Aller au contenu
0%
L'actualité locale

Le « 007 Fiscal » de Macron venu redresser nos comptes, face à la justice ?

16 octobre 2026 à 08:05
3 min de lecture
Le « 007 Fiscal » de Macron venu redresser nos comptes, face à la justice ?

Résumé IA

En novembre 2024, Grégory Belhoste, inspecteur des finances, participe à Nouméa à la délégation interministérielle venue prôner le redressement des comptes calédoniens. Deux ans plus tard, la Fédération française de handball le soupçonne d'avoir fait financer par une association un logiciel transféré à sa société, valorisée 2,7 millions d'euros. Il dénonce un « putsch ».

Aa

En novembre 2024, Grégory Belhoste, inspecteur des finances, débarquait à Nouméa au sein de la délégation interministérielle d'Emmanuel Moulin, aujourd'hui gouverneur de la Banque de France, venue ausculter un pays exsangue et rappeler que le redressement ne pourrait pas reposer sur le seul contribuable métropolitain. Deux ans plus tard, la Fédération française de handball le soupçonne d'avoir fait financer par une modesteassociation de l'Oise un logiciel ensuite transféré à sa propre société, aujourd'hui valorisée2,7 millions d'euros. Il dénonce un « putsch ». La leçon de rigueur, elle, a déjà été servie aux Calédoniens.

Un CV à faire pâlir James Bond

Sur le papier, l'homme coche toutes les cases du grand serviteur de l'État. Officier de marine, ancien pilote de l'aéronavale, Grégory Belhoste a troqué le cockpit pour Bercy : un décretprésidentiel du 23 août 2018 intègre le capitaine de corvette dans le corps très fermé de l'Inspection générale des finances. Appelé ensuite à l'Élysée puis au ministère de l'Économiepour imaginer la future cellule de renseignement fiscal, il hérite dans la presse confidentielleparisienne d'un surnom qui ne s'invente pas : le « 007 Fiscal ». À 46 ans, il occupe aujourd'hui le poste de directeur général adjoint du département des Hauts-de-Seine, l'une des collectivités les plus riches de France.

Un profil taillé pour traquer la fraude, débusquer les montages douteux et sermonner les gestionnaires approximatifs. C'est précisément à ce titre qu'il a croisé la route de la Nouvelle-Calédonie.

Cinq jours à Nouméa pour ausculter un pays à genoux

Novembre 2024. Six mois après les émeutes, le Caillou compte ses ruines. Michel Barnier, alors à Matignon, annonce la création d'une délégation interministérielle chargée d'accompagner la reconstruction, de relancer l'économie et de flécher les aides de l'État. Pour en préfigurer le travail, il dépêche Emmanuel Moulin, inspecteur général des finances et ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal. Du 25 au 29 novembre, la délégation enchaîne les rendez-vous avec les responsables politiques et économiques du territoire.

Autour de Moulin, une équipe resserrée et triée sur le volet : Chloé Jambon et Frédéric Joram, conseillers du Premier ministre, Nicolas Gelli, conseiller fiscalité du ministre de l'Économie... et Grégory Belhoste, inspecteur des finances. Le message porté à Nouméa est limpide : le redressement calédonien ne pourra pas provenir uniquement des subventions payées par le contribuable de l'Hexagone. Traduction en langage courant : il faudra se serrer la ceinture, réformer et rendre des comptes.

Cette délégation n'était qu'un début, et son chef a depuis fait du chemin. Devenu secrétaire général de l'Élysée en avril 2025, Emmanuel Moulin a été nommé gouverneur de la Banque de France en conseil des ministres le 27 mai 2026, puis a pris ses fonctions le 2 juin pour un mandat de six ans, en succédant à François Villeroy de Galhau. Le patron de la banque centrale française est donc l'homme qui conduisait, à Nouméa, l'équipe dont faisait partie Grégory Belhoste. Sur le dossier calédonien, le flambeau a été repris par Claire Durrieu, nommée par décret du 26 août2025 à la tête de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, avant qu'Amaury Decludt ne lui succède en avril dernier. Entre-temps, la doctrine s'est durcie : les 262 milliards de francs du pacte de refondation sont conditionnés à des réformes locales, de la remise à plat des niches fiscales au sauvetage du Ruamm. En clair, l'argent de l'État contre la vertu calédonienne. Grégory Belhoste figurait donc dans l'équipe fondatrice du dispositif qui, aujourd'hui encore, fait la leçon de bonne gestion à tout un pays.

Pendant ce temps, dans l'Oise

Changement de décor. À Beauvais, Grégory Belhoste présidait depuis 2017 le comité départemental de handball de l'Oise, une association fondée en 1963 qui fédère 28 clubs et emploie entre dix et vingt salariés selon les registres officiels. Rien de spectaculaire, a priori. Lors de son élection, un club local saluait même un dirigeant appelé à agir dans « la plus complète transparence et intégrité ». On ne saurait mieux dire.

Car selon une enquête publiée ce jeudi par L'Équipe, la Fédération française de handball (FFH) reproche à l'ancien président de graves dérives dans la gestion des fonds du comité. Au cœur du dossier : un logiciel d'aide aux bénévoles, que Grégory Belhoste est soupçonné d'avoir fait développer avec l'argent de l'association, avant de le transférer à sa propre société. Une entreprise désormais valorisée à 2,7 millions d'euros, selon le journal sportif, qui décrit un dirigeant aux ambitions sans commune mesure avec la taille de la structure qu'il pilotait. Sous la pression fédérale, l'inspecteur des finances a quitté la présidence du comité le 21 septembre.

La thèse du « putsch »

L'intéressé conteste. Il voit dans cette offensive un « putsch » nourri par des rivalités politiques internes au handball français. Grégory Belhoste est un proche d'Olivier Girault, champion olympique 2008 et ancien président de la Ligue nationale de handball, dont il était le colistier lors de la campagne perdue pour la présidence de la fédération en 2020, remportée par Philippe Bana. Dans ce petit monde, les rancunes ont la vie dure, et l'hypothèse d'un règlement de comptes ne peut être balayée d'un revers de main. À ce stade, aucune juridiction ne s'est prononcée et Grégory Belhoste bénéficie pleinement de la présomption d'innocence.

Mais une guerre de clans n'explique pas tout. Si les faits rapportés par L'Équipe sont établis, une question demeure entière : comment un outil financé par une association, c'est-à-dire par ses clubs et ses licenciés, peut-il finir dans le patrimoine d'une société privée appartenant à son propre président ? À cette question, la réponse « putsch » ne suffit pas.

Faites ce que je dis...

C'est ici que l'affaire cesse d'être un simple feuilleton de fédération sportive pour devenir un sujet calédonien. Depuis deux ans, Paris envoie à Nouméa ses meilleurs inspecteurs pour expliquer aux élus, aux chefs d'entreprise et aux contribuables locaux qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens. On scrute nos niches fiscales, on ausculte nos comptes sociaux, on conditionne chaque milliard à une réforme. Les Calédoniens ont accepté l'exercice, souvent en serrant les dents, parce qu'il émanait d'une administration réputée irréprochable.

Personne n'exige des hauts fonctionnaires qu'ils soient des saints. On attend simplement d'eux qu'ils s'appliquent la grille de lecture qu'ils appliquent aux autres. Qu'un inspecteur des finances dépêché pour faire la leçon de rigueur à tout un territoire présidait, dans le même temps, une association dont la gestion est aujourd'hui mise en cause par sa propre fédération, voilà qui fait pour le moins désordre.

L'Inspection générale des finances, qui l'a désigné pour accompagner la Calédonie, s'était-elle intéressée aux activités annexes de son inspecteur ? Le département des Hauts-de-Seine, qui l'emploie aujourd'hui, entend-il demander des explications ? Autant de questions qui, pour l'heure, restent sans réponse.

À Nouméa, on avait bien retenu la leçon de rigueur. Reste à savoir si le professeur, lui, l'avait apprise.

À suivre.

La Dépêche de Nouméa