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Tribune

Gomès, cinq ans sans élection

13 octobre 2026 à 16:00
4 min de lecture
Gomès, cinq ans sans élection

Résumé IA

La cour d’appel de Nouméa condamne Philippe Gomès à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, cinq millions de francs d’amende et cinq ans d’inéligibilité, et Philippe Michel à trois ans, dont deux avec sursis, pour détournement de fonds publics entre 2014 et 2018. Les juges redéfinissent le rôle de Gomès en complice, et le parti Calédonie ensemble est relaxé. La défense envisage de saisir la Cour de cassation.

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La justice a tranché une seconde fois. Et le verdict sonne comme un désaveu pour toute une manière de faire de la politique en Nouvelle-Calédonie.

Une condamnation confirmée, un message limpide

Ce mardi 13 octobre, la cour d’appel de Nouméa a de nouveau condamné Philippe Gomès et Philippe Michel. Deuxième décision, même conclusion.

Les faits sont connus. Entre 2014 et 2018, des crédits de la province Sud et du congrès de la Nouvelle-Calédonie ont servi à rémunérer des collaborateurs wallisiens et futuniens. Selon l’accusation, ces derniers travaillaient surtout pour Calédonie ensemble et sa stratégie électorale. Les prévenus l’ont toujours contesté. Les juges, eux, ont tranché.

L’ancien député et fondateur du mouvement écope de quatre ans de prison, dont deux avec sursis, de 5 millions de francs d’amende et de cinq ans d’inéligibilité. Philippe Michel, président de la province Sud de 2014 à 2019, est condamné à trois ans, dont deux avec sursis, 4 millions de francs d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

La prison ferme, deux ans pour l’un, un an pour l’autre, sera aménagée sous bracelet électronique.

Cinq ans hors du jeu électoral. Pour un homme qui a façonné la vie politique calédonienne pendant des décennies, la sanction est lourde. Elle est surtout logique.

Car le principe en cause n’a rien de technique. L’argent du contribuable n’appartient pas à un parti. Il appartient aux Calédoniens qui paient l’impôt, qui financent les collectivités, et qui sont en droit d’exiger que chaque franc serve l’intérêt général.

Complice plutôt qu’auteur : la nuance ne change pas le fond

Les défenseurs de l’ancien député s’attarderont sans doute sur les différences avec le jugement du 1er juillet 2025. Elles existent.

La cour a écarté les faits antérieurs au 16 mai 2014, date à laquelle Philippe Michel a pris la présidence de la Maison Bleue. Pour la période suivante, jusqu’en octobre 2018, il reste reconnu coupable de détournement de fonds publics.

Quant à Philippe Gomès, son rôle a été redéfini. Il n’est plus considéré comme l’auteur direct de certains détournements, mais comme leur complice. Les juges estiment qu’il a participé à leur organisation sans avoir lui-même eu la charge de fonds publics.

Est-ce un soulagement ? À peine. Organiser un système sans tenir directement la caisse, c’est précisément le rôle de celui qui décide. Le chef ne signe pas forcément les chèques. Il fixe la direction.

Le parti, lui, est relaxé. Reconnu coupable en première instance de recel, Calédonie ensemble échappe cette fois à la condamnation. C’est une victoire pour la structure. Ce n’est pas une réhabilitation pour ses dirigeants, condamnés à titre personnel.

La victimisation, dernier refuge

La ligne de défense mérite qu’on s’y arrête. Pour les avocats des deux hommes, ces collaborateurs ont été recrutés comme attachés politiques, et faire de la politique était justement leur mission. Rien de plus, rien de moins.

L’argument se veut habile. Il révèle surtout le cœur du problème.

Faire de la politique avec de l’argent public, c’est exactement ce que la loi interdit lorsque cette politique se confond avec les intérêts d’un parti. Un collaborateur payé par une institution sert l’institution. Pas une campagne. Pas une machine électorale.

Me Frédéric de Greslan, l’un des avocats, estime que la défense n’a pas été entendue et envisage de saisir la Cour de cassation. C’est son droit le plus strict, et nul ne le conteste. Mais il faut rappeler ce que fera cette juridiction : elle ne rejugera pas les faits. Elle vérifiera seulement si le droit a été correctement appliqué.

Deux décisions, deux condamnations. Première instance, appel. À un moment, la posture de l’élu incompris doit céder devant la réalité judiciaire.

La Nouvelle-Calédonie traverse une période où la confiance dans les institutions est un bien rare. Les Calédoniens attendent des responsables exemplaires, pas des explications sur la frontière floue entre mandat public et ambitions partisanes.

La justice de la République s’applique ici comme ailleurs. Aucun titre, aucune carrière, aucune influence ne place un élu au-dessus d’elle. C’est peut-être la meilleure nouvelle de cette décision.

(Crédit photo : UDI)