Le fiasco des 80 % au bac

Résumé IA
Un sondage Ifop pour Ecolhuma révèle que 64% des Français jugent que l'objectif des 80% au bac a dévalorisé le diplôme et affaibli le niveau scolaire. Une majorité réclame un retour aux savoirs fondamentaux, et 71% des enseignants doutent de la capacité de l'École à tenir cette promesse.
Le bac pour tous devait être une conquête. Quarante ans plus tard, une majorité de Français y voit surtout un renoncement.
Un sondage Ifop pour Ecolhuma dresse un constat sévère et réclame un retour à l’essentiel : lire, écrire, compter.
Le bac pour tous, une promesse qui a coûté cher
Au milieu des années 1980, à peine un tiers d’une classe d’âge allait jusqu’au baccalauréat. L’État fixe alors un cap : 80 %. L’objectif est atteint depuis 2018-2019. Pourtant, la victoire ne se célèbre pas.
L’enquête Ifop réalisée pour Ecolhuma, menée du 9 au 11 septembre 2026 auprès de 1 501 Français et du 11 au 21 septembre auprès de 428 enseignants, révèle d’abord une forme d’ignorance. Seuls 41 % des Français savent que l’objectif a été rempli. Chez les enseignants, ils sont 76 %.
Le plus frappant vient ensuite. 64 % des Français estiment que cette politique a dévalorisé le bac et renforcé la compétition dans le supérieur. Autant considèrent qu’elle a conduit à l’effondrement du niveau général de l’enseignement. Les professeurs, en première ligne, sont encore plus durs : 78 % et 71 %.
Le verdict est sans appel. Moins d’un Français sur deux, 46 %, pense que c’était un bon projet et qu’il est heureux qu’il ait été atteint. Chez les enseignants, ce chiffre tombe à 43 %.
L’argument social, lui, résiste en partie. 56 % des sondés reconnaissent que l’objectif a permis à des jeunes de milieux modestes d’accéder au bac et aux études supérieures. Mais seuls 14 % en sont tout à fait convaincus, contre 32 % qui adhèrent pleinement à l’idée d’un niveau en chute libre.
Faut-il garder le cap ? Pratiquement personne ne le souhaite. 9 % du grand public veut conserver la promesse telle quelle. Chez les enseignants, l’option ne recueille aucune voix. La majorité relative préfère la remplacer par un nouvel engagement, et 29 % des Français, près d’un sur deux chez les 65 ans et plus, ne veulent même plus de grande promesse nationale.
Lire, écrire, compter : le retour du bon sens
Quelle promesse alors pour 2035 ? La réponse est nette.
60 % des Français placent la maîtrise des savoirs fondamentaux parmi leurs deux priorités, loin devant la justice scolaire (40 %) ou la préparation au monde numérique (35 %). L’ambition est simple : qu’à la fin de la scolarité obligatoire, chaque jeune maîtrise solidement la lecture, l’écriture, les mathématiques et le raisonnement.
Simple, et pourtant devenu révolutionnaire.
Cette exigence traverse largement le paysage politique. Elle arrive en tête chez 52 % des sympathisants du camp présidentiel, 49 % à droite et 45 % chez les électeurs du RN et de Reconquête. La gauche fait exception : 26 % seulement, préférant la justice scolaire ou l’orientation choisie.
L’âge creuse aussi l’écart. Les 65 ans et plus, qui ont connu une école exigeante, sont 52 % à faire des fondamentaux leur priorité absolue. Chez les moins de 35 ans, ce chiffre n’est que de 26 %.
Pourquoi ce choix ? Pour 34 % des Français, cette promesse correspond tout simplement à la mission première de l’École. Chez ceux qui privilégient les fondamentaux, ce motif grimpe à 60 %. Transmettre, avant tout le reste.
Les enseignants partagent ce diagnostic, à leur manière. 51 % retiennent les savoirs fondamentaux, quasiment à égalité avec la justice scolaire (52 %).
Une école que plus personne ne croit capable de tenir parole
Reste la question qui fâche. L’École française peut-elle tenir sa promesse d’ici 2035 ?
Les Français sont coupés en deux : 42 % y croient, 43 % non. Mais ceux qui réclament le retour aux fondamentaux sont les plus sceptiques. 53 % d’entre eux doutent que l’institution en soit capable. Ceux qui misent sur la justice scolaire se montrent nettement plus confiants.
Chez les enseignants, le pessimisme domine. 71 % jugent que l’École n’est pas aujourd’hui en mesure de tenir l’engagement qu’ils ont choisi.
Les obstacles cités disent beaucoup. Les professeurs pointent d’abord le manque de moyens humains et financiers, à 51 %. Le grand public, lui, répartit davantage les responsabilités : le manque de moyens (28 %), mais aussi la difficulté à réformer l’organisation de l’Éducation nationale (23 %) et le manque d’implication des familles et de la société (21 %). Chez les partisans des fondamentaux, ce dernier point devient le premier obstacle, à 32 %. Une question d’autorité et de responsabilité collective, bien plus que de budget.
Le sondage met enfin à nu une fracture plus intime. 52 % des Français estiment avoir choisi leur parcours scolaire, 36 % l’avoir subi. Les sympathisants RN sont 46 % à se sentir orientés contre leur gré. Chez ceux de Renaissance, à peine 17 %.
Et le diplôme ne protège plus du déclassement. Parmi les actifs, 40 % des titulaires d’un bac+4 ou plus jugent leur poste inférieur à ce que leur qualification permettait d’espérer. Chez les enseignants eux-mêmes, ils sont 65 %.
Massifier le bac sans garantir le niveau, c’était promettre beaucoup pour transmettre moins. Les Français l’ont compris. Ils ne réclament pas un nouveau slogan, mais une école qui instruit.
(Crédit photo : FRED DUFOUR / AFP)



