J’ai allumé la radio.
Je voulais juste écouter les infos.
Je suis resté.
J’ai entendu parler d’un congrès.
Le 56ᵉ.
Apparemment, c’est important quand on numérote autant.
J’ai compris que les militants arrivaient.
Que les discours allaient commencer.
Que l’accord Élysée-Oudinot allait tout écraser.
Un accord signé.
Puis rejeté.
Puis expliqué.
Puis refusé encore.
Un accord qui existe surtout pour qu’on dise qu’il n’existe pas.
J’ai entendu le mot trajectoire.
Puis stratégie.
Puis leviers.
J’ai cherché une destination.
J’ai trouvé des phrases.
J’ai compris que certains partis étaient partis.
Que d’autres étaient restés.
Que rester, c’était déjà une position politique.
J’ai appris qu’il fallait se fixer des objectifs pour l’année.
Alors que personne ne sait vraiment où on va.
Mais bon, il faut bien remplir l’ordre du jour.
J’ai entendu qu’on allait renouveler les instances.
Toujours les mêmes visages.
Mais dans un autre ordre.
Puis j’ai appris qu’on préparait déjà les municipales.
Alors que le cadre institutionnel flotte encore.
Priorités bien rangées.
Ensuite, il y a eu une pétition.
Parce qu’on ne peut pas voter.
Donc on signe.
Pour demander à d’autres de voter.
À notre place.
J’ai entendu parler de démocratie.
J’ai regardé le compteur.
500 signatures.
J’ai trouvé ça à la fois peu
et beaucoup.
Puis la ministre a parlé de budget.
D’avenir prospère.
Conditionné à un vote.
Encore un.
Après, la justice est arrivée.
Deux ans ferme.
Une école brûlée.
Des mineurs.
Retour brutal au réel.
Puis un homme retrouvé mort près d’une rivière.
Accidentel, peut-être.
Silencieux, sûrement.
Ensuite, on a parlé de tenues scolaires.
Un polo plus léger.
Un chapeau obligatoire.
Parce que le soleil, lui, n’attend pas les débats.
Puis la lèpre.
Encore là.
Peu contagieuse.
Mais tenace.
Comme certaines situations.
Après, des animations.
Des poneys.
Des marchés.
Des portes ouvertes.
La vie continue, quoi qu’il arrive.
Puis un glissement de terrain à l’étranger.
Des morts.
Une fillette recherchée.
J’ai arrêté de sourire.
Ils ont fini par le sport.
Parce qu’il faut finir par quelque chose.
Moi, j’ai éteint la radio.
J’ai compris que tout était dit.
Beaucoup de mots.
Beaucoup de constats.
Peu de certitudes.
Bref.


















