces fléaux.


On attend souvent dire que beaucoup d’alcool est consommé en Nouvelle-Calédonie parce que c’est culturel. Est-ce que c’est le cas ?

Grégoire Thibouville : Non, il n’y a rien de culturel, c’est partout pareil ! Si on prend le public jeune, le plus vulnérable, on voit que premièrement l’interdit les attire. Deuxièmement, l’alcool est un anxiolytique donc concrètement quand on se développe, qu’on grandit, et qu’on n’est pas forcément bien dans sa peau pour aborder les autres, on constate en faisant l’expérience qu’on rentre plus facilement en contact. Ce sont des effets qui peuvent paraître bénéfiques au démarrage. Malheureusement, cela entraîne vite une consommation par excès, par répétition pour retrouver ses sensations. On s’aperçoit vite que ça vient simplement combler un vide que l’on a en soi et que l’on n’arrive pas à combler autrement que par l’alcool, le cannabis, de plus en plus le kava ou encore les jeux vidéo, internet ou les réseaux sociaux et trop souvent, tout cela en même temps.

Comment peut-on expliquer qu’on en arrive là ?

G.T : Il ne faut pas généraliser. Beaucoup de jeunes font des expériences et rectifient le tir. Pour les plus fragiles, cela vient colmater provisoirement des failles narcissiques, failles identitaires, ce que l’on appelle la construction du « je ».  On ne se sent pas bien donc on compense. Beaucoup minimise en pensant que ce ne sont pas des drogues dures, mais il n’y a pas de drogues dures ou douces. La question est : à quel moment on s’inscrit dans une dépendance ? Tout excès, à un moment, à des conséquences sur notre organisme, notre vie.

Comment peut-on y remédier ?

G.T : Là on peut parler d’aspect culturel, au sens noble, c’est-à-dire l’éducation. En Océanie, est-ce qu’on apprend à boire ? Si on apprend à boire, on apprend à boire comment ? Il faut s’interroger en matière de prévention sur comment on peut intervenir auprès des jeunes pour expliquer cela. Comme pour les boissons sucrées, on peut se faire plaisir de temps en temps sans en boire 2 litres. Il faut simplement accompagner les découvertes. Laisser un enfant de 3 ans avec une tablette ça pose aussi le problème de l’éducation et de l’apprentissage. Cela passera par l’école, par la famille, par l’entourage. Les jeunes que je vois passer dans mon cabinet parce qu’ils arrivent à l’école sous l’emprise de cannabis ou d’alcool ont, pour beaucoup d’entre eux, également des problèmes d’ordre scolaire, familial, etc. Ceux-là nécessitent un repérage très précoce.

Quels sont les outils pour repérer, expliquer et éduquer ?

G.T : Les campagnes de communication, de prévention, comme Zéro tolérance, sont utiles, mais il faut qu’elles entrent à l’école pour que l’on commence très jeunes à en parler, à ouvrir le débat. Les enfants sont témoins de scènes sociales alcoolisées dans la rue, à la maison, et souvent des violences qui en découlent. Pour eux ça devient normal. Et quand on ne dit jamais à un enfant que ce n’est pas normal, on ne lui permet pas de transformer les choses et finalement de ne pas adopter ces comportements plus tard.

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