Washington alerte sur les infrastructures chinoises dans le Pacifique, jugées « à double usage », pouvant servir des objectifs militaires.
Des infrastructures civiles aux implications stratégiques
Le soutien massif de la Chine aux projets d’infrastructures dans le Pacifique est désormais perçu à Washington comme un enjeu de sécurité majeur. Des membres de haut rang de la US-China Economic and Security Review Commission mettent en garde contre le risque que ces investissements ouvrent, à terme, un accès militaire à Pékin.
Dans un entretien accordé à Fox News, les responsables de la commission soulignent que les pistes d’atterrissage, ports et installations financés par la République populaire de Chine sont fréquemment conçus comme des infrastructures « à double usage ». Officiellement civiles, elles pourraient néanmoins être utilisées à des fins militaires dans un contexte de montée des tensions régionales.
Le président de la commission, Randall Schriver, estime que ces projets doivent être analysés comme les éléments d’une stratégie globale mêlant développement économique et objectifs sécuritaires de long terme.
Même lorsqu’une infrastructure est déclarée civile, sa nature même la rend exploitable à des fins militaires
A-t-il averti.
La logique de la dette comme levier d’influence
Le vice-président de la commission, Michael Kuiken, décrit un mécanisme récurrent qu’il qualifie de « diplomatie de la dette ». Selon lui, Pékin finance des projets coûteux dans de petits États insulaires, créant une dépendance financière qui fragilise leur marge de manœuvre politique.
La Chine charge ces territoires de dettes, puis exploite leur position de faiblesse pour obtenir des accès stratégiques
Explique-t-il. Ports, pistes aériennes et infrastructures logistiques peuvent alors devenir des points d’appui potentiels. Kuiken évoque un schéma observé à plusieurs reprises, de Taïwan aux îles Salomon, en passant par la Micronésie et Palau.
Pour la commission, cette dynamique est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit à proximité immédiate de Guam, pilier central du dispositif militaire américain dans le Pacifique, essentiel aux opérations logistiques et de projection de forces des États-Unis.
Signaux d’alerte et militarisation progressive
Randall Schriver reconnaît que Washington a réagi tardivement face à l’ampleur de l’expansion chinoise dans la région, alors même que les États-Unis investissaient massivement dans leurs capacités militaires à Guam. Selon lui, certains signaux inquiétants sont déjà visibles.
Il cite notamment les incidents liés à la coupure de câbles sous-marins, qu’il qualifie d’actions provocatrices susceptibles d’être liées à des scénarios militaires. L’apparition d’avions militaires chinois sur des infrastructures du Pacifique constituerait, selon lui, une étape décisive vers une militarisation assumée, suivant un modèle déjà observé en mer de Chine méridionale.
Michael Kuiken appelle les élus américains à renforcer la surveillance et la transparence, en sollicitant davantage de renseignements et d’images satellitaires. Il a également annoncé la tenue prochaine d’auditions parlementaires consacrées aux infrastructures sous-marines, devenues critiques pour l’économie mondiale et la sécurité des communications.
Vers une réponse américaine structurée dans le Pacifique
Face à cette montée en puissance chinoise, la commission préconise une réponse américaine plus cohérente et multidimensionnelle. Parmi les propositions figure le lancement d’une « Pacific Island Security Initiative », visant à combiner développement économique, coopération policière et engagement militaire.
Michael Kuiken décrit cette stratégie comme une approche « en couches », associant actions civiles, soutien des garde-côtes et présence militaire.
Il faut agir sur tous ces leviers pour être réellement efficace et contenir l’influence chinoise
Affirme-t-il.
Dans un contexte de rivalités accrues dans l’Indo-Pacifique, Washington ne considère plus les infrastructures comme de simples outils de développement, mais comme des instruments stratégiques susceptibles de remodeler durablement l’équilibre sécuritaire du Pacifique.

















