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Au delà du récif

Bardella : 99 %, personne en face

25 octobre 2026 à 05:57
4 min de lecture
Bardella : 99 %, personne en face

Résumé IA

Jordan Bardella a été réélu président du Rassemblement national avec près de 99 % des suffrages lors du congrès du parti à Orléans, où la participation atteint 68 %. Il appelle à conduire Marine Le Pen à l’Elysée et à passer « de parti de gouvernement à parti au gouvernement ». Jean-Philippe Tanguy arrive en tête du Conseil national, devant Louis Aliot et Sébastien Chenu.

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Une réélection sans rival, un score presque soviétique et une mobilisation jamais vue.
À Orléans, le Rassemblement national a montré qu’il ne se contente plus de gagner des voix : il veut désormais gouverner.

Orléans, un plébiscite qui ne surprend personne mais qui dit beaucoup

Il n’y avait pas de suspense. Il y avait un message.

Seul en lice pour sa propre succession, Jordan Bardella a été réélu président du Rassemblement national ce samedi, lors du congrès du parti réuni à Orléans. Le score frôle l’unanimité : près de 99 % des suffrages exprimés.

Mais le chiffre le plus parlant est ailleurs.

La participation approche les 68 %, un niveau inédit pour un congrès du parti à la flamme. Quatre ans après sa première prise de fonction à la tête du mouvement, le nombre de votants a tout simplement triplé. Pour une formation que ses adversaires décrivent encore volontiers comme une coquille vide portée par une seule figure, la démonstration est cinglante.

Les résultats ont été proclamés par le député Yoann Gillet, chargé de l’organisation du congrès. Le président sortant totalise 75 497 voix. En face, à peine 779 bulletins blancs.

Autrement dit, aucune fronde, aucune dissidence, aucun courant contestataire. Là où d’autres partis se déchirent en primaires interminables et en guerres d’ego étalées dans la presse, le RN affiche une discipline que beaucoup lui envient en silence.

Le militant de base, lui, a voté. Et il a voté en masse.

« De parti de gouvernement à parti au gouvernement »

Avant même l’annonce officielle des résultats, Jordan Bardella avait pris la parole pour remercier ceux qui l’avaient soutenu. Le ton était donné d’emblée, sans fausse modestie sur l’objectif final.

« Une fois de plus, je vais avoir besoin de vous (...) pour conduire Marine Le Pen à l’Elysée », a-t-il lancé.

Le rôle de dauphin est donc assumé, et conservé. Pas de rivalité affichée, pas de duel fantasmé par les commentateurs : le président du RN se présente toujours comme le premier soldat de la candidature de Marine Le Pen.

Puis vient la phrase qui résume à elle seule la ligne de ce congrès.

« Le cap que je veux aujourd’hui fixer devant vous est celui qui doit nous conduire de parti de gouvernement à parti au gouvernement », a déclaré Jordan Bardella devant une salle conquise.

La nuance est fine. Elle est surtout stratégique.

Il ne s’agit plus seulement de prouver que le RN peut gouverner, mais de se préparer concrètement à exercer le pouvoir. Le président du parti l’a dit sans détour : il existe selon lui une différence fondamentale entre vouloir le pouvoir, gagner une élection et porter, dès le lendemain, les lourdes responsabilités qui en découlent.

Pour tenir ce cap, il a appelé ses troupes à faire preuve collectivement de « sang-froid », de « constance » et du « sens du devoir ».

Un vocabulaire de responsabilité, presque régalien. Loin de l’image protestataire dans laquelle certains voudraient encore enfermer le premier parti de France.

Conseil national : l’applaudimètre a parlé

Dans la foulée de la proclamation, Yoann Gillet a égrené la liste des cent membres élus au Conseil national, sorte de parlement interne du mouvement. Un scrutin qui pèse moins par ses conséquences que par ce qu’il révèle : la cote de popularité de chacun auprès des adhérents.

Et le verdict est clair.

Jean-Philippe Tanguy arrive en tête. Le député, devenu l’un des visages les plus médiatiques du parti, a été accueilli sous les acclamations de la salle.

Derrière lui, deux piliers de la maison : les vice-présidents sortants Louis Aliot et Sébastien Chenu complètent le podium. Viennent ensuite les porte-parole Julien Odoul et Laure Lavalette, cette dernière nettement au-dessus du lot à l’applaudimètre.

Même ferveur pour Edwige Diaz, nouvelle cheffe de groupe au Sénat, et pour Christophe Barthès, le remuant maire de Carcassonne.

D’autres noms ont reçu un accueil plus tiède.

Des personnalités pourtant proches de Marine Le Pen, et parfois bien classées, n’ont pas soulevé le même enthousiasme dans l’assistance. C’est le cas de sa sœur, Marie-Caroline Le Pen, de l’ancien trésorier Wallerand de Saint-Just ou de l’ex-attachée de presse Caroline Parmentier.

Un signe, peut-être, que la base militante regarde désormais davantage vers une nouvelle génération de cadres, rodés aux plateaux télé et à l’hémicycle.

Jordan Bardella, de son côté, a usé de la prérogative qui lui revient : un quota réservé de vingt places supplémentaires. Il s’en est servi pour repêcher certains de ses proches, dont plusieurs de ses conseillers : François Paradol, Charles-Henri Gallois, Pierre-Romain Thionnet et Thibault François.

Une manière d’installer sa garde rapprochée au cœur de l’appareil.

À Orléans, le RN n’a pas seulement reconduit son président. Il a montré un parti soudé, mobilisé comme jamais, et tourné vers une seule échéance : l’élection présidentielle.

(Crédit photo : REUTERS/Sephanie Lecocq)