Pillés le samedi, revendus le lundi

Résumé IA
Paris et Lille sont placés sous couvre-feu après des nuits de violences, avec des milliers de commerces pillés et du butin revendu en ligne. Le ministre du Commerce annonce un fonds de soutien pour les sinistrés, tandis que les syndicats étudiants, dont l’Unef, refusent d’arrêter la mobilisation. Des campus restent fermés et des étudiants bloquent l’accès au Louvre.
Paris sous couvre-feu, Lille aussi. Des milliers de commerces pillés, et du butin revendu en ligne.
Face aux casseurs, l’État serre enfin la vis. Les syndicats étudiants, eux, refusent de quitter la rue.
Paris et le Nord sous couvre-feu : la fermeté, enfin
Il aura fallu des nuits de violences pour en arriver là.
Lundi, le préfet de police de Paris, Patrick Faure, a signé plusieurs arrêtés. Le premier interdit toute manifestation dans certains quartiers de la capitale, de 20h jusqu’à 6h le lendemain matin. Le second va plus loin : un couvre-feu dans des secteurs plus restreints, dont la place de la République, à partir de 23h.
Le texte ne laisse aucune marge d’interprétation. Il interdit « strictement toute présence » dans les périmètres de la place de la République et du secteur des Halles.
La préfecture assume. Selon elle, ces dispositions sont nécessaires « pour rétablir la paix publique à laquelle une minorité de délinquants a gravement porté atteinte ».
Le mot est lâché. Délinquants.
Pas de « jeunes en colère », pas de « quartiers en souffrance ». Une minorité qui casse, et une majorité qui en paie le prix.
Le Nord n’est pas épargné. Matignon a annoncé de premiers couvre-feux pour lundi et mardi, de 20h à 6h, dans quatre communes : Lille, Douai, Denain et Wattignies. Les maires concernés ont donné leur accord. D’après la préfecture du Nord, les mesures étaient encore en cours de finalisation et viseront des « portions » de ces villes.
Paris, Lille, le bassin minier. La carte de la casse dessine celle d’un pays qui vacille.
Commerces pillés, butin en ligne : la facture des casseurs
Derrière les images de vitrines éclatées, il y a des commerçants. Des artisans. Des gens qui se lèvent tôt et qui, un matin, découvrent leur boutique dévastée.
Le ministre du Commerce et des PME, Serge Papin, avance un chiffre : « sans doute 3.000 au moins » commerces touchés par les violences.
Trois mille.
À l’issue d’une cellule interministérielle de crise, Sébastien Lecornu a annoncé un « fonds de soutien spécifique » pour les commerces sinistrés, assorti de mesures de « chômage partiel ». Une aide bienvenue. Mais une aide qui, au bout du compte, sera payée par le contribuable.
Et pendant ce temps, le butin circule. La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, l’a reconnu sur X : des articles volés ce week-end à travers la France sont proposés à la vente sur certaines plateformes. Le gouvernement a réuni lundi plusieurs de ces plateformes pour exiger le retrait des annonces. La ministre attend qu’il intervienne « sans délai ».
Piller le samedi, revendre le lundi. Voilà la réalité d’une partie de ces « mobilisations ».
Michel Picon, président de l’U2P, qui représente les entreprises et commerces de proximité, n’a pas mâché ses mots auprès de l’AFP. Il ne conteste pas le droit de manifester. Les lycéens inquiets pour leur avenir « ont raison », dit-il, et s’ils doivent descendre dans la rue, « il faut accepter ça ».
Mais une fois la manifestation terminée, une fois que « les braves gens qui revendiquent leurs droits » sont rentrés chez eux, ceux qui restent sont autre chose. « Ce sont des voyous », tranche-t-il.
Face à eux, il réclame des « méthodes beaucoup plus radicales », sans préciser lesquelles. Sinon, prévient-il, « je ne sais pas comment on va s’en sortir ».
Le patron de l’U2P pointe surtout un malaise. Celui d’un État qui aurait peur de « faire de vagues ». Il évoque un « syndrome Malik Oussekine », la crainte d’un drame susceptible de déstabiliser l’État, qui paralyserait la réponse policière. Et laisserait les biens se faire dégrader.
Le constat est dur. Il est partagé par beaucoup de commerçants.
Même Pékin s’inquiète. Lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères et l’ambassade de Chine en France ont appelé leurs ressortissants à « renforcer leur vigilance face aux risques », à suivre l’évolution de la situation et à « éviter les zones de manifestation », selon la télévision d’État CCTV.
Quand une puissance étrangère met en garde ses citoyens contre la France, l’image du pays en prend un coup.
Syndicats étudiants : la surenchère plutôt que l’apaisement
Emmanuel Macron s’est exprimé. Les organisations étudiantes ont répondu dès le lendemain. Et leur réponse tient en un mot : non.
L’Unef, troisième organisation étudiante, juge que le gouvernement est « à côté de la plaque ». Dans un communiqué, elle cite le chef de l’État, qui appelait à « écouter les revendications de la jeunesse avec bienveillance et sans jugement », pour mieux l’accuser de n’avoir « rien compris, rien écouté ».
Le syndicat va plus loin. Les discussions annoncées par le président « ne serviront à rien », selon lui, si leur seule issue est la présidentielle de 2027. « La jeunesse n’attendra pas six mois », prévient-il. Avant de promettre : « nous continuerons à descendre dans la rue ».
L’Union étudiante tient la même ligne. Elle restera mobilisée « tant que des engagements concrets ne seront pas obtenus », et appelle les étudiants à poursuivre l’organisation sur les lieux d’études comme dans la rue.
Aucune date n’a été communiquée à ce stade. Mais le ton est donné.
Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. Plusieurs campus restaient fermés lundi, dont certains de l’université de Lille, de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ou encore Paris 8, d’après les annonces des universités sur les réseaux sociaux.
Et lundi matin, des étudiants ont bloqué l’accès au Louvre. Le premier musée du monde, pris en otage pour exprimer un « soutien » au mouvement lycéen.
Le contraste est saisissant. D’un côté, des commerçants ruinés, des quartiers sous couvre-feu, des forces de l’ordre mobilisées nuit après nuit. De l’autre, des organisations qui ne prononcent pas un mot sur les pillages, mais trouvent l’énergie de bloquer les universités et les musées.
L’État a choisi la fermeté. Il était temps. Reste à savoir s’il tiendra.
(Crédit photo : MATTHIEU RONDEL / AFP)


