La menace est silencieuse, mais ses conséquences seraient dévastatrices.
Dans le Pacifique, un prédateur venu d’Asie avance, et la Nouvelle-Calédonie n’est pas à l’abri.
Une espèce invasive destructrice déjà responsable de dégâts majeurs
Le frelon asiatique (Vespa velutina) n’est pas un insecte comme les autres. Classé espèce invasive dangereuse, il a déjà causé des dommages considérables dans plusieurs régions du monde où il s’est implanté durablement.
Dans une optique de prévention, la Direction des Affaires Vétérinaires, Alimentaires et Rurales de la Nouvelle-Calédonie (DAVAR) veut alerter sur le risque d’introduction de cette espèce invasive sur le sol néo-calédonien.
Son principal impact concerne les abeilles, piliers essentiels de la pollinisation et de l’agriculture. En moyenne, un seul nid, composé de 200 à 400 individus, peut détruire des milliers d’abeilles en un mois. Le mécanisme est d’une brutalité implacable : les frelons capturent les abeilles à l’entrée des ruches, les décapitent une à une, puis pillent larves et cocons.
Une fois installé, le frelon asiatique devient extrêmement difficile et coûteux à éradiquer. Les pays touchés l’ont appris à leurs dépens. La lutte nécessite des moyens humains, financiers et techniques importants, mobilisés sur le long terme.
Au-delà de l’impact écologique, ce prédateur représente aussi un risque sanitaire direct pour l’homme et les animaux. Sa piqûre est très douloureuse et peut s’avérer grave, voire mortelle en cas d’allergie, sans place pour la minimisation ou l’angélisme.
Un risque d’introduction bien réel pour la Nouvelle-Calédonie
Le danger n’est ni théorique ni lointain. Le frelon asiatique progresse dans le Pacifique. Il est déjà présent ou détecté en Indonésie, au Japon et en Nouvelle-Zélande.
En Nouvelle-Zélande, des spécimens mâles ont été détectés à Auckland en juin 2025, suivis en octobre de la découverte d’un nid et d’une reine, immédiatement détruits par les autorités. Face à cette menace, le Ministry for Primary Industries (MPI) a déployé un dispositif massif : plus de 600 pièges, 39 reines localisées et 26 nids détruits dans les zones de Glenfield et Birkdale.
Cette réaction ferme illustre une réalité simple : la complaisance n’a pas sa place face à une espèce invasive. Les autorités néo-zélandaises ont également mobilisé la population, appelant chacun à signaler toute observation suspecte.
La Nouvelle-Calédonie, fortement connectée à la région par le commerce maritime et aérien, est particulièrement exposée. Le frelon asiatique peut voyager accidentellement dans des conteneurs, des cargaisons, des véhicules ou des bagages. Aucun territoire insulaire ouvert sur le monde ne peut se croire à l’abri.
Des pièges ont déjà été mis en place, en lien avec le réseau d’épidémiosurveillance apicole (RESA), et le dispositif doit être maintenu et renforcé. Mais la surveillance institutionnelle ne suffit pas : la vigilance citoyenne est indispensable.
Identifier le frelon asiatique et agir sans délai
Reconnaître le frelon asiatique est un enjeu clé de prévention. L’espèce se distingue par des caractéristiques précises :
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Corps sombre, presque noir, mesurant de 17 à 32 mm
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Une seule bande jaune sur l’abdomen, avec un liseré jaune sur le premier segment
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Pattes jaunes, signe distinctif majeur
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Nids ronds ou en forme de poire, souvent en hauteur ou abrités, pouvant atteindre 1 mètre de haut et 80 cm de diamètre
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Entrée latérale, visible sous la forme d’un petit orifice sur le côté du nid
La détection précoce est la clé pour protéger les abeilles, les cultures et la biodiversité calédonienne. La déclaration n’est pas une option : elle est une obligation réglementaire. Le frelon asiatique est classé danger sanitaire de catégorie 1, selon l’arrêté n° 2020-1225/GNC du 11 août 2020, qui impose un signalement immédiat.
Il est important de ne pas confondre cette espèce avec le frelon géant. Le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax), qui a colonisé une partie de l’Europe de l’Ouest, serait arrivé en France dès 2004, via une cargaison de poteries en provenance de Chine. Une leçon claire : les frontières économiques sont aussi des portes d’entrée biologiques.
Le frelon asiatique n’est ni un fantasme écologique ni une menace exagérée. C’est un prédateur avéré, documenté, déjà combattu ailleurs à grands frais. Pour la Nouvelle-Calédonie, anticiper, surveiller et signaler relèvent du bon sens, de la responsabilité collective et de la protection du vivant.
Face aux espèces invasives, le déni coûte toujours plus cher que la prévention.


















