Ils s’entraînent comme si la guerre était imminente. Parce que le monde réel, lui, ne laisse plus de place à l’improvisation.
Un exercice militaire hors normes face à un monde instable
Dans un contexte géopolitique international profondément dégradé, la France a fait un choix clair : se préparer au pire pour garantir la paix. Du 8 février au 30 avril, l’exercice ORION 2026 mobilise des moyens militaires d’une ampleur inédite sur le territoire national. L’objectif est assumé : entraîner les armées françaises à un conflit majeur, du champ hybride à la haute intensité, en coalition avec leurs alliés.
Avec 12 500 militaires, près de 25 navires, dont le porte-avions Charles-de-Gaulle, 140 aéronefs, 1 200 drones, ainsi que des capacités cyber et spatiales, ORION 2026 dépasse le simple entraînement. Il s’agit d’un test grandeur nature de la crédibilité militaire française, dans un monde où les rapports de force redeviennent centraux.
Selon le vice-amiral Xavier Royer de Véricourt, chargé de l’organisation à l’état-major des armées, cet exercice est « particulièrement exigeant » et vise à démontrer la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à conduire une coalition internationale. Une démonstration de souveraineté, loin des discours naïfs sur la fin de l’Histoire.
Du scénario fictif à la réalité stratégique européenne
Le scénario d’ORION 2026 est fictif, mais personne n’est dupe. Il met en scène un État partenaire, l’Arland, confronté à un voisin expansionniste à l’Est, Mercure. Une situation qui s’inspire directement des travaux de l’Otan et des tensions actuelles sur le flanc oriental de l’Europe.
La première phase opérationnelle, du 8 février au 1er mars, repose sur des opérations amphibies et aéroportées depuis la façade atlantique. La France agit comme nation-cadre, assumant son rôle de puissance militaire de référence en Europe. La conquête de points d’entrée, l’acquisition de la supériorité de zone et le déploiement massif de forces illustrent une réalité : la guerre moderne exige vitesse, coordination et puissance.
À partir du 7 avril, l’exercice bascule dans les camps de Champagne pour une intégration complète dans la chaîne de commandement de l’Otan. Les armées européennes démontrent leur capacité à s’insérer dans une structure alliée robuste, loin des illusions d’une autonomie stratégique désincarnée. La défense de l’Europe passe par des armées solides, pas par des slogans.
Une mobilisation totale de l’État face aux menaces hybrides
ORION 2026 ne se limite pas aux forces armées. Douze ministères sont mobilisés pour tester la réaction de l’État face aux actions hybrides sur le territoire national : cyberattaques, désinformation, pressions économiques ou perturbations logistiques. Autant de menaces que la France identifie clairement, notamment dans l’hypothèse d’un affrontement avec la Russie.
Un war game interministériel, prévu les 30 et 31 mars, mettra à l’épreuve la coordination entre préfectures, commandements territoriaux et administrations civiles, en métropole comme en Guyane. L’objectif est clair : garantir la continuité de l’État et la protection des citoyens, même en situation de crise majeure.
L’ensemble des armées est engagé. L’armée de l’Air et de l’Espace déploie 1 500 aviateurs sur cinq bases aériennes, avec une capacité complète d’entrée en premier, de supériorité aérienne et de défense du territoire. La Marine nationale intervient sur les façades atlantiques et bretonnes, tandis que l’armée de Terre mène des opérations aéroportées de grande ampleur. Le Commandement de l’espace, avec l’exercice Spartex, confirme que les conflits de demain se joueront aussi au-dessus de nos têtes.
ORION 2026 n’est pas un message belliqueux, mais un message de lucidité. Face à des compétiteurs stratégiques qui testent chaque jour la cohésion européenne, la France choisit la préparation plutôt que le déni. Elle assume une défense robuste, interarmées et interalliée, au service de sa souveraineté, de la sécurité de ses citoyens et de la stabilité du continent. Dans un monde dangereux, la faiblesse n’est pas une option.

















