En assumant la présidence de l’ASEAN en 2026, les Philippines affichent une priorité claire : faire aboutir les négociations sur le code de conduite (COC) en mer de Chine méridionale, un texte attendu depuis près de vingt ans pour encadrer les différends maritimes les plus sensibles d’Asie.
La ministre philippine des Affaires étrangères, Theresa Lazaro, se veut prudemment confiante. Selon elle, tous les États membres de l’ASEAN et la Chine sont désormais politiquement engagés pour conclure les discussions cette année. Un signal encourageant dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Une négociation enlisé depuis deux décennies
Depuis le début des années 2000, la Chine et l’ASEAN travaillent à l’élaboration d’un cadre commun destiné à réduire les risques d’incidents et de confrontation dans cette voie maritime stratégique. Le futur code doit s’appuyer sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS, 1982), référence juridique centrale pour Manille.
Mais les blocages demeurent nombreux : désaccords sur les zones couvertes par le COC, débat sur son caractère juridiquement contraignant, rôle des acteurs extérieurs à la région et divergences internes au sein de l’ASEAN. Le principe du consensus, pilier de l’organisation, complique toute avancée rapide, d’autant que Pékin privilégie historiquement des approches bilatérales.
Une mer sous pression permanente
Ces actions se poursuivent malgré la décision arbitrale internationale de 2016, qui a invalidé les revendications chinoises fondées sur la « ligne en neuf traits ». Pour les Philippines, le futur COC doit donc être substantiel et opérationnel, et non un simple compromis diplomatique.
Nous ne voulons pas seulement conclure un accord, mais parvenir à un texte qui prévienne les incidents, renforce la confiance et respecte le droit international
, insiste Theresa Lazaro.
La Chine, acteur incontournable du processus
Manille reconnaît que rien ne sera possible sans l’adhésion de Pékin. Malgré des divergences profondes, l’ASEAN reste pour les Philippines le cadre privilégié pour maintenir un dialogue structuré et multilatéral.
La diplomatie philippine entend avant tout faciliter les échanges et préserver l’élan lancé en 2023, lorsque l’ASEAN et la Chine avaient fixé un calendrier accéléré. Mais la ministre rappelle que la réussite dépendra du consensus et de la volonté politique de toutes les parties.
Le Japon, partenaire stratégique de plus en plus central
La récente visite du ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a permis la signature d’un accord logistique militaire facilitant le partage de carburant, de vivres et de services entre forces armées. Le Japon poursuit également son aide sécuritaire en faveur de la marine philippine, avec des infrastructures et des équipements côtiers.
Au-delà de la défense, Manille voit des perspectives dans les technologies émergentes, la cybersécurité, la transition énergétique, la résilience climatique et le développement des compétences humaines.
Un test majeur pour l’ASEAN
Pour les Philippines, la finalisation d’un code de conduite crédible en mer de Chine méridionale constituerait un test de crédibilité pour l’ASEAN. Dans un Indo-Pacifique de plus en plus marqué par les rapports de force, l’enjeu est clair : préserver la stabilité régionale sans renoncer au respect du droit international.
L’année 2026 dira si cette ambition diplomatique peut enfin se traduire par un texte à la hauteur des enjeux stratégiques de la région.


















