Le 24 janvier 1965, à 8 heures précises, Sir Winston Spencer Churchill rend son dernier souffle.
Un détail saisissant accompagne sa mort : il s’éteint le même jour et à la même heure que son père, soixante-dix ans plus tôt.
Ce jour-là disparaît bien plus qu’un ancien Premier ministre. C’est un symbole de la résistance occidentale, un homme d’État forgé dans les tempêtes du XXᵉ siècle.
La nation britannique lui accorde des funérailles nationales, privilège rarissime. Seuls cinq roturiers y avaient eu droit avant lui : Pitt, Nelson, Wellington, Gladstone et… Churchill père.
Ce choix n’est pas protocolaire. Il consacre un destin hors norme, intimement lié à la survie du monde libre.
Churchill, le rempart face à la nuit nazie
Quand l’Europe s’effondre au printemps 1940, le Royaume-Uni reste seul. La France capitule, les démocraties doutent, l’Allemagne nazie avance.
Dans ce moment de vérité, Churchill refuse la résignation. Il incarne la fermeté quand beaucoup cherchent l’arrangement.
Ses discours galvanisent une nation menacée d’invasion. Il ne promet ni paix facile ni jours heureux, mais l’effort, le sang et les larmes. Cette ligne de crête, Churchill la tient envers et contre tout. Sans lui, l’histoire européenne aurait basculé.
La victoire acquise en 1945, pourtant, le peuple britannique tourne la page. À 70 ans, le héros de guerre est jugé usé, déconnecté des réalités sociales.
Aux élections du 5 juillet 1945, il est battu. Les électeurs préfèrent les promesses du travailliste Clement Attlee : « Let us face the future ». Churchill accepte le verdict des urnes. Respectueux de la démocratie, il cède sa place à la conférence de Potsdam.
Mais le vieux lion n’a rien perdu de sa lucidité. Dès 1946, il identifie une nouvelle menace.
Le visionnaire de la guerre froide et de l’Europe
Le 5 mars 1946, à Fulton, Churchill frappe juste. Il décrit le rideau de fer qui s’abat sur l’Europe. Il appelle à l’unité des démocraties occidentales. Son intuition préfigure la création de l’OTAN.
Quelques mois plus tard, à Zurich, il va plus loin. Il plaide pour des États-Unis d’Europe, fondés sur la réconciliation franco-allemande.
Lucide, il exclut cependant le Royaume-Uni de cette construction. Churchill reste un pragmatique, attaché à la souveraineté britannique. En 1948, il accepte la présidence d’honneur du Congrès de La Haye. Ce processus mènera à la création du Conseil de l’Europe.
En 1951, contre toute attente, Churchill revient au pouvoir. Il devient Premier ministre à la tête d’une majorité conservatrice.
Mais ce second mandat déçoit. L’homme n’est plus celui de 1940.
Il s’oppose au plan Schuman et à l’Europe supranationale. Sur la scène internationale, il choisit souvent une fermeté excessive.
L’Égypte et l’Iran deviennent des foyers de crise. Ces épisodes nourriront durablement la défiance envers l’Occident.
Sir Winston : l’homme, l’écrivain, la légende
Malgré son illustre lignée, Churchill n’est pas noble de naissance. Ce n’est qu’en 1953 qu’il reçoit l’Ordre de la Jarretière. Il devient alors Sir Winston, à 78 ans. Un titre tardif, presque secondaire face à son héritage.
En 1955, il quitte le pouvoir pour raisons de santé. Il se retire à Chartwell, sa maison du Kent. C’est là qu’il peint, écrit et médite. La demeure, aujourd’hui propriété du National Trust, conserve 162 de ses œuvres.
Écrivain prolifique, Churchill laisse près de 15 000 pages. Ses Mémoires, en douze volumes, restent une source majeure. Elles lui valent le prix Nobel de littérature en 1953. Rare distinction pour un homme d’État.
Sa mort provoque une émotion mondiale. Le 30 janvier 1965, Londres devient le centre du monde. Cent chefs d’État assistent aux obsèques. 350 millions de téléspectateurs suivent la cérémonie.
Churchill repose à Bladon, dans l’Oxfordshire. Sa trajectoire politique, de 1900 à 1964, force le respect.
En 2002, les Britanniques le désignent plus grand personnage de leur histoire. Un verdict populaire qui résume tout.


















