Quand la France ose, le monde sportif suit.
Il y a un siècle, à Chamonix, la nation française posait une pierre fondatrice de l’histoire olympique mondiale.
Chamonix 1924 : un pari français devenu héritage mondial
Le 25 janvier 1924, Chamonix entre dans l’Histoire. Dans la vallée du Mont-Blanc, la France inaugure ce qui deviendra, un an plus tard, les premiers Jeux olympiques d’hiver.
À l’époque, rien n’est acquis. Le Comité international olympique reste prudent, presque méfiant, face à ces sports encore jugés marginaux.
Vingt-huit ans après la renaissance des Jeux modernes à Athènes par le baron Pierre de Coubertin, la France prend l’initiative. En 1921, le CIO valide une expérimentation : une Semaine internationale des sports d’hiver, organisée en marge des Jeux d’été de Paris.
Le choix de Chamonix-Mont-Blanc s’impose naturellement, symbole d’altitude, de rigueur et d’excellence sportive.
Le CIO n’ose pas encore apposer le label olympique. Trop de doutes, trop d’incertitudes. Même Pierre de Coubertin, pourtant père des Jeux modernes, reste réservé et n’assiste pas à la cérémonie d’ouverture.
L’histoire lui donnera tort.
Une cérémonie solennelle et des disciplines fondatrices
Le jour de l’ouverture, un soleil éclatant illumine la vallée. Devant les drapeaux claquant dans le vent, Gaston Vidal, sous-secrétaire d’État, proclame officiellement l’événement :
Je proclame l’ouverture des Jeux d’hiver de Chamonix, donnés à l’occasion de la VIIIᵉ Olympiade.
Seize nations défilent, par ordre alphabétique. L’Autriche, la Belgique, le Canada, les États-Unis, la France, la Norvège, la Suède, la Suisse ou encore la Tchécoslovaquie incarnent une Europe et un monde sportifs en construction.
Au total, 258 athlètes, dont seulement 13 femmes, participent à cette aventure pionnière.
Neuf disciplines sont au programme : patinage artistique, patinage de vitesse, hockey sur glace, curling, ski de fond, saut à skis, patrouille militaire, course combinée et bobsleigh.
Des sports exigeants, rudes, parfois violents, loin du sport-spectacle aseptisé d’aujourd’hui.
Pendant dix jours, près de 10 000 spectateurs assistent à des épreuves inédites, marquées par un esprit de dépassement et de courage. La France aligne une équipe majoritairement chamoniarde, symbole d’un enracinement local au service de l’excellence nationale.
Des pionniers sacrés et la reconnaissance olympique
Sur la glace et la neige, les Scandinaves dominent. Le Norvégien Thorleif Haug entre dans la légende en devenant le premier triple champion olympique de l’histoire, remportant le 18 km, le 50 km et l’épreuve combinée.
Une démonstration de puissance nordique, respectée mais jamais contestée.
La France, elle, décroche trois médailles de bronze : en patrouille militaire, en patinage artistique avec le couple Joly-Brunet, et en curling. Des résultats modestes, mais honorables pour une nation organisatrice encore en apprentissage des sports d’hiver.
Le 5 février 1924, à la clôture des épreuves, l’euphorie est intacte. Aucun incident majeur, une organisation saluée, un public conquis.
Pierre de Coubertin prend alors la parole et reconnaît le succès de l’événement, soulignant la valeur éducative et morale du sport, école d’audace, d’énergie et de volonté.
En 1925, le CIO officialise ce que la France avait pressenti avant tout le monde : Chamonix devient le berceau des Jeux olympiques d’hiver.
En 1926, l’appellation est définitivement gravée dans l’histoire : Premiers Jeux olympiques d’hiver de l’Histoire.
De Chamonix à Milan-Cortina, un siècle d’héritage européen
Un siècle plus tard, l’héritage est intact. Les Jeux olympiques d’hiver 2026, les XXVᵉ de l’histoire, se dérouleront à Milan et Cortina d’Ampezzo du 6 au 22 février.
L’Italie retrouve les Jeux d’hiver, vingt ans après Turin 2006 et soixante-dix ans après Cortina 1956, dans une continuité européenne assumée.
De Chamonix 1924 à Milan-Cortina 2026, l’esprit reste le même : excellence, enracinement, respect de la tradition sportive.
Loin des discours victimaires ou idéologiques, l’histoire des Jeux d’hiver rappelle une évidence : le sport progresse quand les nations osent, organisent et transmettent.
Et en 1924, cette audace avait un nom : la France.


















