La rue Cambon s’apprête à changer d’ère, dans un contexte budgétaire explosif et d’une exigence de rigueur jamais aussi forte.
Emmanuel Macron fait un choix politique assumé : placer une fidèle, technicienne aguerrie, à la tête du gendarme des finances publiques.
Une nomination hautement politique au sommet de la rue Cambon
Le chef de l’État s’apprête à officialiser, ce mercredi en Conseil des ministres, la nomination d’Amélie de Montchalin, actuelle ministre des Comptes publics, au poste de première présidente de la Cour des comptes.
À 40 ans, elle succédera à Pierre Moscovici, parti rejoindre la Cour des comptes européenne, laissant vacante depuis le début de l’année la plus haute juridiction financière du pays.
Dans les couloirs du pouvoir, certains la surnommaient avec un mépris mal dissimulé « la dame de la compta ». L’ironie est aujourd’hui totale : celle que l’on réduisait à la technique budgétaire devient la cheffe du gendarme financier de la République.
Un symbole fort, à l’heure où le déficit public atteint 5,4 % du PIB et où la dette française frôle les 120 %, plaçant la France sous surveillance étroite des marchés et de ses partenaires européens.
La Cour des comptes, dont les rapports font trembler ministres, élus locaux et hauts fonctionnaires, retrouve ainsi un pilotage politique assumé. Emmanuel Macron confie les clés à une fidèle de la première heure, rompue aux équilibres financiers et aux rapports de force institutionnels.
Sa prise de fonctions est prévue le 22 février, pour un mandat potentiellement long : la fonction est inamovible, avec pour seule limite l’âge légal fixé à 68 ans, soit théoriquement jusqu’en 2054.
Un parcours d’élite, entre fidélité macroniste et expertise économique
Diplômée d’HEC, passée par BNP Paribas et Axa, Amélie de Montchalin incarne le profil technocratique assumé de la macronie. Économiste de formation, elle s’est rapidement imposée comme l’un des visages sérieux de la majorité présidentielle.
Ministre chargée des Affaires européennes sous Édouard Philippe, puis ministre de la Transformation et de la Fonction publique sous Jean Castex, elle a enchaîné les portefeuilles stratégiques.
Battue aux législatives de 2022 dans l’Essonne par le socialiste Jérôme Guedj, elle quitte alors le gouvernement, victime d’un revers électoral classique mais brutal. Cette défaite marque une traversée du désert politique, accentuée par un passage éclair de 45 jours au ministère de la Transition écologique dans le premier gouvernement Borne.
Elle est ensuite nommée représentante permanente de la France auprès de l’OCDE, un poste discret mais stratégique, avant d’être rappelée en décembre 2024 par François Bayrou, à la surprise générale.
Confirmée ensuite par Sébastien Lecornu, elle prend les rênes des Comptes publics à Bercy. Un ministère exposé, technique, souvent ingrat, mais central dans la période actuelle.
Marcheuse de la première heure, elle a toujours bénéficié de la confiance du président, qui voit en elle une responsable capable d’imposer une ligne claire face à l’explosion des dépenses publiques.
À la Cour des comptes, elle devient la première femme à diriger l’institution et l’une des plus jeunes présidentes de son histoire. Un marqueur politique autant qu’institutionnel.
Une ministre de combat face à la dérive des finances publiques
À Bercy, Amélie de Montchalin s’est forgé une réputation de travailleuse infatigable, décrite comme une « techno pur jus, soldat en mission » par la sénatrice communiste Éliane Assassi.
Un maire de l’Essonne la résume autrement : « pas la plus fun de la planète », mais directe, solide et bosseuse. Une description qui colle à son style : peu d’effets, beaucoup de dossiers.
Sous François Bayrou, elle travaille en binôme avec Éric Lombard, ministre de l’Économie. Sous Sébastien Lecornu, elle forme un duo avec Roland Lescure, très impliqué sur les questions industrielles.
Pendant des semaines, de l’automne à la fin janvier, elle a tenu le banc du gouvernement face au Parlement, portant parfois jusqu’à trois textes budgétaires dans la même journée : projet de loi de finances, financement de la Sécurité sociale, loi de finances de fin de gestion.
Toujours présente dans les médias, week-ends compris, elle défend les positions du gouvernement sans jamais céder sur le fond, assumant une ligne de rigueur et de responsabilité budgétaire.
C’est précisément ce profil que recherche Emmanuel Macron pour la Cour des comptes : une présidente offensive, capable de peser dans le débat public sur les économies à réaliser.
Dans un pays habitué à la dépense facile et à la victimisation budgétaire, ce choix marque une volonté de mettre fin à l’ambiguïté. La rue Cambon n’est pas là pour plaire, mais pour contrôler.
Une figure respectée, même par ses adversaires politiques
Si Amélie de Montchalin divise, elle force aussi le respect. Jérôme Guedj, pourtant son tombeur électoral, reconnaît qu’elle incarne « l’orthodoxie budgétaire dans toute sa splendeur ».
À l’Assemblée, Éric Coquerel, président insoumis de la commission des Finances, admet être « en total désaccord » avec sa politique, tout en saluant sa technicité et sa capacité de travail, notant qu’« elle ne doute jamais ».
Même au Rassemblement national, les critiques sont plus nuancées qu’à l’accoutumée. Jean-Philippe Tanguy juge, après une rencontre à Bercy en juillet, que c’était « le premier rendez-vous intéressant en trois ans », saluant une ministre « dans une logique de travail de fourmi et d’analyse des dépenses ».
Ce respect transversal n’est pas anodin. Il traduit une reconnaissance de la compétence, dans un paysage politique souvent dominé par les postures.
À la tête de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin devra désormais transformer cette crédibilité technique en autorité institutionnelle, dans un moment critique pour les finances publiques françaises.
Avec cette nomination, Emmanuel Macron assume un choix clair : celui de la rigueur, de la compétence et de la responsabilité, loin des discours larmoyants et des fausses excuses budgétaires.
La rue Cambon entre dans une nouvelle ère. Les comptes devront, enfin, être rendus.

















