11 présidents, 2 survivants

Résumé IA
Le 13 octobre 2026, la cour d'appel de Nouméa condamne Philippe Gomès, président du gouvernement de 2009 à 2011, pour détournement de fonds publics. Sur les onze présidents depuis 1999, deux seulement ont poursuivi une carrière politique à Paris. Le gouvernement, lui, n'a jamais eu de siège propre et loue ses bureaux depuis vingt-sept ans.
Onze présidents du gouvernement depuis 1999. Deux ont eu un après. Le gouvernement, lui, n'a jamais eu de maison.
Mardi 13 octobre 2026, la cour d'appel de Nouméa a déclaré Philippe Gomès coupable de détournement de fonds publics, dans l'affaire des collaborateurs wallisiens et futuniens : quatre ans dont deux avec sursis, les deux ans ferme sous bracelet électronique, cinq millions de francs d'amende, cinq ans d'inéligibilité. Un pourvoi en cassation reste possible. Il a présidé le gouvernement de 2009 à 2011, puis il a été député de 2012 à 2022, et il a quitté la vie politique.
La question vient seule : y a-t-il une malédiction des présidents du gouvernement ? Onze depuis 1999. Regardons.
Ce qu'ils sont devenus
• Jean Lèques (1999 à 2001) : le premier. Les Calédoniens se souviennent du maire de Nouméa, et c'est comme maire qu'on l'a salué à sa mort, le 1er juin 2022.
• Pierre Frogier (2001 à 2004) : député jusqu'en 2011, président du Congrès de 2007 à 2009, de la province Sud de 2009 à 2012, sénateur à partir de 2011. Candidat à sa succession en 2023, il n'est pas réélu. Il quitte la vie publique.
• Marie-Noëlle Thémereau (2004 à 2007) : démissionne en juillet 2007 et se retire de la vie publique.
• Harold Martin (2007 à 2009, puis 2011 à 2014) : condamné en novembre 2022 : deux ans dont un avec sursis, le ferme sous bracelet, cinq ans d'inéligibilité.
• Philippe Gomès (2009 à 2011) : renversé en 2011, député de 2012 à 2022, condamné en appel le 13 octobre 2026. Cinq ans d'inéligibilité.
• Cynthia Ligeard (2014 à 2015) : son gouvernement tombe en décembre 2014. Elle quitte la vie publique.
• Philippe Germain (2015 à 2019) : il quitte la vie publique.
• Thierry Santa (2019 à 2021) : annonce le 31 octobre 2025 qu'il arrête « toute activité politique », et dirige depuis le 3 novembre la SPMSC (la société qui porte les parts des provinces dans l'usine du Sud).
• De 2021 à 2024 : le premier président indépendantiste est renversé fin 2024. Il n’est pas élu aux élections provinciales suivantes.
• Alcide Ponga (2025 à 2026) : il cède la présidence en 2026. il n’est pas placé en position éligible sur la liste de la province Nord.
• Milakulo Tukumuli : en fonction depuis 2026.
Sur onze présidents, un défunt que l'on salue pour autre chose, deux condamnés, des disparus de la scène. Et deux seulement ont eu un après. Tous les deux sont partis à Paris.
Pas une malédiction, une fonction
Trois raisons, qui n'ont rien de mystérieuses.
Une fonction de lieutenant. Les chefs gardent la province, qui a le budget et les nominations, et visent Paris. Ils envoient au gouvernement un second. En 2015, le chef de Calédonie ensemble, devenu député, installe Philippe Germain à la présidence. Un lieutenant n'a pas d'après : il disparaît avec son chef, ou dès que son chef n'a plus besoin de lui.
Un gouvernement collégial, élu à la proportionnelle. Tous les partis y siègent, et un groupe peut le faire tomber en démissionnant, ce qui est arrivé en 2011, en 2014 et fin 2025. Le président n'a pas de majorité à lui. Il porte la responsabilité sans tenir le pouvoir. C'est Matignon en plus petit : un fusible.
La sortie est à Paris, ou nulle part. Les deux qui ont eu un après, Frogier et Gomès, ont transformé leur sortie en mandat national. La présidence n'est pas une marche. C'est un palier dont on ne sort que par le haut, et le haut n’est qu’à Paris.
La fonction qui n'a pas de maison
Le gouvernement s'installe en 1999 dans des bureaux prêtés, à l'immeuble Maréchal-Foch, place des Cocotiers. En 2002, l'achat d'un immeuble au 8, rue des Artifices, en face de la province Sud, est envisagé pour environ 800 millions de francs. Il se transforme en location à la province Sud, pour environ 87 millions par an. Les membres indépendantistes du gouvernement refusent de déménager et restent à Maréchal-Foch jusqu'en 2004. Pendant deux ans, le gouvernement siège dans deux immeubles.
Le 23 novembre 2021, la présidente de la province Sud écrit qu'elle veut mettre fin à l'arrangement. Le 10 mars 2022, le gouvernement signe un bail avec une société privée pour l'immeuble Le Lys rouge, rue Gallieni. Six ans de bail, environ 8 millions de francs par mois(96 millions par an), aménagement compris, dans un pays qui a déclaré la cessation de paiement le 5 août dernier.
À ce rythme, vingt ans de location à environ 87 millions par an, c'est de l'ordre de 1,7 milliard de francs versés à la province, plus du double du prix d'achat envisagé en 2002.
Le 9 mai 2024, la presse annonce que la présidence va s'installer dans l'ancien hôpital Gaston-Bourret, qui appartient au gouvernement, parce que c'est « la seule institution qui n'a pas de maison ». L'emménagement est prévu le lundi 13 mai. Ce soir-là, le pays s'embrase. Il n'a jamais eu lieu.
Aujourd'hui, le Congrès a son bâtiment, chaque province a le sien, le haut-commissaire a son palais. Le gouvernement loue. Dans le hall, les membres de l'exécutif croisent les gens qui travaillent ou vivent dans les étages.
Un bail
Le pouvoir est là où sont les murs. La province Sud a récupéré les siens, le Congrès a les siens, l'État a les siens. La présidence du gouvernement n'a jamais eu de maison en vingt-sept ans, et ceux qui l'ont occupée n'ont pas eu d'après.
Pas de malédiction, donc. Un bail.
Un palier
Reste la conséquence que les dates dessinent. D'un côté l'État, qui paie les traitements et les pensions. De l'autre les provinces, qui ont la compétence de principe, les budgets et les nominations. Entre les deux, le gouvernement : des compétences sur le papier, une collectivité qui a déclaré sa cessation de paiement, des présidents sans après, et un siège loué.
C'est un palier. Il donne au pays l'apparence de se gouverner lui-même, alors que le gestionnaire est un locataire. Une institution qui n'a ni maison, ni majorité propre, ni budget à distribuer, et dont personne ne sort que par Paris, ne tient plus que par le texte qui l'a créée.
Ces faits n'annoncent rien. Ils dessinent. Et ce que l'on voit, d'année en année, ressemble moins à une malédiction qu'à une institution qui se vide, jusqu'au jour où l'on constate que ce qu'elle abritait est parti ailleurs.
Le gouvernement du pays est un locataire. Ses présidents aussi. Et tout bail a une échéance.
La rédaction


