Deux ministères, deux chaînes administratives, un même objectif affiché : protéger les victimes et sanctionner les auteurs.
Pour la première fois, l’État met ses chiffres en cohérence et livre un bilan factuel, loin des slogans.
Un suivi inédit qui met fin aux discours approximatifs
Pendant des années, le débat public sur les violences conjugales a été nourri d’émotions, de chiffres partiels et parfois de raccourcis militants.
L’étude conjointe publiée le 18 décembre 2025 par le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice change la donne.
Pour la première fois, les données de la police, de la gendarmerie et de la justice ont été rapprochées afin de suivre le parcours réel des affaires, de l’enregistrement des faits à la décision pénale.
Le champ est massif : 807 050 victimes de violences conjugales enregistrées entre 2018 et 2023, âgées de 15 ans et plus, dont les procédures ont pu être appariées avec une affaire enregistrée par le parquet.
Un travail statistique lourd, encadré juridiquement, validé par la CNIL et fondé sur des critères stricts, loin de toute manipulation idéologique.
Les chiffres rappellent une réalité souvent occultée : enregistrer une plainte ne préjuge pas automatiquement d’une culpabilité pénale.
Le droit pénal exige des preuves, une qualification juridique et un respect strict de la procédure.
Classements, poursuites, alternatives : la réalité chiffrée des décisions
Contrairement à l’idée d’une justice inactive, plus d’une victime sur deux (55 %) obtient une réponse pénale.
Dans le détail, 31 % des victimes voient leur affaire donner lieu à des poursuites, y compris la transmission à un juge d’instruction.
À cela s’ajoutent 23 % de mesures alternatives aux poursuites, comme les compositions pénales ou les classements sous condition, qui impliquent reconnaissance des faits et obligations pour l’auteur.
En revanche, 42 % des affaires sont classées sans suite, majoritairement pour un motif clair : une infraction insuffisamment caractérisée.
Dans 36 % des cas, les éléments de preuve sont jugés juridiquement insuffisants.
Ce chiffre, souvent brandi comme un scandale, rappelle surtout une évidence : l’État de droit ne condamne pas sans preuves.
Autre donnée essentielle, rarement citée : l’absence de mis en cause identifié pèse lourdement sur l’issue des procédures.
Lorsque aucun auteur n’est formellement mis en cause, près de deux tiers des affaires sont classées, faute de possibilité légale de poursuites.
Ces chiffres battent en brèche le récit d’un laxisme généralisé.
Ils montrent une justice qui arbitre, trie, qualifie et décide au cas par cas, conformément au droit.
Gravité des faits et réponse pénale : des écarts assumés
L’étude révèle un élément central : la réponse judiciaire varie fortement selon la nature des violences.
En cas de tentative d’homicide conjugal, 77 % des affaires donnent lieu à des poursuites.
Pour les violences physiques, les menaces ou les viols, la part des poursuites se situe autour d’un tiers.
Elle chute, en revanche, sous les 30 % pour le harcèlement moral ou les violences psychologiques seules.
Ce différentiel n’est pas idéologique. Il est juridique et factuel.
Plus les violences sont graves, matérialisées et étayées par des preuves médicales ou matérielles, plus la réponse pénale est ferme.
À l’inverse, les infractions reposant principalement sur des déclarations, sans éléments corroborants, exposent davantage à un classement.
Autre enseignement majeur : la combinaison de plusieurs types de violences change radicalement l’issue des dossiers.
Lorsqu’une affaire cumule violences physiques, menaces ou violences sexuelles, la part des poursuites dépasse 50 %.
La justice réagit donc plus sévèrement lorsque la dangerosité apparaît structurelle et répétée.
Enfin, un chiffre tord le cou au mythe de procédures interminables : une affaire sur deux est traitée en moins de six mois, de l’enregistrement des faits à l’issue pénale, toutes décisions confondues.
Ces données rappellent une vérité essentielle : la protection des victimes passe par une justice forte, rigoureuse et crédible, non par l’abandon des principes fondamentaux du droit.
Loin des postures victimaires et des procès politiques, les chiffres montrent une institution qui agit, qui tranche et qui assume ses responsabilités, sans céder à l’émotion ni à la pression idéologique.


















