L’Autorité de la concurrence épluche la filière fruits et légumes

L’Autorité de la concurrence épluche la filière fruits et légumes



En réponse à la demande du gouvernement, l’Autorité de la concurrence (ACNC) a rendu son avis sur l’organisation de la filière fruits et légumes. Pour l’Autorité elle ne garantit ni une « véritable concurrence », ni le « renforcement de l’autosuffisance alimentaire », et ne permet pas de « limiter la volatilité des prix » qui ont augmenté, depuis 2010, de 43,9 % pour les fruits et de 14,3 % pour les légumes.

78 pages et 10 recommandations. Le rapport de l’Autorité de la concurrence sur la filière fruits et légume vient d’être publier, et il n’est pas tendre. Mais pour Nicolas Metzdorf, le membre du gouvernement en charge de l’agriculture, qui en avait fait la demande en mars « c’est un travail titanesque qui a produit l’analyse la plus précise et la plus complète jamais réalisée sur la première filière agricole calédonienne ». Et pour lui «  la réponse est sans appel ». Il faut dire que l’Autorité présente un état des lieux des dysfonctionnements, et ils sont nombreux. Pour l’ACNC « l’organisation de la filière (…) ne permet pas de garantir les conditions d’une véritable concurrence entre opérateurs et ne contribue pas efficacement à l’objectif de renforcement de l’autosuffisance alimentaire ni à la diversité de l’offre des produits. Elle ne permet pas non plus de limiter la volatilité des prix des fruits et légumes qui continuent de progresser chaque année au détriment des consommateurs ». Un constat que tous les Calédoniens partagent, mais la question c’est : Pourquoi ?

Même si l’on sait que la situation est difficile pour l’agriculture calédonienne, que le nombre d’exploitations baisse et que l’on arrive à produire localement que 45% des besoins en fruit et 78 % des besoins en légumes, pour l’autorité il y a d’autres raisons, notamment pour expliquer le prix élevé des produits et leur constante augmentation depuis 2010 ( + 43,9 % pour les fruits et  + 14,3 % pour les légumes).

Ce qui est sûr, c’est que les Calédoniens consomment moins de fruits et légumes que les réunionnais, polynésiens, néo-zélandais ou métropolitains, peut-être du fait des prix, mais aussi parce qu’ils ont « une opinion globalement négative à l’égard de la disponibilité, de la qualité et des prix des fruits et légumes produits localement ». On en consomme moins ou on en achète moins ? Là est la question. Parce que pour l’ACNC «  la production traditionnelle non commercialisée (principalement en tribu ou dans les potagers des calédoniens) est au moins équivalente à la production marchande ». Et si il y moins de produits locaux à la vente « il y a un recours croissant aux importations et à des prix en hausse ».

Pas assez de concurrence

Pour l’Autorité, c’est là que le bât blesse. Elle explique qu’« en pratique, moins d’une dizaine de producteurs réalisent plus de la moitié de la production marchande (…) et peuvent, grâce à leurs volumes ou leurs infrastructures de stockage et de conditionnement, influer sur le marché, contrairement à la quasi-totalité des autres producteurs (…)  en situation de dépendance économique par rapport à la demande sur les marchés aval ». Et l’Autorité d’ajouter que « la concentration des grossistes sur les marchés de la distribution en gros et la domination du réseau des grandes et moyennes surfaces sur le marché de la distribution au détail dans le grand Nouméa crée un déséquilibre des forces susceptibles de conduire à des pratiques anticoncurrentielles ». Aujourd’hui La part des circuits courts (du producteur au consommateurs, que prônent la chambre d’agriculture, « reste très marginale » et l’absence de « catégorisation des fruits et légumes et de valorisation des produits labellisés nuit à la montée en gamme des produits, à l’amélioration des revenus des producteurs et au bien-être des consommateurs ». Pour l’autorité « l’échec de l’interprofession fruits et légumes (IFEL) en 2016 pour réorganiser la filière (…) est particulièrement dommageable ».

Mais l’ACNC ne s’arrête pas là et égratigne le système de protection de la production locale par le contingentement des importations qui d’une part «  limite par définition la concurrence, ne semble pas efficace pour lutter contre la dégradation du taux de couverture dans la filière fruit et conduit à des prix élevés, voire à des situations de pénuries des fruits et des légumes, en favorisant la collusion entre les principaux producteurs et grossistes », et d’autre part « au stade de la distribution en gros et au détail n’a pas permis de lutter contre la volatilité ni l’augmentation des prix des fruits et légumes faute de porter également sur les prix pratiqués par les producteurs locaux ».

10 recommandations de l’autorité

Pour surmonter ces dysfonctionnements formule les dix recommandations, à commencer par « réviser le champ, le calendrier et la procédure d’attribution des quotas à l’importation en raison de leur caractère anticoncurrentiel », mais aussi « confier à l’Agence rurale le soin d’établir une programmation annuelle de la production (…) lui permettant de fixer, à l’avance, une période de levée totale des quotas (…) afin de lutter contre le risque de pénurie et d’envolée des prix ». Elle préconise aussi « d’instaurer une procédure d’ouverture et d’attribution de quotas à la fois transparente et non collusive au sein de l’Agence rurale » ou encore, pour les fruits et légumes non soumis à protection de marché, « de rétablir la liberté des prix à tous les stades de la commercialisation pour renforcer la concurrence et prévoir la conclusion annuelle d’un accord interprofessionnel de modération des marges des distributeurs » pour protéger les agriculteurs locaux. Pour l’Autorité de la concurrence il faut de toute façon « structurer la filiere dans un sens plus favorable aux producteurs » et « formaliser des relations contractuelles (entre prodcuteurs et distributeurs) et développer des circuits courts ».

Du côté du gouvernement, Nicolas Metzdorf entend « entreprendre un travail sur la base des dix recommandations de l’Autorité » en organisant « dès le mois d’août, une présentation complète et détaillée du rapport aux professionnels pour bâtir un calendrier de travail piloté par un comité de suivi  chargé de mettre en œuvre les recommandations ».



Le rapport complet de l’Autorité de la concurrence en Nouvelle-Calédonie :

https://autorite-concurrence.nc/actualites/23-07-2018/avis-sur-lorganisation-de-la-filiere-fruits-et-legumes

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