La polémique des ananas locaux contaminés ne faiblit pas. Après les propos du président de la Chambre d’Agriculture et de la Pêche tenus à la foire de Bourail, l’association UFC Que Choisir a répliqué avec vigueur. Dans un courrier signé par son représentant Philippe Lassauce, également membre de l’IFEL, l’UFC accuse la profession de fermer les yeux sur un problème sanitaire connu depuis plus d’un an. Entre dénonciation d’un manque de transparence, critiques sur les prix exorbitants et exigence de réformes structurelles, le bras de fer est engagé.
Une alerte jugée brutale mais légitime
Dès les premières lignes de sa lettre, UFC assume sa position : lancer l’alerte était une nécessité. Philippe Lassauce rappelle que le champignon qui noircit l’ananas de l’intérieur est identifié depuis longtemps et que la profession n’a pas hésité à mettre ces fruits sur le marché malgré les risques.
Il est normal pour une association de consommateurs de dénoncer des produits de mauvaise qualité
insiste UFC, qui souligne que dans d’autres pays, ces ananas auraient été retirés des étals.
Mais ce qui choque l’association, ce sont les prix prohibitifs : entre 850 et 900 F/kg pour un produit que les familles risquent de jeter en partie. Pour UFC, la logique aurait été de « casser les prix » pendant deux ou trois mois, d’informer les consommateurs sur la date de récolte, et même d’ouvrir des fruits sur les étals pour prouver leur qualité.
Vous pensez réellement qu’en l’état actuel, vous allez inverser la tendance
interroge M. Lassauce dans sa missive.
Confiance rompue et marché déséquilibré
Au-delà de l’épisode des ananas, UFC dresse un constat sévère : la confiance entre consommateurs et production locale est brisée.
Nous constatons une très grande méfiance sur les produits locaux et une faible consommation de fruits et légumes
souligne l’association, qui pointe des prix élevés sans garantie de qualité.
L’organisation appelle à « rééquilibrer le marché » en retirant les mauvais produits, en valorisant les producteurs sérieux et en imposant des règles d’étiquetage claires. Autre exigence : mettre fin aux quotas d’importation, qui enferment le consommateur dans un système où « c’est la profession qui définit les règles et le consommateur qui les subit ».
UFC rappelle par ailleurs sa participation active aux comités de certification en agriculture et en pêche, preuve que l’association ne s’oppose pas par principe mais agit pour une filière locale crédible.
Nous sommes promoteurs d’une agriculture et d’une pêche locales de qualité
affirme M. Lassauce, en appelant la profession à se remettre en cause.
Export et avenir : casser les verrous
Enfin, UFC critique la vision trop étroite de la Chambre d’Agriculture sur l’avenir. Selon Lassauce, l’exportation ne peut pas se limiter à la France hexagonale.
Qu’en est-il de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de Singapour ?
interroge-t-il. Pour atteindre ces marchés, il faudra d’abord lever les verrous d’importation qui étouffent les échanges et empêchent la filière calédonienne de se confronter aux standards internationaux.
UFC met ainsi la pression : sans réforme rapide, l’association menace de relancer une campagne publique contre la vente d’ananas contaminés.
Non seulement notre action était justifiée, mais nous n’hésiterons pas à refaire un communiqué pour dénoncer la situation
prévient-elle.
Le conflit autour des ananas contaminés dépasse la simple affaire d’un fruit abîmé : il révèle les fractures profondes entre une profession agricole soucieuse de protéger ses marges et des consommateurs lassés de payer cher pour une qualité aléatoire. UFC pose désormais une question simple : la Chambre d’Agriculture veut-elle défendre ses filières coûte que coûte, ou choisir enfin la transparence et la confiance ?