-24 000 auditeurs en quatre ans. Entre 2021 et 2025, RNC1ère, la radio de service public en Nouvelle-Calédonie a vu son audience cumulée passer de 77 800 à 53 800 auditeurs, selon les données officielles de Médiamétrie. Dans le même temps, sur l’agglomération du Grand Nouméa, seul territoire où la concurrence radiophonique est réelle, elle n’arrive plus qu’en troisième position, derrière deux radios locales.
À partir d’une analyse exclusive des chiffres Médiamétrie réalisée par La Dépêche de Nouméa, cet article interroge une question devenue centrale en période de contrainte budgétaire : comment mesurer l’efficacité réelle de l’audiovisuel public au regard des moyens engagés ?
Pendant longtemps, la question des audiences radio en Nouvelle-Calédonie a été abordée par fragments, impressions ou habitudes héritées. Or, dans un contexte de fortes tensions budgétaires, de réduction des aides publiques et de recomposition accélérée du paysage médiatique, une question simple revient aujourd’hui au premier plan : que disent réellement les chiffres ?
Les données présentées dans cet article sont issues de l’enquête Médiamétrie, institut agréé par l’ARCOM et référence nationale en matière de mesure d’audience, exploitées et analysées par La Dépêche de Nouméa. Elles portent sur la période du lundi–vendredi, de 5h à 24h, cible Ensemble 13+, selon deux périmètres distincts :
- l’agglomération du Grand Nouméa, là où la concurrence radiophonique est réelle ;
- la Nouvelle-Calédonie entière, afin de tenir compte de la mission territoriale du service public.
Le Grand Nouméa : là où la concurrence existe
Sur la zone du Grand Nouméa, six radios disposent d’une autorisation d’émettre. C’est donc ici que la comparaison est la plus pertinente.
En septembre 2025, les chiffres Médiamétrie placent :
- Océane FM en tête, avec 27,9 % de part d’audience (environ 30 000 auditeurs),
- RRB – Radio Rythme Bleu juste derrière, avec 26,9 %, (environ 28 000 auditeurs),
- Nouvelle-Calédonie la 1ère (radio) en troisième position, avec 18,1 %, soit environ 21 600 auditeurs sur cette zone.
Autrement dit, la radio de service public n’est pas leader là où elle est en concurrence directe avec les radios locales. L’écart avec la première radio privée atteint près de 10 points de part d’audience, soit environ 10 000 auditeurs.
Ce constat n’est ni idéologique ni polémique : il est strictement statistique.
Nouvelle-Calédonie entière : une érosion continue
Pour être complet et équitable, il faut toutefois élargir le regard à l’ensemble du territoire. En dehors du Grand Nouméa, seules RRB et Radio Djiido disposent d’autorisations d’émettre, ce qui confère à RNC 1ère une situation largement dominante par défaut géographique.
Et pourtant, là aussi, les chiffres interrogent. En audience cumulée sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie :
- 2021 : environ 77 800 auditeurs pour RNC1ère,
- 2025 : environ 53 800 auditeurs.
Soit une perte de 24 000 auditeurs en quatre ans, représentant une baisse de plus de 30 %. Dans le même temps, sur l’ensemble du territoire, la part d’audience passe de 35,3 % en 2021 à 32,1 % en 2025.
La radio publique reste première à l’échelle du territoire, mais, depuis la crise sanitaire, sa dynamique est clairement à la baisse, y compris dans des zones où la concurrence est faible ou inexistante.
Moyens publics et efficacité : la question centrale
Ces chiffres prennent une dimension particulière lorsqu’on les met en regard des moyens financiers.
Le budget annuel de Nouvelle-Calédonie la 1ère (radio et télévision confondues) est aujourd’hui estimé à environ 3,5 milliards de francs CFP, financé à près de 90 % par des fonds publics, via le groupe France Télévisions. La seule masse salariale représente plus de 2 milliards de francs CFP, pour 162 équivalents temps plein.
Rapporté au nombre d’auditeurs radio, cela conduit à un coût public par auditeur sans équivalent dans le paysage médiatique calédonien : plusieurs dizaines de milliers de francs par auditeur et par an, contre quelques centaines à quelques milliers de francs pour les radios locales privées ou associatives.
Il ne s’agit pas ici de contester la légitimité historique ou culturelle du service public audiovisuel, mais de poser une question simple : l’importance des moyens engagés se traduit-elle encore par une efficacité mesurable en audience radio ?
L’audience, angle mort des politiques publiques ?
Depuis plusieurs années, les débats sur les aides aux médias en Nouvelle-Calédonie se concentrent sur des considérations politiques, institutionnelles ou symboliques. L’audience, pourtant indicateur central dans tous les autres secteurs médiatiques, reste largement absente des critères publics d’évaluation.
Or, les chiffres Médiamétrie montrent une réalité difficilement contournable : l’audience radio du service public recule, tandis que des radios locales, aux moyens très inférieurs, parviennent à maintenir, voire à renforcer leur lien avec le public sur certaines zones.
Un débat qui dépasse la Nouvelle-Calédonie
Ces constats locaux ne sont pas isolés. Ils résonnent avec les interrogations actuellement soulevées au niveau national, notamment dans le cadre de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.
À Paris comme à Nouméa, la même question est désormais posée :
comment évaluer l’efficacité réelle du service public audiovisuel à l’heure des contraintes budgétaires, de la fragmentation des usages et de l’exigence de transparence ?
Les chiffres observés en Nouvelle-Calédonie ne constituent pas une exception exotique. Ils offrent au contraire un miroir réduit, mais éclairant, des tensions qui traversent aujourd’hui l’ensemble de l’audiovisuel public français.
Poser ces questions n’est ni affaiblir ni délégitimer le service public. C’est, au contraire, l’inviter à se confronter au réel, comme il est désormais invité à le faire au niveau national.

















