Nickel : l'État monte au capital, l'Europe signe un protocole

Résumé IA
L’État devient actionnaire majoritaire d’Eramet, maison mère de la SLN, et participe à une augmentation de capital. Mardi, l’Union européenne et le gouvernement calédonien signent un protocole d’accord sur les matières premières, sans engagement financier. Le texte ne crée ni droit ni obligation, et sa signature suscite des oppositions locales.
Deux annonces touchent cette semaine le nickel calédonien. L'État va devenir le premier actionnaire d'Eramet, la maison mère de la SLN. Et mardi, l'Union européenne et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie doivent signer un protocole d'accord sur les matières premières. Le premier est un engagement financier, le second un cadre de coopération.
L'État entre au capital d'Eramet
L'Élysée a annoncé que l'État allait augmenter significativement sa participation dans Eramet, dont dépend la SLN, et en devenir très largement le premier actionnaire. Il détenait un peu plus de 27 % du capital fin 2025. Il participera à l'augmentation de capital prévue fin 2026 et rachètera une partie des droits de souscription de la famille Duval, sans dépasser 50 %. Le coût de l'opération pour les finances publiques n'a pas été précisé, et le titre a nettement reculé après l'annonce.
Pour la Nouvelle-Calédonie, ce mouvement s'ajoute à un soutien déjà massif. Depuis 2023, l'État a apporté environ 730 millions d'euros de financements directs à la SLN, soit près de 87 milliards de francs. Selon les données ajustées d'Eramet, il la finance aujourd'hui intégralement. Il devient désormais l'actionnaire de référence de sa maison mère.
Une partie des loyalistes pourra y voir une bonne nouvelle : un actionnaire solvable, engagé dans la durée sur l'outil industriel de Doniambo. Les indépendantistes y voient autre chose. Emmanuel Tjibaou, le 14 octobre : « Aujourd'hui, l'État cumule tous les rôles : actionnaire, prêteur, faiseur de doctrine en voulant exclure la Chine, parrain de l'accord avec l'UE. »
Le protocole européen : peu de texte, un enjeu d'énergie
Le texte n'est pas public. D'après ce qui en a été rapporté, il ne crée ni droit ni obligation, ne contient aucun engagement de financement et n'accorde aucun traitement préférentiel. Alcide Ponga dit qu'il « ne garantit aucun investissement ». Nicolas Metzdorf, qu'il « ne change pas la donne ». Emmanuel Tjibaou, qu'il « ne crée aucun droit ni aucune obligation ».
Il s'inscrit pourtant dans une stratégie où l'énergie compte, et c'est là que l'Europe est attendue. Stéphane Séjourné évoque 3,7 milliards de francs déjà mobilisés pour la transition énergétique. Une mission de la Banque européenne d'investissement et de la Commission est attendue en décembre sur la station de transfert d'énergie par pompage de Tontouta. Reste à savoir qui financera. Pour la période 2028-2034, Bruxelles évoque aussi le port autonome, un câble numérique et l'aéroport de Tontouta, sans donner de montant. L'Europe finance enfin la formation professionnelle, avec une convention d'environ 600 millions de francs signée le même jour.
D'autres voix se sont exprimées. Le FLNKS demande le report de la signature. L'Alliance des Royaumes Kanak invoque l'absence de « consentement libre, préalable et en connaissance de cause ». Le groupe Kanaky NC juge le texte « essentiellement déclaratif », sans refuser le principe.
Qui finance quoi sur le nickel
Sur le nickel lui-même, l'écart est net. Depuis 2021, l'État a prêté environ 640 millions d'euros à Prony Resources, soit à peu près 76 milliards de francs. Avec les 730 millions d'euros apportés à la SLN, cela fait environ 1,37 milliard d'euros, ou 163 milliards de francs. Côté européen, Stéphane Séjourné parle de 500 000 euros fléchés pour la Nouvelle-Calédonie, soit environ 60 millions de francs.
L'écart est d'environ 2 700 fois, même si les périodes et la nature des sommes diffèrent : les 640 millions de Prony sont des prêts, qui devront être remboursés, et la nature des 730 millions de la SLN n'est pas détaillée. Pour le nickel, c'est l'État qui paie. Pour l'énergie, c'est l'Europe qui est attendue.
Un cadre qui se met en place
Autour de ces annonces, d'autres éléments dessinent le cadre. Emmanuel Macron s'est opposé à l'entrée de capitaux chinois dans KNS, ce qu'Emmanuel Tjibaou a confirmé le 14 octobre.
L'Union européenne vise, d'ici 2030, pas plus de 65 % de sa consommation d'une matière stratégique venant d'un seul pays tiers, ce qui conduit les industriels européens à chercher des fournisseurs hors d'Indonésie et de Chine. En juin 2025, elle a retenu un projet calédonien, CaledoNi, parmi ses 13 projets stratégiques hors d'Europe. En 1969 déjà, Paris avait repris la main sur le nickel par la loi.
Ce qui reste à suivre
La feuille de route doit être rédigée dans les six mois suivant la signature, soit vers avril 2027, en pleine campagne présidentielle. Le Groenland offre un point de comparaison : un protocole sur les matières premières y a été signé le 30 novembre 2023, et un paquet de 200 millions d'euros, soit environ 24 milliards de francs, a été annoncé le 7 septembre 2026. Un protocole peut mener à des financements, mais sur plusieurs années.
Le programme de mardi
La signature du protocole est prévue à 11 h 30 à Station N, avec Stéphane Séjourné et Milakulo Tukumuli. Celle de la convention de financement de la formation professionnelle suit à 16 h 05.



