Sanctionner l’alcool au volant est une nécessité, personne ne le conteste. Mais quand la justice fait son travail et qu’ensuite la machine administrative bloque, traîne et refuse de statuer, on ne parle plus de sanction : on parle d’abus. Derrière les formulaires et commissions fantômes, ce sont des vies brisées. Faut-il rappeler que la justice doit être claire, pas kafkaïenne ?
Un simple contrôle qui vire à la descente aux enfers
Tout commence par un banal contrôle routier. Un Calédonien sort dans un bar pour rejoindre des amis. Il boit de l’alcool puis prend le volant pour rentrer chez lui. Il ne se sent pas en infraction pourtant… Un contrôle routier est mis en place, il est arrêté et il souffle dans le ballon. Résultat : 0,61 g/l. Direction commissariat, cellule de dégrisement, de minimum 12 heures. Dans sa cellule, 4 personnes en état d’ébriété, un banc et un wc. C’était une première pour lui. Verdict : quatre mois de retrait de permis, une amende, et une procédure à suivre. La peine est dure mais acceptée.
C’était ma première fois, je n’étais pas récidiviste. J’ai pris ma sanction, point.
La justice a parlé, le citoyen a payé. Mais voilà que l’administration transforme une sanction temporaire en condamnation à vie sociale.
La machine administrative qui s’enraye
Analyses médicales effectuées, dossier complet déposé… et plus rien. Silence radio. La DASS ne répond pas, la DITTT renvoie à une commission qui, selon les fonctionnaires eux-mêmes, “ne se réunit plus”. Le citoyen se retrouve prisonnier d’un système absurde.
Mon dossier est complet depuis juin, mais il reste dans un tiroir
Pour rappel, l’infraction remonte à mars 2025. La sanction initiale prévoyait quatre mois de retrait de permis, ce qui lui aurait permis de récupérer son droit de conduire en juin. Pourtant, son passage au tribunal n’est fixé qu’en octobre et, à ce jour, en septembre, il n’a toujours pas retrouvé son permis. Résultat : sept mois sans conduire, bien au-delà de la peine prononcée. Et chaque semaine, de nouveaux dossiers s’accumulent, prisonniers d’une décision administrative qui tarde à tomber. On promet, on reporte, on bloque. La véritable sanction, c’est celle-là : l’inaction d’une bureaucratie qui refuse d’assumer ses responsabilités.
Travailler, vivre… mais rouler sans permis
Résultat ? Des dizaines de Calédoniens se retrouvent contraints de rouler sans permis, non par défiance de la loi, mais par impossibilité administrative. Cet entrepreneur témoigne :
Je roule sans permis parce que je n’ai pas le choix. J’ai des enfants, un loyer, un travail
Depuis qu’il n’a plus de permis, son quotidien est devenu un véritable calvaire. Impossible de vivre normalement : il doit malgré tout emmener ses enfants à l’école, se rendre au travail, gérer deux ou trois urgences imprévues. Mais sans voiture, chaque déplacement relève du casse-tête. Les taxis coûtent trop cher pour être une solution durable, et les alternatives sont limitées. Résultat : il roule parfois malgré l’interdiction, la boule au ventre, vivant dans la peur permanente d’un nouveau contrôle. Un contrôle qui, cette fois, pourrait lui valoir non plus une simple amende, mais la prison.
Ironie du sort : il continue de payer son assurance automobile, mais celle-ci ne couvre rien en cas d’accident puisqu’il n’a plus de permis. Chaque trajet devient alors un risque de ruine. Derrière chaque dossier bloqué se cache une triple peine : judiciaire, administrative et sociale.
Oui, sanctionner l’alcool au volant est juste. Mais punir une deuxième fois par la lenteur administrative est une injustice flagrante. Dans cette bureaucratie figée, les commissions fantômes valent plus que la justice rendue. Les Calédoniens n’attendent pas des promesses, ils attendent qu’on leur rende ce que la justice leur a déjà reconnu : un droit à repartir, à travailler, à vivre normalement.