Deux chiffres suffisent à comprendre l’ampleur du choc : malgré un rebond fragile, la machine économique calédonienne tourne encore au ralenti.
Et l’IEOM le confirme : la Nouvelle-Calédonie paie toujours le prix des émeutes de mai 2024, du chaos institutionnel et du décrochage du nickel.
Le pays tente de se relever, mais l’économie porte encore les stigmates
Le troisième trimestre 2025 n’apporte pas la rupture espérée. L’indicateur du climat des affaires remonte certes à 91,8, mais ce sursaut ne doit pas masquer l’essentiel : l’économie calédonienne évolue dans un décor profondément fragilisé. Après avoir touché un plancher historique en 2024 (66,0), le redressement existe, mais demeure poussif et très éloigné des niveaux observés entre 2021 et 2023.
Le diagnostic de l’IEOM est clair : le territoire reste coincé entre les séquelles des violences, la crise du nickel et une incertitude institutionnelle qui décourage l’investissement. Une triade toxique que seule une stratégie ferme et cohérente permettra de briser.
Les dégâts de mai 2024 continuent de peser lourd. Des pans entiers du tissu économique restent affaiblis, voire paralysés. Si l’extraction minière et la production métallurgique redonnent quelques signes positifs, d’autres secteurs s’enfoncent : consommation en recul, entreprises fragilisées, faillites en hausse. La flambée du chômage qui a suivi les destructions a encore aggravé la situation des comptes sociaux, déjà exsangues avant la crise. Ici, nul discours victimaire : les faits parlent d’eux-mêmes.
Entreprises : une activité amputée et un horizon bouché
Au cœur du trimestre, un chiffre résume la réalité : 30 % des entreprises tournent encore à moins de la moitié de leur niveau d’activité habituel. Certes, c’est mieux que les 35 % du trimestre précédent, mais le territoire reste loin de la normalité.
Et 11 % des structures évoluent toujours en activité quasi nulle, symptôme d’une reconstruction lente et d’un environnement trop incertain pour espérer un rebond réel.
À l’autre bout du spectre, seules 40 % des entreprises atteignent un niveau comparable à l’avant-crise (contre 38 % auparavant). Quant aux rares sociétés qui constatent une hausse de leur activité, elles plafonnent à 3 %, preuve que le redémarrage reste ultra-minoritaire.
Le pessimisme domine aussi les projections. 60 % des entreprises estiment que le retour à la normale prendra plus d’un an. À peine 2 % espèrent un redressement en moins de six mois. Signe d’une angoisse persistante, 31 % des dirigeants craignent une défaillance dans l’année à venir presque le double du niveau « normal » observé en 2023.
Un pays qui redémarre, oui, mais un pays sur la corde raide.
Des perspectives assombries : trésoreries exsangues et carnets de commandes en berne
Les attentes des entreprises témoignent d’un climat économique encore gris foncé. Plus de la moitié anticipent une dégradation de leur activité, de leur trésorerie ou de leurs carnets de commandes en 2025. Même les effectifs sont menacés : 42 % envisagent des réductions.
Les assurances, de leur côté, n’apportent pas toutes la bouffée d’oxygène attendue.
Près d’un quart des entreprises affirment que leurs dommages ne seront pas couverts, une situation explosive quand on connaît l’ampleur des destructions. Seule une minorité bénéficie d’une prise en charge importante, et le nombre d’entreprises non assurées grimpe à 12 %. Dans un contexte aussi tendu, cette absence de couverture relève d’une prise de risque majeure.
Le tableau n’est pas totalement noir : la part des entreprises toujours dans l’attente d’une évaluation d’assurance baisse légèrement. Mais cela reste insuffisant pour relancer la machine.
Un besoin d’accompagnement… mais aussi un sursaut d’autonomie
Les dispositifs d’urgence financés par l’État et les collectivités ont servi d’amortisseur. Chômage partiel, reports de charges, aides de trésorerie ont permis d’éviter l’hécatombe. Pourtant, nombre de ces mécanismes arrivent à leur terme, laissant les entreprises face à un réel mur de difficultés.
45 % demandent un maintien du chômage partiel, 29 % souhaitent davantage de différés sociaux ou fiscaux, et 24 % réclament du soutien de trésorerie.
Mais un chiffre tranche avec le climat général : 17 % des entreprises affirment pouvoir s’en sortir seules, sans aide. Dans un pays trop souvent habitué à attendre de Paris la solution miracle, ce sursaut mérite d’être salué.
Ce que révèle la note de l’IEOM est limpide : la Calédonie ne manque pas de potentiel, mais d’un cap clair, d’un État fort et d’une gouvernance stable capable d’assumer des choix difficiles. Le territoire demeure largement dépendant des transferts financiers de la métropole. Une dépendance assumée ou subie ? La question, elle, est politique. Mais les chiffres, eux, montrent que sans soutien national, l’effondrement aurait été total.
Le redémarrage, même timide, montre que la reconstruction est possible. Mais elle exige une ligne : fermeté, responsabilité, refus des postures victimaires.
Autrement dit : reconstruire un pays n’est jamais l’affaire de slogans, mais de décisions courageuses.

















