Deux réalités politiques se font face cette semaine en Nouvelle-Calédonie.
Pendant que Paris concentre les discussions institutionnelles, Nouméa tourne au ralenti sur le plan législatif.
Une activité parlementaire minimale pendant que Paris concentre le pouvoir
Alors que les délégations politiques calédoniennes à l’exception du FLNKS sont réunies à Paris à la demande du chef de l’État pour poursuivre les discussions autour de l’accord de Bougival, le contraste est saisissant à Nouméa.
Sur le Caillou, la semaine législative s’annonce particulièrement light pour les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Le règlement intérieur est pourtant clair : son article 43-1 prévoit qu’une séance par session ordinaire doit être réservée aux propositions de lois du pays, de délibérations, de résolutions ou de vœux.
Conformément à ce cadre juridique, et après avis du bureau rendus les 29 décembre 2025 et 10 janvier 2026, les élus sont convoqués en séance publique le lundi 19 janvier 2026 à 14 heures.
À l’ordre du jour : deux propositions de délibération, sans débat institutionnel majeur ni perspective politique structurante.
Un calendrier qui traduit un choix assumé : laisser Paris gérer le lourd pendant que le Congrès expédie les affaires courantes.
Deux délibérations techniques, loin des urgences institutionnelles
La première proposition de délibération concerne la création d’un Haut Conseil de l’économie sociale et solidaire, un organe consultatif porté par Madame Omayra Naisseline.
Un texte symbolique, à portée essentiellement institutionnelle, qui ne modifie ni les équilibres budgétaires ni les rapports de force politiques.
La seconde proposition vise l’habilitation de la commission permanente du Congrès pour la période d’intersession de janvier à juin 2026.
Une délibération classique, quasi automatique, permettant d’assurer la continuité administrative entre deux sessions plénières.
Rien, donc, qui ne vienne répondre aux attentes économiques, sociales et sécuritaires exprimées par une population encore marquée par la crise de mai 2024.
Rien non plus qui ne traduise une volonté politique forte à l’échelle locale, au moment même où les discussions institutionnelles se jouent hors du territoire.
Loi du pays : travail, abandon de poste et fin des dérives sociales
Le véritable temps fort de la semaine interviendra le vendredi 23 janvier 2026, avec la tenue d’une session extraordinaire consacrée à un projet de loi du pays structurant, porté par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Ce texte vise l’adaptation du droit du travail et de la protection sociale en réponse directe à la crise de mai 2024.
Il s’inscrit dans une logique de responsabilisation, impulsée par les partenaires sociaux, loin de toute victimisation systématique.
Premier axe fort : la présomption de démission en cas d’abandon de poste.
Une pratique devenue trop fréquente, utilisée par certains salariés pour contraindre l’employeur à licencier tout en bénéficiant d’une indemnisation chômage.
Le principe est clair :
👉 Un abandon volontaire de poste, non justifié et non régularisé après mise en demeure, vaudra démission.
Cette présomption reste simple et contestable devant le tribunal du travail, garantissant les droits du salarié de bonne foi.
Mais elle met fin à une anomalie sociale où l’abandon était parfois plus avantageux qu’une démission assumée.
Des exclusions sont prévues :
– raisons de santé ou de sécurité,
– exercice du droit de grève,
– salariés protégés, soumis à un contrôle renforcé de l’inspection du travail.
Un signal clair envoyé au monde économique : le travail n’est pas optionnel et la compétitivité des entreprises n’est plus sacrifiable.
Maladie, carence et lutte contre l’absentéisme abusif
Le second volet du projet de loi du pays s’attaque à un sujet longtemps tabou : l’absentéisme médical abusif.
Issu d’accords négociés de longue date, le texte introduit un délai de carence avant le versement des indemnités journalières pour maladie non professionnelle.
Sont concernés :
– les salariés du privé,
– les apprentis et stagiaires,
– les travailleurs indépendants.
L’objectif est assumé : responsabiliser sans pénaliser les situations légitimes.
Des exceptions sont prévues pour les maladies de longue durée, les hospitalisations, les EVASAN, les accidents du travail ou encore les situations liées à la maternité.
Le calcul des indemnités est clarifié, basé sur les revenus réels, afin de garantir l’équité et la soutenabilité financière du système de protection sociale.
En filigrane, cette semaine parlementaire révèle une réalité politique brutale : les décisions structurantes se négocient à Paris, pendant que le Congrès traite les conséquences sociales locales.
Une dissociation assumée, mais lourde de sens, à l’heure où la Nouvelle-Calédonie joue une partie décisive de son avenir institutionnel et économique.


















