Quand les chiffres rassurent, la réalité des caddies interroge. Comparer les prix est utile, mais regarder uniquement l’étiquette ne suffit plus.
Un nouvel outil officiel pour suivre les prix, chiffres à l’appui
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a lancé, en janvier 2026, le Journal des prix, une publication trimestrielle portée par le service des Prix de la DECAT. L’objectif affiché est clair : donner de la lisibilité à l’évolution des prix, informer les consommateurs et valoriser le travail de contrôle mené sur le terrain.
Ce premier numéro repose sur des données solides. Il analyse l’évolution mensuelle de 180 produits de première nécessité et de grande consommation, parmi les plus vendus dans les grandes et moyennes surfaces. En décembre 2025, le panier global recule de 1 % par rapport à décembre 2024, avec des baisses notables sur plusieurs catégories clés : pains et céréales, viandes, produits laitiers, légumes ou encore boissons.
Le document met également en avant le « panier du Caillou », un comparatif de prix réalisé enseigne par enseigne à Nouméa et dans le Grand Nouméa. Les chiffres sont précis, comparables et régulièrement actualisés via le site Prix.nc, accessible par QR code. Sur le papier, l’outil coche toutes les cases de la transparence.
Mais derrière ces graphiques rassurants, une question demeure : comparer le moins cher suffit-il à défendre réellement le consommateur ?
Prix.nc : comparer, oui… mais comparer quoi exactement ?
Le site Prix.nc se présente comme un levier moderne : comparer, économiser, acheter malin. Les relevés sont nombreux : plus de 288 000 prix collectés en 2025, avec plus de 1 200 commerces visités et 620 contrôles effectués par les services de la Nouvelle-Calédonie.
Le système va même plus loin avec l’encadrement réglementaire de près de 14 familles de produits essentiels : marges plafonnées, prix maximaux fixés pour certains produits, comme le riz transformé localement, règles spécifiques tenant compte des coûts de transport dans le Nord et les îles. Sur le plan juridique et économique, l’arsenal est réel.
Mais la logique reste essentiellement quantitative. On compare des prix, on sélectionne les produits les moins chers parmi des produits dits « substituables ». Or, substituable ne veut pas dire équivalent. Même poids, même catégorie, mais pas forcément même origine, même méthode de production ou même niveau de qualité.
À force de ne regarder que la colonne des francs CFP, le débat sur la qualité sanitaire, nutritionnelle et gustative est relégué au second plan. Un angle mort que ni le Journal des prix ni Prix.nc n’abordent frontalement.
Pouvoir d’achat ou exigence : le grand angle mort de la politique des prix
Personne ne conteste la nécessité de défendre le pouvoir d’achat, surtout dans un territoire insulaire soumis à des contraintes logistiques fortes et à une dépendance aux importations. Mais réduire la politique des prix à une course au moins cher relève d’une vision courte.
Le Journal des prix montre que certaines baisses sont réelles. Les légumes reculent de 3 %, et les fruits et légumes frais baissent parfois fortement sur un mois, comme la courgette à −51 % ou le citron lime à −10 %.
Très bien. Mais ces chiffres ne disent rien sur la fraîcheur réelle, l’origine des produits ou leur conformité qualitative dans le temps.
Dans le même temps, les contrôles révèlent que 26 % des enseignes contrôlées ont commis au moins une infraction en 2025, soit 141 infractions constatées. Un chiffre qui rappelle que le prix bas n’est pas toujours synonyme de respect strict des règles.
Comparer les prix est nécessaire. Comparer la qualité devient urgent. Sans cela, le consommateur est enfermé dans une logique de survie budgétaire, au détriment de sa santé, de la production locale et de l’exigence minimale que l’on est en droit d’attendre d’un marché organisé.
Le Journal des prix et Prix.nc constituent des outils utiles, documentés et techniquement solides. Ils répondent à une attente légitime de transparence sur le coût de la vie en Nouvelle-Calédonie. Mais en se concentrant exclusivement sur le prix, ils laissent de côté une dimension essentielle : la qualité réelle des produits consommés.
Comparer, oui. Informer, oui. Mais à quand un indicateur public sur la qualité, l’origine et la conformité des produits, au même niveau d’exigence que celui des prix ? Tant que cette question restera absente du débat officiel, la politique des prix restera incomplète et le consommateur, lui, partiellement informé.
Lien du journal des prix de janvier 2026 : https://gouv.nc/actualites/23-01-2026/un-journal-trimestriel-pour-mieux-comprendre-levolution-des-prix?fbclid=IwY2xjawPgGNdleHRuA2FlbQIxMABicmlkETA5M2ZNaGJ6eFUxMXJKVGxHc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHu_XvCaEydwOiAMoexzSQYokB68xOYDPyGC4eWBRHsxTbwkxnBiMaKfXObG3_aem_TYQUGLtmdqSme4X3HW1HMw


















