Quand la République vacille, certains tiennent la ligne sans bruit ni caméras.
Dans la fumée, la fatigue et la peur, les soldats du feu ont répondu présent, parfois jusqu’à l’épuisement.
Depuis mai 2024, une chaîne de crises sans répit
Le 13 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie bascule dans une séquence de violence inédite. Émeutes, incendies volontaires, axes coupés, quartiers isolés : en quelques heures, le territoire se retrouve sous tension extrême.
Dans ce chaos, les sapeurs-pompiers calédoniens sont immédiatement en première ligne, souvent avant même que les dispositifs de renfort ne soient stabilisés.
Jour et nuit, ils interviennent sur des feux multiples, sécurisent des bâtiments stratégiques, protègent des zones habitées et assurent la continuité des secours auprès d’une population parfois prise au piège.
Beaucoup d’entre eux enchaînent plusieurs jours sans relève, parfois jusqu’à dix jours consécutifs, dans une fatigue physique et mentale rarement atteinte.
Cette période marque le début d’une mobilisation longue et éprouvante, bien au-delà d’un simple épisode de crise. Car, à peine les émeutes contenues, le territoire n’a jamais réellement soufflé.
Tenir le terrain, malgré l’usure et les risques
À Païta, au Mont-Dore, dans le Grand Nouméa comme dans les communes plus isolées, les soldats du feu doivent composer avec des conditions opérationnelles dégradées. Routes impraticables, menaces sur les casernes, interventions sous tension permanente : chaque sortie est un risque calculé.
Des allers-retours en bateau sont parfois nécessaires pour rejoindre certaines casernes, notamment celle de la ville du Mont-Dore, afin d’assurer la continuité du service public.
Ces efforts logistiques improvisés témoignent d’une réalité rarement visible : sans ces femmes et ces hommes, des pans entiers du territoire auraient été privés de secours.
Cette abnégation ne repose pas sur des discours. Elle repose sur un sens du devoir profondément ancré, une fidélité au service public et à la population, quelles que soient les circonstances.
Les pompiers n’ont pas choisi le calendrier des crises. Ils ont choisi de répondre présents, systématiquement.
Fin 2025 : les flammes après le chaos
À la fin de l’année 2025, alors que le souvenir des émeutes est encore vif, la Nouvelle-Calédonie est confrontée à une nouvelle menace : les incendies de végétation et de forêt, attisés par des conditions climatiques difficiles.
Là encore, les sapeurs-pompiers du Caillou sont en première ligne, mobilisés sur l’ensemble du territoire.
Fatigués par des mois de tension cumulée, ils font face à des feux parfois rapides, changeants, menaçant des habitations, des infrastructures et des espaces naturels.
Ils travaillent en coordination avec les agents de la Sécurité civile de Nouvelle-Calédonie et avec les renforts militaires, notamment les unités spécialisées déployées en appui.
La directrice de cabinet du haut-commissaire a tenu à saluer l’engagement de quarante militaires du 1er Régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile, présents en renfort depuis fin décembre 2025 et regagnant l’Hexagone à l’issue de leur mission.
Leur apport est réel, leur professionnalisme reconnu, notamment face au risque de feux de forêt.
Mais ces renforts, aussi précieux soient-ils, ne remplacent pas l’engagement quotidien des forces locales, celles qui connaissent le terrain, les accès, les populations, et qui sont mobilisées bien avant l’arrivée des soutiens extérieurs.
Reconnaissance nationale : entre hommage et frustration
Le 21 décembre 2025, près de 4 000 personnes sont décorées de la médaille de la sécurité intérieure, assortie de l’agrafe « Nouvelle-Calédonie 2024 ».
Parmi elles figurent des policiers, des gendarmes, des agents pénitentiaires, des militaires, mais aussi des hauts responsables administratifs.
Si la reconnaissance nationale est légitime, un malaise persiste chez de nombreux sapeurs-pompiers calédoniens. Plusieurs d’entre eux, pourtant engagés dès les premières heures des émeutes et mobilisés ensuite lors des incendies de 2025, ne figurent pas sur les listes.
L’Union des pompiers de Nouvelle-Calédonie a exprimé ce constat sans excès, rappelant que beaucoup d’absents ont pourtant accompli leur mission de manière remarquable.
Cette frustration n’efface ni la fierté ni la cohésion. Elle pose simplement une question essentielle : la reconnaissance officielle reflète-t-elle réellement l’intensité de l’engagement de terrain ?
Des émeutes de mai 2024 aux incendies de fin 2025, les soldats du feu du Caillou ont démontré une constance exemplaire.
Ils ont tenu quand le territoire brûlait. Ils ont tenu quand les flammes ont remplacé le chaos. Ils ont tenu sans calcul, sans posture, sans attente de récompense.
Félicitations à ces femmes et ces hommes, décorés ou non, connus ou anonymes, qui ont protégé les Calédoniens et maintenu le lien vital entre l’État et la population.
La reconnaissance institutionnelle peut être imparfaite. Leur engagement, lui, est incontestable.
Dans les moments où tout vacille, la République tient aussi grâce à ceux qui n’abandonnent jamais le terrain.




















