Après trois mois de débats tendus et d’allers-retours parlementaires, la Sécurité sociale a désormais un budget pour 2026. Mardi 16 décembre, l’Assemblée nationale a définitivement adopté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), par 247 voix contre 232, marquant un tournant politique majeur depuis la fin de la majorité absolue en 2022.
Ce vote, obtenu sans recours à l’article 49.3, constitue une première depuis l’entrée dans la séquence de gouvernance parlementaire contrainte. Une démonstration de méthode pour le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui assume une ligne de compromis républicain plutôt qu’une paralysie institutionnelle.
Adopté une première fois par les députés, rejeté par le Sénat, puis validé à nouveau en seconde lecture, le texte a été définitivement entériné par l’Assemblée nationale, seule compétente pour trancher en dernier ressort. Les groupes macronistes et bayrouistes ont voté à l’unanimité pour, rejoints par une large partie des socialistes. Les Républicains et Horizons se sont partagés entre soutien et abstention, tandis que les écologistes se sont majoritairement abstenus. Le RN, les Insoumis et les élus proches d’Éric Ciotti ont voté contre.
Un budget adopté, c’est d’abord la fin d’un blocage politique qui menaçait la continuité de l’État social.
Suspension de la réforme des retraites : un compromis politique assumé
C’est la mesure qui a cristallisé l’ensemble des discussions. Ajoutée par le gouvernement via une lettre rectificative, la suspension temporaire de la réforme des retraites portée en 2023 a permis d’éviter une censure annoncée et d’ouvrir un espace de négociation parlementaire.
Concrètement, la réforme dite Borne est suspendue jusqu’en 2027. La mesure concerne en priorité les personnes nées en 1964, premières impactées par le relèvement progressif de l’âge légal. Pour cette génération, l’âge de départ prévu à 63 ans est ramené à 62 ans et 9 mois, et la durée de cotisation exigée passe de 171 à 170 trimestres.
Le gouvernement assume ce choix comme un temps de pause, et non comme un renoncement idéologique. L’objectif affiché reste la soutenabilité du système, sans nier pour autant la nécessité d’un apaisement social après des mois de tensions.
Cette décision, strictement encadrée dans le temps, a servi de clé de voûte au compromis parlementaire avec le Parti socialiste, sans remettre en cause le principe même d’une réforme future.
Familles et travail : des ajustements ciblés plutôt qu’un modèle assistanciel
Le PLFSS 2026 intègre plusieurs mesures à destination des familles, avec une logique assumée d’incitation au travail et de reconnaissance des parcours professionnels.
D’abord, un nouveau mode de calcul des retraites pour les mères. À partir de 2026, la pension sera calculée sur les 24 meilleures années pour les mères d’un enfant, et sur les 23 meilleures années pour celles ayant eu deux enfants ou plus, contre 25 auparavant. Selon les estimations publiques, 50 % des femmes concernées verront leur pension augmenter.
La durée d’assurance requise pour l’ouverture du droit à la retraite anticipée est également majorée, dans la limite de deux trimestres par enfant. Une mesure ciblée, lisible et éloignée des dispositifs indistincts souvent défendus par la gauche radicale.
Autre évolution notable : la création d’un nouveau congé de naissance pour les deux parents. À compter du 1er janvier 2026, après les congés existants, chaque parent pourra prendre un à deux mois supplémentaires, ensemble ou séparément. L’indemnisation envisagée par le gouvernement s’établit à 70 % du salaire pour le premier mois et à 60 % pour le second, selon des modalités qui seront précisées par décret.
Le financement envisagé, via un décalage de la majoration des allocations familiales de 14 à 18 ans, suscite l’opposition d’une partie de la gauche, mais s’inscrit dans une logique de responsabilité budgétaire.
Maîtriser la dépense sans renoncer à l’accès aux soins
Le PLFSS 2026 assume également une ligne de régulation des dépenses sociales, sans basculer dans l’austérité aveugle.
La durée des arrêts de travail est désormais encadrée : 30 jours maximum pour un premier arrêt, deux mois en cas de renouvellement. Les médecins conservent toutefois la possibilité de déroger à cette règle, à condition de la justifier. Une mesure de bon sens face à l’explosion des arrêts injustifiés, sans remise en cause de la liberté médicale.
Le texte acte aussi la création d’un réseau France Santé, voulu par Sébastien Lecornu. L’objectif affiché est de garantir à chaque Français une offre de soins de proximité accessible à moins de 30 minutes et sous 48 heures. Le dispositif repose sur un label et une subvention de 50 000 euros (6 millions de francs CFP) pour les maisons de santé respectant des critères stricts : ouverture minimale, absence de dépassements d’honoraires, réactivité médicale.
Enfin, le gouvernement a renoncé à deux mesures très contestées : le gel des prestations sociales, y compris les pensions de retraite, et le doublement des franchises médicales. Un choix politique assumé pour préserver le pouvoir d’achat des actifs et des retraités.
En contrepartie, une taxe exceptionnelle d’un milliard d’euros (120 milliards de francs CFP) sur les mutuelles est prévue. Selon la Fédération nationale de la mutualité française, cette décision devrait entraîner une hausse des cotisations comprise entre 4,3 % et 4,7 % en 2026. Les complémentaires dénoncent une fiscalité devenue, selon leurs termes, une « anomalie européenne ».
Avec l’adoption définitive du PLFSS 2026, l’exécutif démontre qu’il est possible de gouverner sans brutalité institutionnelle, sans céder aux blocages idéologiques et en restaurant un minimum de culture du compromis parlementaire.


















