TRIBUNE. La création annoncée d’un Haut-Commissariat à la diversité marque une rupture silencieuse mais profonde avec l’idéal républicain, souligne le sénateur LR Francis Szpiner. Sous couvert de justice, c’est une autre conception de la citoyenneté qui s’installe.

La République française est née d’un refus : celui que les individus soient définis par leurs origines, leurs croyances ou leurs appartenances. Elle est née du moment où l’Histoire a cessé de demander aux hommes d’où ils venaient pour leur demander ce qu’ils voulaient devenir. En ce sens, la République ne nie pas la diversité des individus ; elle refuse d’en faire un principe politique.
La création d’un Haut-Commissariat à la diversité rompt avec cette tradition. Car instituer la diversité comme catégorie d’action publique, c’est substituer à l’universel républicain une logique de reconnaissance des différences. Ce n’est plus le citoyen qui prime, mais l’appartenance. Ce n’est plus l’égalité qui fonde l’action de l’État, mais les identités.
La République ne s’est jamais construite sur la reconnaissance des groupes ou des communautés
Or la République ne s’est jamais construite sur la reconnaissance des groupes ou des communautés. Elle s’est construite contre les privilèges, contre les statuts particuliers, contre l’idée même que la naissance puisse fonder un droit. Elle n’a pas proclamé l’égalité pour mieux distinguer, mais pour abolir les distinctions. Là où l’époque réclame des cases, elle a toujours opposé une idée plus exigeante : l’homme est plus grand que ce qui le précède.
Un Haut-Commissariat à la diversité prétend réparer les injustices réelles. Mais en les institutionnalisant, il risque de les figer. Il transforme des discriminations à combattre en identités à reconnaître, des parcours singuliers en catégories durables, des blessures sociales en statuts politiques. L’État n’est alors plus le garant de l’universel, mais l’arbitre des différences – et un État qui arbitre les différences renonce à rassembler.
L’Histoire française nous enseigne pourtant que la nation ne s’est jamais relevée par la fragmentation. Elle s’est relevée quand elle a su parler plus haut que ses fractures, proposer un horizon commun plutôt qu’une addition de mémoires. Les grandes heures républicaines ne furent pas des moments de gestion sociale, mais des moments de dépassement collectif.
Ce projet révèle surtout une République qui doute d’elle-même, qui ne croit plus assez en sa capacité à émanciper pour se contenter d’administrer. Une République qui ne pense plus comme une promesse, mais comme un miroir de la société. Or, la République n’est pas faite pour refléter les différences. Car ce n’est pas la République qui exclut. C’est le communautarisme qui sépare. Ce n’est pas l’universalisme qui opprime, c’est son abandon qui fracture. Une République qui commence à compter les différences a déjà cessé de les dépasser. Et une nation qui renonce à l’unité, renonce à elle-même.
La France n’a pas besoin d’un Haut-Commissariat à la diversité. Elle a besoin d’une République fidèle à son principe fondateur : ne reconnaître que des citoyens et réaffirmer avec force qu’elle est une et indivisible.
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