Campagne référendaire : les propos de Daniel Goa font bondir les loyalistes

Campagne référendaire : les propos de Daniel Goa font bondir les loyalistes



En déclarant, ce week-end lors du comité directeur de l’Union Calédonienne, que les non-indépendantistes représentaient « l’axe du mal » et qu’en cas de triple victoire du « Non » aux référendums le peuple kanak pourrait « négocier (la) souveraineté pleine et entière directement avec le colonisateur », Daniel Goa a déclenché la colère des partis loyalistes. Action, réaction.

La campagne référendaire est bel et bien lancée. Et avec elle sont lots de déclarations, parfois musclées. Dernière en date, celle de Daniel Goa. Lors du Comité directeur du parti, le président de l’UC n’a pas mâché ses mots. Sans doute un peu piqué au vif par un troisième sondage qui donne le « Non » vainqueur à 66 % et par la publication de l’Etat, vendredi, sur les conséquences du référendum.

Dans ce document de trois pages (lire notre édition de vendredi), l’Etat explique les conséquences juridiques du vote des Calédoniens le 4 novembre prochain, notamment concernant les financements de la France. Si les partis indépendantistes ont longtemps expliqué qu’en cas de « Oui » à l’indépendance l’Etat resterait présent pour accompagner la Nouvelle-Calédonie, ce dernier précise que « à une date qui sera choisie de concert, une loi française marquera en droit interne la fin de l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie » et que « les mécanismes actuels des financements de l’Etat, reposant sur l’Accord de Nouméa, n’auront plus de fondement juridique, et seront donc caducs ». Une publication que certains partis loyalistes n’ont pas manqué de reprendre. Pour Sonia Backès, la communication de l’Etat sur les conséquences du référendum c’est « trois vérités qui font voler en éclat la théorie de l’indépendance avec partenariat ».

« Au terme d’un éventuel troisième référendum, nous ne chercherons plus à nous ouvrir, nous irons peut-être négocier notre souveraineté pleine et entière directement avec le colonisateur »

Des phrases chocs à l’UC

Réunie samedi en Comité directeur, l’Union Calédonienne, par la voix de son président Daniel Goa, a changé de braquet dans la campagne référendaire. Un discours musclé qui ne passe pas dans les rangs loyalistes. Pour le président de l’UC, si l’intention est bien d’atteindre un « Oui » massif à l’indépendance, il a annoncé devant ses troupes que, toutefois, au terme d’un éventuel troisième référendum « nous ne chercherons plus à nous ouvrir, nous irons peut-être négocier notre souveraineté pleine et entière directement avec le colonisateur ». Des propos qui mettent déjà à mal le nécessaire dialogue entre les forces politiques au lendemain du référendum, et qui confirme que les indépendantistes veulent aller jusqu’au troisième référendum. Mais le président de l’UC ne s’est pas arrêté là. Il a déclaré qu’en cas de victoire du « Non », « l’ambition de créer un pays avec les invités de l’histoire sera éteinte » et que « le pays kanak obtiendra inéluctablement son indépendance, avec ou sans eux ». Pour étayer ses propos, Daniel Goa a expliqué que les inégalités entre les populations kanak et non-kanak ne cessent de croître à cause des politiques des non-indépendantistes qu’il qualifie « d’axe du mal »  qui sont en train de « nous vendre pour leur seul profit ».

« C’est un dérapage verbal extrêmement dangereux dans cette campagne électorale où nous devons tous être à la hauteur des enjeux »

Réactions en cascade

Il n’en fallait pas plus pour faire bondir les responsables non-indépendantistes, Philippe Gomes en tête. Si dès dimanche soir, sur Nouvelle-Calédonie 1ère, le leader de Calédonie Ensemble déclarait « que les indépendantistes ne peuvent être dans une autre posture avant le référendum », il réaffirmait « qu’une fois que le référendum aura livré ses résultats, une nouvelle étape pour le pays s’écrira ». Pour Le député de la deuxième circonscription nous passerons alors « d’une souveraineté française proposée à une souveraineté française démocratiquement choisie par le peuple calédonien ». « Une nouvelle étape, une nouvelle philosophie », qui doit, selon Philippe Gomes, permettre le dialogue nécessaire « à la construction de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie dans la République ». Ce que le député a du mal à avaler en revanche, c’est d’être qualifié, avec l’ensemble des loyalistes, « d’axe du mal ». Il s’est dit surpris des propos de Daniel Goa. « C’est un dérapage verbal extrêmement dangereux dans cette campagne électorale où nous devons tous être à la hauteur des enjeux », a-t-il déclaré ajoutant que « les non indépendantistes sont des Calédoniens comme les autres, reconnus par Jean-Marie Tjibaou (…), reconnus par l’Accord de Nouméa dans le préambule ».

« Une véritable volte-face au projet de destin commun tant voulu par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur »

Du côté des partis dit LR, les réactions n’ont pas tardé non plus. Les Républicains Calédoniens « dénoncent avec la plus grande fermeté les propos de Daniel Goa ». Ils les qualifient « d’extrêmement virulents et agressifs », « une véritable volte-face au projet de destin commun tant voulu par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur ». Pour les Républicains Calédoniens, ces propos sont « volontairement clivants et contraires à l’idée de paix sociale et institutionnelle nécessaires en cette période de campagne référendaire » et « démontrent clairement la volonté du président de l’UC de discriminer la partie majoritaire de la population calédonienne ». Pour eux,de telles phrases « renvoient au nationalisme indépendantiste des années sombres d’avant les accords de paix ». Le parti, qui annonce également souscrire « à la volonté de l’Etat d’organiser un espace de dialogue dès le lendemain du référendum pour poursuivre l’œuvre de nos illustres prédécesseurs », souhaite que ce soit l’occasion « que la question du deuxième et du troisième référendum soit posée, afin de que la Nouvelle-Calédonie retrouve une période de stabilité institutionnelle et économique ».

« Les indépendantistes n’auraient aucune légitimité pour aller négocier une indépendance directement avec la France. Personne ne peut décider à la place des Calédoniens ! »

Même son de cloche côté  Rassemblement – Les Républicains / Le Mouvement Populaire Calédonien qui qualifie les propos de Daniel Goa d’inacceptables et d’incompréhensibles. « Incompréhensibles, car diaboliser la Nouvelle-Calédonie dans la France n’a pas de sens ». Pour un des trois groupes loyalistes au Congrès « c’est bien la France qui permet aux calédoniens, kanak compris, d’avoir un système de santé efficace (…) de réussir des études partout dans le monde (…) qui assure la sécurité des calédoniens (…) qui permet aux communes indépendantistes de financer leur politique de développement. Tous ces avantages semblent bien loin de l’action du diable ». Enfin, le mouvement trouve inacceptables ces propos parce que ni Daniel Goa, ni la communauté internationale, ne peuvent contester l’avis de la population calédonienne et si « les calédoniens, par trois fois de suite, faisaient le choix de rejeter l’indépendance, les indépendantistes n’auraient aucune légitimité pour aller négocier une indépendance directement avec la France. Personne ne peut décider à la place des Calédoniens ! ». Pour eux, le Président de l’Union Calédonienne, en ne respectant pas le choix des calédoniens, « renie les accords de Matignon et de Nouméa, ainsi que tout ce qui a été construit ces 30 dernières années ». Ambiance.

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