Grève des pompiers : le gouvernement, soutenu par l’association des maires, n’entend pas céder

Grève des pompiers : le gouvernement, soutenu par l’association des maires, n’entend pas céder



Au troisième jour de grève d’une partie des sapeurs-pompiers de Nouvelle-Calédonie, la tension est montée d’un cran, hier, devant le gouvernement. Soutenu par l’association française des maires, Philippe Germain a annoncé qu’il n’entend pas céder « pour quelques leaders qui poursuivent des objectifs personnels de carrière ». Le point sur la situation.

« Le gouvernement, n’est pas en conflit avec les pompiers qui ont tout mon soutien, mais avec quelques leaders qui poursuivent des objectifs personnels de carrière  », a d’emblée tenu à préciser, hier après-midi en conférence de presse, Philippe Germain, le président du gouvernement.

Pendant ce temps-là, sous les fenêtres de l’exécutif, rue des Artifices, la tension est montée d’un cran. La centaine de pompiers grévistes présents depuis mardi à l’appel de trois syndicats sur cinq, l’intersyndicale Force ouvrière/Solidarité NC et SENSIS (NDLR : l’UT-CFE-CGC et le Soenc-FP ont signé vendredi dernier le protocole d’accord avec le gouvernement pour la mise en place d’un statut territorial), ont multiplié les déclarations et les mises en scènes chocs pour interpeller l’exécutif Calédonien. Ce vendredi matin, un impressionnant dispositif des forces de l’ordre est mobilisé devant le gouvernement pour éviter tout débordement.

« La revendication des sapeurs-pompiers a été traitée, elle est désormais close »

Les pompiers grévistes jugent le protocole d’accord incomplet et réclament la professionnalisation des unités opérationnelles de la sécurité civile. En clair, qu’il y ait des pompiers professionnels qui remplacent les pompiers volontaires au sein de la direction de la sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR) pour laquelle va être créé le statut territorial de sapeur-pompiers attendu depuis le transfert de la compétence de la sécurité civile à la Nouvelle-Calédonie en 2014.

Mais pour le gouvernement, « la revendication des sapeurs-pompiers a été traitée, elle est désormais close ». Et pour répondre à ceux qui estiment qu’il méprise la profession, Il rappelle que les cinq organisations syndicales (SENSIS, CFE‐CGC, Solidarité NC, CSTC‐FO, SOENC-PFP) ont déjà été reçues le 27 septembre, le 10 et le 12 octobre, et que le 19 octobre « un protocole de fin conflit était signé » prenant en compte trois des quatre revendications. Si la création d’un statut territorial des sapeurs-pompiers, l’ouverture des travaux de la réforme et la gestion prévisionnelle des emplois et compétences de la DSCGR en faveur des Calédoniens ont été validées par l’exécutif, le remplacement des sapeurs-pompiers volontaires par des professionnels a été « rejeté » car jugé « irrecevable ». L’UT CFE-CGC a signé vendredi dernier ce protocole estimant que « maintenir le mouvement de grève est inutile au regard de l’importance des points sur lesquels nous avons déjà obtenu gain de cause ».

« Des créations de postes, que ni les communes, ni d’ailleurs la Nouvelle-Calédonie, n’ont la capacité de financière d’assumer »

Le gouvernement soutenu par l’association française des maires

Même son de cloche du côté des communes, où il existe déjà un statut communal pour les sapeurs-pompiers. Dans un courrier adressé au président du gouvernement, Eric Gay, le président de l’association française des maires de Nouvelle-Calédonie, apporte son soutien au gouvernement. « Nous sommes totalement opposés à la demande des syndicats Solidarité NC, CSTC‐FO et SENSIS qui vise à transformer une partie des sapeurs-pompiers volontaires en sapeurs-pompiers professionnels ». Pour les maires, le recours à des volontaires pour la DSCGR est un «  élément de souplesse du dispositif qui peut être mobilisé rapidement sur l’ensemble du territoire » qui a permis « de démultiplier la force de frappe des centres d’incendie et de secours hors de Nouméa ». Le modèle que souhaite le gouvernement est « le même que celui des communes » puisque 80% des sapeurs-pompiers sont volontaires. Pour la Nouvelle-Calédonie « c’est une richesse », explique le gouvernement.

« Cette réforme aurait paradoxalement pour conséquence d’aboutir au désarmement de fait des casernes par la compression inéluctable d’effectif »

De plus, tout comme l’explique aussi le gouvernement, les maires estiment que ce processus de volontariat repose « sur une acte citoyen qui contribue à la cohésion sociale ». Pour les maires, les choses sont claires, si la revendication des pompiers gréviste était acceptée par le gouvernement « elle ne pourrait se traduire que par des créations de postes, que ni les communes, ni d’ailleurs la Nouvelle-Calédonie, n’ont la capacité financière d’assumer ». Pire, ils expliquent que « cette réforme aurait paradoxalement pour conséquence d’aboutir au désarmement de fait des casernes par la compression inéluctable d’effectif ».

Un conflit au profit d’intérêts individuels pour le gouvernement

Pour le gouvernement, qui se dit « pas dupe », le conflit actuel « est désormais au profit d’intérêts individuels ». Dans un communiqué il explique que « la revendication des grévistes, qui n’appartiennent pas à la DSCGR, est menée par des officiers professionnels des communes de Nouméa et Païta visant à remplacer les pompiers volontaires par des pompiers professionnels (…) et ne vise qu’à servir leurs propres intérêts individuels dans des nouvelles perspectives de carrières qu’il tentent par ce conflit d’organiser à leur profit ». Il ajoute que « les  grévistes  proposent  d’utiliser  les  vacations  versés  à  plus  d’une  centaine  de  volontaires, en moyenne de  45  millions  par  an, pour  créer  10  postes  permanents  de  sapeurs‐pompiers professionnels ce qui réduirait considérablement la capacité d’intervention et les compétences de la DSCGR, mais offrirait à certains des opportunités de carrière ».

Alors que le mouvement se poursuit devant le gouvernement ce vendredi, les pompiers ont réclamé  la médiation de l’Etat. De leur côté, les pompiers de l’aéroport de Tontouta ont annoncé le dépôt d’un préavis de grève ce vendredi, pour un mouvement effectif dans cinq jours. Quant à CSTC-FO et Solidarité-NC, ils appellent à la grève générale illimitée à partir de mercredi.

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