Ils sont partout. Dans les poches, dans les têtes, parfois jusque dans les dérives les plus graves. L’État veut reprendre la main sur le numérique des mineurs.
Une procédure accélérée pour une rupture assumée
L’exécutif a décidé d’aller vite. Très vite. Selon des informations révélées par BFMTV, Emmanuel Macron a demandé l’engagement de la procédure accélérée sur la proposition de loi visant à interdire l’usage des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.
Concrètement, le texte ne sera examiné qu’une seule fois par l’Assemblée nationale et le Sénat, avant le passage en commission mixte paritaire. Une méthode réservée aux réformes jugées prioritaires.
Le calendrier est clair : débat à l’Assemblée nationale dès le lundi 26 janvier, pour une entrée en vigueur espérée à la rentrée scolaire 2026.
Cette proposition de loi est portée par le groupe Renaissance et par la députée Laure Miller, rapporteure du texte. Elle a été entièrement réécrite en commission, après un avis sévère du Conseil d’État sur la première version.
L’objectif est désormais assumé : être juridiquement blindé pour éviter le sort de la loi de 2023 sur la majorité numérique à 15 ans, jamais appliquée faute de conformité au droit européen et au règlement sur les services numériques.
Une interdiction élargie : réseaux sociaux et smartphones à l’école
La proposition de loi ne se limite pas aux plateformes numériques.
Elle prévoit également l’extension de l’interdiction des téléphones portables dès la rentrée 2026, y compris au lycée, mais aussi dans les écoles et les collèges.
Un changement de doctrine assumé par le chef de l’État :
On interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et on va interdire les portables dans nos lycées. C’est une règle claire pour les adolescents, pour les familles et pour les enseignants, a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée le 24 janvier.
Politiquement, le texte pourrait passer malgré l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Le Rassemblement national, Les Républicains et Horizons soutiennent cette régulation, au nom de la protection de l’enfance et de l’autorité parentale.
À l’inverse, La France insoumise a annoncé le dépôt d’une motion de rejet. En commission, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé un supposé « paternalisme numérique ».
Un argument balayé par les partisans du texte, qui y voient une mesure de salubrité publique et éducative, face à des plateformes devenues incontrôlables.
La France dans le sillage international, contre les algorithmes
Si la loi est adoptée, la France ne serait pas un cas isolé.
Depuis fin 2025, l’Australie impose aux plateformes de vérifier l’âge des utilisateurs, avec une interdiction ferme en dessous de 16 ans. Les comptes des mineurs sont supprimés, sans ambiguïté.
Facebook, Instagram, X, Threads, Snapchat, TikTok, Twitch ou encore Kick ont dû s’y conformer.
Une démonstration que la contrainte politique fonctionne, lorsque l’État assume son rôle de régulateur.
En Europe, le Parlement européen a adopté en novembre dernier un rapport largement majoritaire appelant à restreindre l’accès libre aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, en attendant des mesures communes.
Emmanuel Macron l’a martelé sans détour :
Le cerveau de nos enfants et de nos adolescents n’est pas à vendre. Les émotions de nos enfants ne sont pas à vendre, ni par les plateformes américaines ni par les algorithmes chinois.
Derrière ces mots, un constat partagé par de nombreux professionnels de santé : addiction, anxiété, dépression, exposition à des contenus violents ou sexualisés touchent de plus en plus tôt les adolescents.
Avec cette proposition de loi, le pouvoir exécutif assume une ligne claire : la liberté numérique ne peut pas primer sur la protection de l’enfance.
Un choix politique fort, clivant, mais revendiqué, à l’heure où les écrans façonnent déjà toute une génération.
En engageant la procédure accélérée, l’exécutif fait le pari de l’autorité plutôt que du renoncement.
Si le Parlement suit, la rentrée 2026 marquera un tournant historique dans la régulation des réseaux sociaux en France, avec un message sans ambiguïté : les plateformes devront s’adapter, pas les enfants.

















