Deux hauts magistrats, dont Bruno Karl en poste à Nouméa, sont visés par une enquête pour corruption liée à un chef d’entreprise controversé. L’affaire, partie de La Réunion, secoue désormais la justice néo-calédonienne.
Une enquête préliminaire qui menace la haute magistrature
Ouverte en décembre 2024 par le parquet de Saint-Denis, l’enquête vise directement deux figures du monde judiciaire : Bruno Karl, ancien président du tribunal judiciaire de Saint-Denis et aujourd’hui premier président de la cour d’appel de Nouméa, et Alain Chateauneuf, ex-premier président de la cour d’appel de La Réunion, récemment muté à Dijon. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir transmis des informations confidentielles à un tiers, présenté comme un intermédiaire actif dans plusieurs dossiers de corruption.
À l’origine de l’affaire, un contrôle fiscal opéré mi-2024 à l’encontre de cet intermédiaire, dont l’identité n’est pas officiellement confirmée, mais dont le profil correspond en tout point à celui de David Vital, un entrepreneur local au cœur d’un faisceau d’affaires judiciaires. L’exploitation de son téléphone a permis de mettre au jour un réseau de relations compromettantes mêlant affaires privées et dossiers judiciaires sensibles.
Liaisons dangereuses entre magistrature et affaires locales
Les premiers éléments de l’enquête laissent apparaître une proximité inhabituelle entre David Vital et Bruno Karl, qui résidaient dans le même immeuble de standing à Sainte-Clotilde, quartier résidentiel du chef-lieu réunionnais. Le chef d’entreprise se serait servi de cette relation pour laisser croire à certains justiciables en une possible intervention de son voisin. Une promesse qui aurait été monnayée jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros, selon des témoignages recueillis par les enquêteurs.
Des messages retrouvés dans le téléphone de l’intermédiaire font état de repas familiaux, de cadeaux réguliers – dont du champagne – et d’échanges fréquents, y compris à caractère professionnel. Des indices qui ont suffi à convaincre le parquet d’ouvrir une enquête pour corruption active et passive, trafic d’influence et violation du secret professionnel.
Une ombre qui s’étend jusqu’en Nouvelle-Calédonie
L’affaire prend une dimension ultramarine depuis la nomination de Bruno Karl à la tête de la cour d’appel de Nouméa, en mars 2025. Promu par décret alors que l’enquête était déjà en cours, le haut magistrat incarne désormais l’autorité judiciaire dans un territoire sous tension. Mais la saisie de plus de 250.000 messages dans le téléphone de David Vital relance les soupçons : certains échanges évoquent des rendez-vous judiciaires et des interventions tarifées. L’ombre de l’affaire Pascal Aboukir, caïd réunionnais, mort en détention, plane également : une lettre anonyme très précise, envoyée à la justice en 2021, aurait été au cœur de conversations suspectes entre Vital et le magistrat aujourd’hui en poste à Nouméa.
Une justice en quête de transparence
Aucune mise en examen n’a encore été prononcée, et les deux magistrats n’ont pas été entendus. Pourtant, les premiers éléments pointent un système d’entrisme où réseaux, proximité sociale et promesses d’appui judiciaire auraient permis à certains justiciables d’espérer des faveurs. Dans un contexte déjà tendu, cette affaire fragilise un peu plus la justice réunionnaise et calédonienne, en sapant l’image d’impartialité sur laquelle elle repose.
La situation de Bruno Karl à Nouméa devient, quant à elle, particulièrement délicate. Nommé pour incarner l’autorité judiciaire dans un territoire sous tension politique, il se retrouve aujourd’hui exposé à des accusations susceptibles d’éroder sa légitimité. Alors que les révélations s’enchaînent et que les vérifications judiciaires se poursuivent, l’affaire Karl-Vital pourrait bien devenir l’un des plus grands scandales de la magistrature ultramarine de ces dernières années.