La reconstruction économique de la Nouvelle-Calédonie avance à petits pas, entre contraintes budgétaires nationales et urgences locales.
En quittant le territoire après une semaine dense, la cheffe de la mission interministérielle assume un discours de vérité, loin des slogans et des postures.
Nickel : audit, responsabilités locales et limites de l’État
Au terme de son quatrième déplacement depuis juillet 2025, Claire Durrieu, directrice de la mission interministérielle de reconstruction et de refondation, a voulu remettre les faits au centre du débat. Le dossier du nickel, stratégique mais structurellement fragilisé, a occupé une place centrale dans les échanges avec les acteurs économiques et institutionnels.
La situation de la Nickel Mining Company (NMC), menacée de cessation de paiements à très court terme, illustre les dérives d’un modèle minier affaibli par les blocages de sites et l’instabilité politique. Face aux appels pressants des salariés et des sous-traitants, la position de l’État est claire : pas de chèque en blanc sans diagnostic sérieux. Un audit indépendant a donc été lancé afin de déterminer si les difficultés relèvent d’un accident conjoncturel ou d’un problème structurel profond.
Contrairement à un discours victimaire trop souvent relayé localement, l’État n’est pas absent. Environ 30 millions d’euros (3,6 milliards de francs CFP) ont déjà bénéficié à la NMC depuis 2016, via les dispositifs de défiscalisation. Un soutien assumé, mais encadré. D’ici la remise de l’audit, attendue fin janvier ou début février, les actionnaires notamment la SMSP et le partenaire industriel de Gwangyang sont appelés à prendre leurs responsabilités. L’État accompagne, mais ne se substitue pas indéfiniment.
Usines du nickel : des repreneurs intéressés, mais des conditions fermes
Sur le front industriel, le message se veut plus volontariste. Les procédures de reprise des usines avancent, même si aucun miracle n’est à attendre. Deux offres potentielles sont évoquées pour la SLN et la KNS, mais c’est Prony Resources qui se trouve aujourd’hui au stade le plus avancé.
Une offre ferme, déposée en décembre par un groupe qatari, est désormais sur la table. Mais elle s’accompagne de deux exigences cumulatives : un soutien massif de l’État et une autorisation d’exportation de minerai brut non transformable localement. Une demande qui bouscule la doctrine nickel historique et suppose une évolution législative du côté des élus calédoniens.
Sur ce point, la balle est clairement dans le camp local. Modifier la règle, c’est assumer un choix politique, loin des ambiguïtés passées. Quant au soutien financier, la décision relève du gouvernement national et dépendra du cadre budgétaire. Le calendrier est serré : une réponse est attendue d’ici mars, sous peine de voir l’investisseur se retirer.
262 milliards, budget 2026 et fin de l’illusion de l’argent magique
Au-delà du nickel, la mission de Claire Durrieu visait à préparer le terrain du pacte de refondation économique et financier, présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Ce plan prévoit 262 milliards de francs CFP sur cinq ans, conditionnés à des réformes structurelles et à une gouvernance plus responsable.
Les acteurs économiques ont majoritairement salué la méthode et les orientations, là où certains responsables politiques dénoncent un cadre jugé trop contraignant. Mais la réalité budgétaire s’impose : sans adoption du projet de loi de finances 2026, aucune relance massive n’est possible. Le PLF, rejeté en commission, reste suspendu aux débats parlementaires.
La ligne de l’État est constante et assumée. Les financements d’urgence de 2024 et 2025 ont déjà représenté près d’un tiers de la richesse du territoire, amortissant un choc historique. Désormais, il s’agit de passer d’une logique de perfusion à une stratégie de rebond, avec un cap à cinq ans, des réformes et une visibilité retrouvée.
Présente à Paris lors des échanges à l’Élysée avec Emmanuel Macron, Claire Durrieu portera les conclusions des travaux menés avec les partenaires politiques et socio-économiques. Retraites du privé menacées dès 2026, modèle du nickel à refonder, logement social à réorganiser : les priorités sont identifiées, les faux-semblants ne sont plus possibles.
L’État a tenu son rôle dans l’urgence. La relance, elle, suppose désormais du courage politique local, des décisions claires et la fin des postures.

















