Chaque 30 novembre, la communauté internationale rend hommage aux victimes de la guerre chimique, lors de la Journée de commémoration instituée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Ce rendez-vous annuel n’est pas un simple hommage historique : il s’agit d’un rappel moral et politique.
Car un siècle après les gaz de la Première Guerre mondiale, le poison n’a pas disparu des champs de bataille. En Syrie, en Irak ou ailleurs, les armes chimiques continuent d’être utilisées, malgré les interdictions formelles.
Les cicatrices invisibles de la guerre
L’histoire de la guerre chimique est celle d’un drame humain et scientifique : l’intelligence détournée de son but premier, mise au service de la destruction.
Les premières attaques, à Ypres en 1915, avaient bouleversé la conscience mondiale. Des milliers de soldats, brûlés de l’intérieur, ont succombé au chlore, au gaz moutarde ou au phosgène.
Depuis, les arsenaux se sont perfectionnés, les traités se sont multipliés mais le risque demeure.
Plus de 98 % des stocks mondiaux déclarés ont été détruits grâce à la Convention sur les armes chimiques (1997). Pourtant, des violations persistent.
L’OIAC l’affirme :
Chaque utilisation d’agent chimique est une attaque contre l’humanité elle-même
Cette journée du 30 novembre a donc une double vocation : honorer les victimes et alerter sur la fragilité du droit international.
L’arme du XXIe siècle : la peur invisible
La guerre chimique ne se limite plus aux gaz militaires. Aujourd’hui, le danger s’est déplacé vers les armes chimiques artisanales, les produits toxiques industriels détournés ou les attaques ciblées par agents neurotoxiques.
Les affaires Skripal ou Navalny ont montré que ces produits, jadis réservés aux armées, peuvent devenir des outils d’assassinat politique ou terroriste.
À l’heure de la guerre hybride et de la désinformation, la menace chimique redevient un instrument de terreur psychologique.
L’OIAC, soutenue par les Nations unies, appelle à renforcer la surveillance, la transparence scientifique et la coopération internationale.
La sécurité mondiale ne se joue plus seulement sur les champs de bataille, mais dans les laboratoires, les ports et les circuits de production chimique.
Nouvelle-Calédonie : un territoire de paix et de vigilance
En Nouvelle-Calédonie, loin des zones de conflit, cette journée trouve un écho particulier dans le contexte du Pacifique Sud.
Région longtemps exposée aux expérimentations nucléaires et militaires étrangères, le Pacifique reste marqué par les questions de pollution, de sécurité environnementale et de santé publique.
La Nouvelle-Calédonie, dotée d’un lagon classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, a fait de la prévention des risques chimiques et industriels une priorité.
Les services de la sécurité civile, les provinces et le gouvernement local collaborent pour encadrer le stockage et le transport de produits dangereux, notamment dans le secteur minier et portuaire.
Mais les spécialistes le rappellent : aucun territoire n’est à l’abri d’un accident, d’une fuite ou d’une pollution importée.
Dans un contexte de transition industrielle et écologique, la mémoire des victimes de la guerre chimique résonne ici comme une exigence de vigilance.
Préserver la paix, c’est aussi protéger les populations contre les menaces silencieuses.
Commémorer pour prévenir
La Journée du 30 novembre n’appartient pas au passé, elle parle du présent.
Honorer les victimes de la guerre chimique, c’est refuser que la science serve à tuer, et rappeler que le progrès sans éthique mène toujours au désastre.
À l’heure où le monde redoute de nouvelles formes de guerre, la mémoire reste notre premier antidote.


















