Le décor est planté, le rituel bien huilé, les discours connus d’avance.
À partir de ce vendredi 23 janvier, l’Union calédonienne tient son 56ᵉ congrès annuel à Maré, loin des réalités quotidiennes qui frappent pourtant durement la population calédonienne.
Un congrès hors sol dans un pays à genoux
Pendant trois jours, plusieurs centaines de militants sont attendus à la tribu de Pénélo, sur l’île de Maré.
Deux cents délégués des comités locaux, rejoints par cent cinquante jeunes de l’Association jeunesse Kanaky-Monde, s’y retrouveront pour débattre, planifier, dénoncer.
Le pays, lui, suffoque. Depuis les émeutes du 13 mai 2024, l’économie calédonienne reste profondément déstabilisée : activité ralentie, investissements gelés, entreprises fragilisées, chômage sous tension.
Face à cette réalité, la ligne de l’UC est claire : refuser l’accord signé sans le FLNKS, contester sa légitimité et tout mettre en œuvre pour faire échouer son application. Une posture idéologique assumée, mais aux conséquences bien réelles.
L’accord Élysée-Oudinot, signé lundi 19 janvier, s’invitera mécaniquement au cœur des débats.
Pour Dominique Fochi, secrétaire général du mouvement, il s’agit d’un « passage en force de l’État », l’UC dénonçant jusqu’au refus d’une participation en visioconférence.
La politique de la chaise vide comme ligne stratégique
Le premier atelier du congrès donne le ton : définir une stratégie pour « faire aboutir la décolonisation et faire naître la nation Kanaky–Nouvelle-Calédonie ».
Un objectif martelé depuis des décennies, sans jamais assumer l’impact économique et social de l’instabilité permanente qu’il entretient.
Plutôt que de peser dans les négociations, l’UC choisit l’isolement. Plutôt que de corriger un accord imparfait, elle préfère le sabotage. Plutôt que de reconnaître ses responsabilités politiques dans le climat insurrectionnel de mai 2024, elle continue d’esquiver toute remise en question.
Cette politique de la chaise vide, présentée comme un acte de résistance, ressemble de plus en plus à un renoncement. Renoncement à gouverner. Renoncement à proposer des solutions crédibles. Renoncement à répondre aux attentes concrètes des Calédoniens.
Les discours sur la mobilisation « nationale et internationale », la pression de terrain ou le blocage institutionnel masquent mal une réalité : aucun projet économique chiffré, aucune trajectoire budgétaire crédible, aucune réponse opérationnelle à la crise sociale.
Municipales, pouvoir interne et ambiguïtés assumées
L’autre enjeu majeur du congrès concerne les élections municipales de mars. Avec ses 33 comités locaux, l’UC ambitionne de présenter des listes dans chaque commune, en Grande Terre comme dans les îles.
Là encore, le discours est volontariste. La réalité est plus floue.
Les alliances locales, notamment avec le Palika ou l’UPM, restent incertaines. Les fractures internes au FLNKS sont à peine dissimulées, alors même que le mouvement affiche une unité de façade contre l’accord signé.
Dimanche 25 janvier, les militants devront également se prononcer sur le renouvellement du bureau. En novembre 2024, Emmanuel Tjibaou avait été porté à la présidence avant d’être marginalisé politiquement après la signature du projet d’accord de Bougival.
Son maintien ou son éviction dira beaucoup de la ligne réelle du parti : continuer la radicalité stérile, ou reconnaître, à demi-mot, l’impasse stratégique actuelle.
Le congrès promet enfin de traiter de « l’urgence économique et sociale » et d’un nouveau modèle « inclusif, soutenable et durable ». Des mots, encore. Des intentions, toujours.
Mais aucune autocritique, aucune reconnaissance des effets dévastateurs de l’instabilité politique entretenue depuis des mois.
L’irresponsabilité politique face aux attentes des Calédoniens
À l’heure où les familles attendent du travail, de la sécurité et de la visibilité, une partie de la classe politique continue de préférer l’incantation à l’action. La Nouvelle-Calédonie n’a plus le luxe de ces postures.
Refuser les accords. Bloquer les institutions. Délégitimer l’État sans proposer d’alternative viable.
Ce choix n’est pas neutre. Il pèse sur l’emploi, sur la cohésion sociale, sur l’avenir même du territoire.
Le congrès de Maré illustre une dérive désormais assumée : faire de l’obstruction une stratégie, et de l’idéologie un refuge.
Pendant ce temps, les Calédoniens, eux, continuent d’attendre des réponses concrètes.


















