Le thon germon a la cote en métropole

Le thon germon a la cote en métropole



Issu d’une pêche sélective et responsable « comme il ne s’en pratique presque plus », le thon blanc calédonien séduit le marché français. Depuis la création de la marque « Cap La Pérouse », qui regroupe la filière, et sa présentation au Seafood de Bruxelles, les commandes et les exportations s’enchaînent. 

13 tonnes de plus. Au quai des Pêcheurs, à Nouville, les employés de la société Pacific Tuna s’affairaient mardi matin à charger un container entier de thon blanc, le fameux thon germon calédonien. Dans deux mois il sera réceptionné par la société Connétable France pour en faire des conserves haut de gamme. Mais comment notre thon a pu taper dans l’œil de ses grosses sociétés métropolitaine et surtout pourquoi ?

Avec 2 500 tonnes de production annuelle et un marché local saturé, la Fédération des pêcheurs hauturiers de Nouvelle-Calédonie cherchait de nouveaux débouchés pour le thon germon. Mais difficile de se faire remarquer sur un marché mondial, notamment avec un produit peu connu et pas forcément bon marché. « Si notre thon a de grandes qualités gustatives, il n’est pas suffisamment compétitif et souffre d’un déficit d’image et de reconnaissance, explique le membre du gouvernement en charge notamment de la pêche, Nicolas Metzdorf. L’idée de créer une marque est née de cette concertation entre le gouvernement, les pêcheurs et les transformateurs ». Ce sera « Cap La Pérouse » parce qu’à l’international tout le monde connaît le navigateur, « une référence à la France et au Pacifique, mais aussi parce que ce nom symbolise l’excellence », précise Nicolas Metzdorf.
C’est donc réunis au sein de cette nouvelle marque, et accompagnés du cluster New Caledonia Trade & Invest (NCT&I), que les sociétés de pêche et ateliers de transformation ont participé au mois d’avril dernier au salon professionnel du Seafood à Bruxelles. Et ils avaient des arguments de poids. Car la Nouvelle-Calédonie fait figure d’exception dans le domaine de la pêche au thon où les rendements sont partout en diminution du fait de la surpêche.  « Au cœur du parc naturel de la mer de Corail, les pêcheurs ont su prélever avec soin la ressource en thonidés. L’effort de pêche est 10 à 20 fois inférieur aux autres pays de la zone, raconte le membre du gouvernement. Ici, nous pêchons à la palangre, une pêche responsable et sélective. C’est seulement un hameçon par jour pour 110 km2 ». Des arguments qui ont attisé la curiosité de sociétés haut de gamme. Avec 500 visites sur le stand en trois jours et une trentaine d’entretiens avec des acheteurs potentiels, il ne restait plus qu’à concrétiser des commandes de retour à Nouméa.

 

60 tonnes déjà exportées

« Nous avons déjà expédié trois containers de thon blanc congelé vers les conserveries la Belle Îloise, le groupe Chancerelle et sa marque Connetable, le grossiste intermédiaire Sea-U qui fournit le groupe Relais et Château et le groupe Thiriet », explique Jessica Bouyé, la directrice de Pacific Tuna. Dans le prolongement de ces commandes, d’autres, en thon frais expédié par avion, ont déjà permis de doubler les volumes avec de nouveaux clients comme Carrefour, Super U et Métro. « C’est 500 kg à une tonne de longes fraîches expédiées chaque semaine », précise Mario Lopes, le directeur général de Pescana. Au total, 41 tonnes de commandes de thon germon ont été formalisées portant à plus de 60 tonnes les quantités expédiées vers l’Europe au premier semestre 2018. Mais l’objectif est supérieur. « A terme, ce sont 200 à 300 tonnes qui pourraient être exportées annuellement et de manière régulière vers l’Europe, soit l’équivalent de ce que nous exportons déjà vers le Japon », annonce Nicolas Metzdorf.

Une trentaine d’emplois à la clé

Mais pas question de se lancer dans la surpêche pour répondre à une forte demande. « Aujourd’hui, la filière comprend 16 navires. Mais la faible pression sur la ressource offre une réelle marge de manœuvre, tout en restant dans les règles de gestion durable et de conservation des milieux dictées par le parc de la mer de Corail », tient à préciser le membre du gouvernement. Ces règles fixent le nombre maximum de navires à 21, mais la Fédération des pêcheurs hauturiers de Nouvelle-Calédonie et le gouvernement souhaitent monter à 19 et procéder par palier pour déjà analyser l’écoulement de cette nouvelle production. « Pour passer de 16 à 19, nous allons déjà créer une trentaine d’emplois directs et indirects. Le gouvernement y travaille déjà. La commission de la ressource marine a donné son aval pour les trois bateaux supplémentaires, ils sont commandés, et il faut désormais un arrêté du gouvernement pour officialiser tout cela. C’est l’affaire de quelques mois pour le démarrage », conclu le membre du gouvernement.

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