Ce que nous dit une image …

Ce que nous dit une image …



Le 7 aout dernier, j’apprenais à travers le fil d’actualité de ma page facebook que le Lycée du Grand Nouméa venait de prendre le nom de l’ancien sénateur Dick Ukeiwë disparu en 2013. Le symbole est beau et à la hauteur de la contribution de l’homme au pays ; peut-être sera-t-il solennisé par une cérémonie républicaine. Mais la manière de découvrir ce changement pose problème : un doigt d’honneur pris en selfie sous le nom de l’homme politique… Pourquoi ?!

Il serait trop facile de réduire la diffusion de cette image à la manifestation d’une provocation prépubère. Autre problème ; celui d’accorder, à travers cet article, une publicité excessive à la bêtise. Mais, à quelques semaines du référendum d’autodétermination, l’insulte au nom de Dick Ukeiwë pose la question de la santé morale d’un pays et d’une partie de sa jeunesse. Aimé Césaire disait qu’il fallait « voir clair et entendre dangereusement ».

« Dangereusement » car, ramenée aux différentes dimensions historiques et sociales qui font la Nouvelle-Calédonie, cette image interroge notre capacité de faire pays ; autrement dit, le « destin commun ». Une fois diffusée sur facebook, elle n’a pas manqué de faire réagir ; beaucoup se sont alarmés de l’ignorance que cet.te adolescent.e manifestait de sa propre histoire, d’autres y ont vu le signe d’une jeunesse en conflit ouvert avec la classe politique, d’autres réactions portaient sur l’offense au statut coutumier du nom Ukeiwë. « Voir clair » ; parce que cette image montre une nouvelle fois la difficulté de la reconnaissance. Cette image raconte donc une fracture, un échec collectif.

Ce pays est résilient, sa force est d’interroger son devenir par la mise en œuvre de l’accord de Nouméa et l’organisation du referendum d’autodétermination. On sait également que le transfert de compétences en matière d’éducation (réalisé en 2012) suppose l’élaboration de programmes spécifiques à la Nouvelle-Calédonie. Cette image est le signe de malentendus tenaces sur l’histoire douloureuse des « Evénements ».

Pour souligner la gravité symbolique de cette image, il faudrait peut-être procéder à un rappel de faits historiques ; dont le plus emblématique est celui de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. C’est la tâche de nos enseignants. Rappelons simplement, qu’un homme comme Dick Ukeiwë n’a pas hésité à proposer de prendre – avec d’autres sénateurs – la place des otages d’Ouvéa un 1er mai 1988. S’il ne s’est finalement pas retrouvé dans la grotte de Gossanah, il a montré à ce moment un engagement suffisamment rare pour être honoré et respecté.

La Rédaction

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