Un débat en apparence technique, mais aux accents éminemment politiques.
À Dumbéa, la polémique sur la cotisation à l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie (AFMNC) a mis en lumière une question centrale : quelle place pour la République dans la gestion locale ?
Une polémique municipale qui cache un enjeu républicain
Le 28 août dernier, lors du conseil municipal de Dumbéa, le groupe d’opposition Les Loyalistes – Rassemblement Dumbéa a interrogé la majorité sur le versement d’une cotisation à l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie (AFMNC).
Cette question a mis en lumière un malaise plus profond : la légitimité même du maire Yoann Lecourieux. Cet élu a franchi le Rubicon en mars dernier en s’abstenant lors du vote du budget 2025 de la Nouvelle-Calédonie, choix qui l’a marginalisé et révélé son incapacité à assumer une ligne claire. Mais la trahison avait déjà commencé en 2023, lorsque Lecourieux a joué un rôle actif dans l’élection de l’indépendantiste Robert Xowie au Sénat, offrant pour la première fois un siège républicain à un séparatiste.
Surtout, il est devenu maire de Dumbéa sans aucune légitimité populaire, sans programme, par un truchement politique : Georges Naturel, maire historique, a libéré son siège pour rejoindre le Sénat, et la majorité municipale de ce dernier a ensuite porté Lecourieux à la tête de la commune. De là à dire que tout cela était organisé, certains le chuchotent dans les couloirs de la mairie de Dumbéa. Résultat : un maire sans suffrage universel, sans mandat citoyen, mais lesté d’arrangements de couloir et de compromissions avec les indépendantistes.
L’AFMNC : un outil des maires loyalistes pour défendre la République
L’histoire de l’AFMNC remonte aux années 1970. Dès 1975, l’État avait encouragé la création de la première association de maires (AMNC) pour faciliter la participation des élus calédoniens au congrès annuel des maires de France. À l’époque, les communes venaient à peine de naître (1969), et les financements étaient largement pris en charge par Paris.
Mais très vite, la question de l’attachement républicain s’est posée. En 1985, une scission donna naissance à l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie, portée par les maires loyalistes. Le premier président fut Victorin Boewa, maire du Mont-Dore, suivi par des figures majeures comme Harold Martin, Ghislaine Arlie et Georges Naturel. Depuis 2019, l’AFMNC a professionnalisé son action, avec un siège propre au Mont-Dore, rue Hélène-Chaniel.
L’objet de l’association est clair : défendre les intérêts communaux dans le cadre des institutions de la République française. Elle promeut la coopération entre communes, l’application du principe de libre administration et représente les maires auprès des pouvoirs publics, qu’ils soient locaux ou nationaux. Ses partisans la présentent comme un véritable rempart institutionnel face aux revendications indépendantistes.
Un acteur institutionnel au cœur de l’avenir calédonien
Aujourd’hui, l’AFMNC regroupe des communes stratégiques : Nouméa, Dumbéa, Païta, Mont-Dore, Bourail, Boulouparis, La Foa, Îles des Pins, Farino, Kouaoua, Moindou. À sa tête, depuis 2024, se trouve Pascal Vittori, maire de Boulouparis, succédant à Sonia Lagarde. Mais son rôle dépasse largement la gestion interne.
L’AFMNC a été partie prenante de l’Accord de Bougival, signé par son président, ce qui en fait un interlocuteur reconnu dans la construction institutionnelle future de la Nouvelle-Calédonie. Son poids repose sur une légitimité républicaine et une continuité politique assumée.
L’AFMNC c’est une vision : celle de maires rassemblés, solidaires et attachés à la République. Sa mission dépasse les querelles politiciennes pour défendre, avant tout, les communes et leurs citoyens.
En parallèle, l’autre association des maires de Nouvelle-Calédonie est présidée par Florentin Dedane, maire de Pouébo, avec Wilfrid Weiss, maire de Koumac, comme vice-président.
Derrière le débat sur une cotisation se dessine donc un enjeu plus large : celui de l’ancrage républicain des communes. Dans un contexte institutionnel incertain, l’AFMNC demeure un repère stable, porté par des élus de terrain qui revendiquent leur attachement à la France.