Un référendum historique… Et maintenant ?

Un référendum historique… Et maintenant ?



Si personne ne conteste le résultat d’un scrutin historique au taux de participation record, le score plus serré qu’annoncé conforte chacun des camps dans ses positions laissant les Calédoniens avec une question en suspens : Et maintenant ? Le Premier ministre, Edouard Philippe, veut laisser le temps à tous d’analyser et « digérer » les résultats avant de se retrouver, à Paris, pour un comité des signataires déjà capital pour l’avenir.  

Et maintenant ? C’est la question que se posent tous les Calédoniens au lendemain du référendum. Qu’ils soient partisans du « Non » à l’indépendance et « vainqueurs » à 56,4%, un score moins écrasant que prévu par les sondages, ou partisans du « Oui » et perdants à 43,6%, avec un résultat au-delà des attentes, tous se demandent ce qui l’en est maintenant du devenir de la Nouvelle-Calédonie. La majorité des Calédoniens a choisi le 4 novembre de l’inscrire dans la République française, mais est-ce définitif ? Car une question cristallise l’attention : Irons-nous jusqu’à un deuxième et troisième référendum en 2020 et 2022 comme le prévoit l’Accord de Nouméa ?

Le dialogue comme obligation

Et au lendemain du référendum, ce ne sont pas les déclarations des représentants des cinq groupes politiques du Congrès (NDLR : trois groupes loyalistes et deux indépendantistes) ni celle du Premier ministre, Edouard Philippe, qui nous en diront plus. Pour les deux premiers les avis sont pour le moment très différents et pour le troisième partenaire et signataire de l’Accord de Nouméa, l’Etat, pas question de brusquer les choses et d’imposer une solution aux Calédoniens. Une seule chose est sûre, ce sont les discussions entre les trois partenaires, mais surtout entre les deux camps, qui feront avancer les choses. Sur ce point-là, tous s’accordent et l’histoire de la Nouvelle-Calédonie en est témoin.

« Il faut plus que jamais poursuivre le dialogue sans délai et sans attendre les provinciales »

Toujours pas sur la même longueur d’onde

Hier, à l’issue des entretiens avec le Premier ministre, Calédonie Ensemble, a confirmé sa position en déclarant que « vu les résultats il faut plus que jamais poursuivre le dialogue sans délai et sans attendre les provinciales ». Le parti au pouvoir avait déjà laissé une porte entreouverte pour une voie médiane et des discussions autour « d’une souveraineté partagée ». Du côté des Républicains Calédoniens, qui appellent à « l’union des formations loyalistes non nationalistes », le dialogue avec les indépendantistes est aussi la voie privilégiée pour l’après, mais pas question de discussions autour « d’une marche forcé vers une indépendance association ». Du côté du Rassemblement-LR, on rappelle que le choix initial du parti était « un nouvel accord » et ce, bien avant « un référendum binaire et facteur de division ». Et si l’on est toujours ouvert à la discussion, pas question « de nouvelles concessions aux indépendantistes ». Les avis divergent sur la teneur des discussions à venir, mais les trois groupes loyalistes souhaitent les avoir le plus rapidement possible pour s’éviter un deuxième et troisième référendum en 2020 et 2022 et une trop longue attente « aux conséquences socio-économiques  catastrophiques pour le pays ». Pour tous les loyalistes, le résultat est clair, les Calédoniens ont choisi un avenir dans la France et un deuxième et troisième référendum ne pourrait changer la donne vu le score, près de 18 000 voix d’écart.

« La question de l’indépendance ne peut désormais plus être évacuée comme ça »

Côté indépendantistes, on se sent un peu plus fort après qu’avant le référendum. Malgré la défaite, le score et la mobilisation de la jeunesse ont apporté beaucoup d’espoir pour la suite. Pour l’UC-FLNKS, qui se dit serein « le dialogue et la négociation doit se poursuivre avec les partenaires », mais le vieux parti n’en dit pas beaucoup plus si ce n’est que la marche vers l’indépendance est pour lui « inéluctable ». A l’UNI aussi, « plutôt content des résultats », on annonce que « la question de l’indépendance ne peut désormais plus être évacuée comme ça ». Le parti précise avoir reparlé hier au Premier ministre de « l’option d’un partenariat et des possibilités de coopération avec la France ». Si dialoguer ne posent aucun problème non plus à l’UNI, c’est de « l’après 2020 avec l’Etat » dont on veut discuter. Au lendemain du référendum, côté indépendantiste, ce qui est sûr c’est qu’on n’imagine pas ne pas aller au bout de l’accord de Nouméa et des trois référendums. Et ils en ont la possibilité puisqu’il faut que la demande émane d’un tiers des élus du Congrès. Les indépendantistes occupent 25 sièges sur les 54.

Un Premier ministre prudent, mais confiant

Mais comme l’a rappelé hier soir le Premier ministre, Edouard Philippe, ce n’est pas parce que l’Etat est un partenaire, un signataire de l’Accord de Nouméa qui prévoit sous certaines conditions un deuxième et un troisième référendum, « que nous ne devons pas tenir compte des résultats ». En clair, il laisse entendre qui l’Etat tiendra ses engagements s’il devait organiser les prochains référendums, mais il n’exclut pas que des discussions entre les partenaires naisse une autre voie qui permette de les éviter. Pour laisser à tous le le temps de « revenir vers leur base », de « digérer » les résultats, il a décidé d’organiser un comité des signataires mi-décembre à Paris. Si pour certains ça parait loin, pour Edouard Philippe, comme pour de nombreux élus, « cela semble le bon timing  pour faire retomber la pression et évacuer toute l’émotion » qu’a suscité un scrutin attendu depuis 30 ans.

« Les enjeux économiques et sociaux sont parfois placés au second plan dans les échanges alors qu’ils constituent un des ressorts essentiels des Accords de Matignon et de Nouméa »

Ce comité des signataires sera plus que jamais suivi de près et s’inscrit déjà comme un rendez-vous politique capital. Il faut dire que ces rendez-vous parisiens parfois décriés par la population ont fait leurs preuves dans le temps. Des consensus impossibles à Nouméa ont été trouvés à Paris parfois en un temps record. Mais le Premier ministre a déjà annoncé qu’il ne veut pas y parler que de « questions institutionnelles ». Il souhaite également que soient abordés les enjeux économiques et sociaux « parfois placés au second plan dans les échanges alors qu’ils constituent un des ressorts essentiels des Accords de Matignon et Nouméa », mais surtout le ciment de la paix sociale.

 

Ajouter un commentaire

L'addresse électronque est déjà enregistrée sur le site. S'il vous plaît, veuillez utiliser Le formulaire de connexion ou veuillez saisir un autre.

Vous avez saisi un nom d'utilisateur ou mot de passe incorrects

Nous sommes désolés, vous devez être connecté pour faire un commentaire.