L’eurodéputée Reconquête propose un plan d’économies de 63 milliards d’euros, sans « toucher au portefeuille des Français ». Elle cible notamment les aides sociales, l’audiovisuel public et la politique de la ville, provoquant la colère de la ministre déléguée Juliette Méadel.

Sarah Knafo sort du silence après le vote de confiance annoncé par François Bayrou pour le 8 septembre prochain. L’eurodéputée du groupe ENS (Europe des nations souveraines) au Parlement européen fustige le « désordre parlementaire » qu’impose, selon elle, le Premier ministre aux Français. En réponse, l’élue Reconquête a présenté, ce mercredi 27 août, huit mesures d’urgence permettant de dégager 63 milliards d’euros « tout de suite ». Le tout, « sans prendre un centime dans la proche des Français, ni dans la caisse des entreprises ».
Deux propositions se distinguent particulièrement : la restriction des prestations sociales non contributives aux seuls Français et la suppression de l’aide publique au développement – chacune représenterait environ 15 milliards d’économies potentielles. Sarah Knafo intervient régulièrement sur le thème de l’aide publique au développement, critiquant certains projets financés par l’Agence française de développement. En juillet 2025, elle dénonçait le financement d’un programme destiné à l’Autorité palestinienne, visant à réformer sa gestion budgétaire avec un volet consacré à l’égalité de genre.
Supprimer l’Arcom et France Travail
La députée européenne chiffre ensuite plusieurs pistes d’économies évaluées à 8 milliards d’euros chacune : la suppression de l’ensemble des soutiens publics aux énergies renouvelables, mais aussi de certaines agences et d’opérateurs de l’État, tels que les Agences régionales de santé (ARS), l’Agence de la transition écologique (Ademe), l’Agence nationale de l’habitat (ANAH), le Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’Arcom ou encore France Travail.
Sarah Knafo appelle également à la privatisation de l’audiovisuel public, qui permettait, selon elle, de dégager 4 milliards d’euros, ainsi que l’arrêt des subventions aux associations politisées, pour une économie estimée entre 1 à 2 milliards d’euros. La Cour des comptes relevait, en 2023, que les associations d’aide aux migrants, à elles seules, avaient perçu 1,1 milliard d’euros de subventions – soit une hausse de 52,7 % depuis 2019. L’eurodéputée propose en outre la suppression de l’aide médicale d’État (AME), mesure qui représenterait une économie supplémentaire d’un milliard d’euros.
Sarah Knafo se réfère au document de politique transversale annexé au projet de loi de finances 2025
Enfin, Sarah Knafo cible le soutien public accordé à la « politique de la ville ». De quoi provoquer une vive réaction de la ministre déléguée chargée de la Ville, Juliette Méadel. Sur X, celle-ci dénonce un plan d’économies qui condamnerait « 6 millions de nos concitoyens ». La ministre se dit « consternée par tant d’ignorance et de dogmatisme borné » et rappelle que le budget de la politique de la ville ne s’élève pas – selon elle – à 8 milliards d’euros, mais à 609 millions d’euros pour l’année 2025.
Passe d’armes avec Méadel
Juliette Méadel assure que les quartiers populaires sont composés de « de soignants, de professeurs, d’ouvriers, de familles monoparentales, de personnes en situation de handicap »… Et la ministre de poursuivre : « Des femmes et des hommes qui méritent la politique de la ville de Sarcelles à Guéret, de Bastia à nos Outre-mer ».
Comme elle l’avait fait avec Antoine Léaument ou, plus récemment, avec Aurore Lalucq, Sarah Knafo n’a pas tardé à riposter. Toujours sur le réseau social X, l’élue européenne a commencé par remercier – non sans ironie – la ministre pour son « charabia sentimental ». Avant de répondre un à un aux arguments de Juliette Méadel, accusant la politique de la ville d’avoir englouti « 117 milliards d’euros » depuis 2010 sans résultats tangibles.
Sarah Knafo l’affirme : l’insécurité, le trafic de drogue, la déscolarisation et l’insalubrité ne cessent de s’aggraver malgré des financements colossaux. Elle reproche ainsi à la ministre de minimiser volontairement les montants engagés : alors que Juliette Méadel évoque un budget 609 millions d’euros, Sarah Knafo se réfère au document de politique transversale annexé au projet de loi de finances 2025, qui recense l’ensemble des crédits alloués aux « quartiers urbains défavorisés ». Ce rapport de trois pages chiffre la politique de la ville à « 7,781 milliard d’euros », affirme-t-elle
La députée européenne appelle la ministre à changer de cap en s’attaquant aux causes profondes des difficultés urbaines, plutôt qu’en multipliant des dépenses jugées inefficaces. Elle l’accuse également de chercher à « protéger son poste » qu’elle devrait pourtant « perdre » le 8 septembre prochain, date du vote de confiance de François Bayrou.
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