Sans compte bancaire, impossible de vivre normalement. En Nouvelle-Calédonie, 124 personnes ont dû recourir en 2025 au droit au compte, ultime filet de sécurité.
Un recul des demandes, signe d’une amélioration incomplète
Entre janvier et août 2025, l’IEOM a enregistré 124 demandes de droit au compte. Soit une baisse de 19 % par rapport à 2024. Cette baisse peut être s’interpréter comme un signe encourageant : davantage de particuliers et d’entrepreneurs parviennent à obtenir un compte bancaire par les voies classiques. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité : des dizaines de Calédoniens restent confrontés à un refus d’ouverture de compte et doivent s’appuyer sur un dispositif exceptionnel pour accéder aux services financiers de base.
Le droit au compte n’est pas une faveur, c’est une garantie légale. Inscrit dans le Code monétaire et financier, il oblige les banques à ouvrir un compte à toute personne désignée par l’IEOM, qu’il s’agisse d’un particulier, d’un entrepreneur ou d’une personne morale. Cette obligation rappelle une évidence : dans une société moderne, être exclu du système bancaire, c’est être exclu de la vie économique et sociale.
Pourquoi le droit au compte est vital pour la liberté économique
Avoir un compte bancaire, ce n’est pas seulement encaisser un salaire. C’est aussi payer ses factures, sécuriser son argent et participer pleinement à l’activité économique. Sans compte, pas de virements, pas de prélèvements, pas de carte pour régler ses achats. Autrement dit : retour forcé au cash, insécurité et marginalisation.
Le droit au compte agit comme un rempart contre cette fracture bancaire. Grâce à lui, même ceux rejetés par plusieurs établissements peuvent obtenir une carte de paiement, effectuer des virements, encaisser des chèques ou consulter leur solde en ligne. Des services de base, certes, mais qui changent tout. Refuser ce droit, c’est fragiliser l’égalité devant la loi et créer une économie à deux vitesses : d’un côté ceux qui peuvent participer, de l’autre ceux qui restent au bord de la route.
Un dispositif strict, mais sous contrôle de l’IEOM
La procédure est claire. Lorsqu’une banque refuse d’ouvrir un compte, le demandeur s’adresse à l’IEOM, qui désigne sous 24 heures un établissement obligé de l’accueillir. La banque dispose ensuite de trois jours pour finaliser l’ouverture, à condition que tous les documents soient fournis. Les services bancaires inclus dans le droit au compte sont gratuits et strictement encadrés par la loi.
Évidemment, des limites existent. Une banque peut fermer un compte si le client fraude, fournit de fausses informations, ouvre un deuxième compte ou commet des incivilités graves. Ces cas restent minoritaires, mais ils rappellent que le droit au compte n’est pas une immunité : c’est une responsabilité réciproque entre client et établissement.
En Calédonie, le chiffre de 124 demandes révèle à la fois la force et la fragilité de ce système. Force, parce que personne ne doit être laissé sans solution. Fragilité, parce que trop de Calédoniens subissent encore la violence silencieuse d’un refus bancaire.
Le droit au compte n’est pas une faveur sociale : c’est une condition de la liberté économique. Et dans un territoire insulaire comme la Nouvelle-Calédonie, où chaque acteur compte pour faire tourner l’économie, garantir cet accès universel est un impératif républicain.