La réforme constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, plusieurs fois reportée, franchira enfin une étape décisive. Selon l’ordre du jour parlementaire, le Sénat examinera le texte le 24 février, quelques jours seulement après la conclusion à Paris de l’accord Élysée-Oudinot, présenté comme complémentaire à l’accord de Bougival signé à l’été 2025.
Les sénateurs seront saisis en première lecture, juste avant la suspension des travaux parlementaires liée aux élections municipales. Un calendrier serré, révélateur de la volonté de l’État d’avancer rapidement sur un dossier longtemps enlisé, mais aussi de la fragilité politique du processus engagé.
Une réforme constitutionnelle au cœur d’un blocage politique durable
Le texte soumis au Parlement se veut un outil de déblocage institutionnel pour un territoire traversé depuis plusieurs années par de profondes dissensions. Le rejet de l’accord de Bougival par les indépendantistes du FLNKS a laissé la Nouvelle-Calédonie dans une impasse politique, aggravée par les violences de mai 2024.
À l’issue de quatre jours de négociations à Paris, les forces politiques calédoniennes ont pourtant abouti à un nouvel accord, présenté comme complémentaire de Bougival, articulé autour d’un volet institutionnel et d’un volet économique. Là encore, le FLNKS a opposé un refus, confirmant une stratégie de blocage assumée.
L’accord de Bougival prévoyait notamment la création d’un État calédonien inscrit dans la Constitution française, doté d’une nationalité propre et potentiellement reconnu sur le plan international, tout en maintenant un lien organique avec la France. Un point jugé inacceptable par les indépendantistes les plus radicaux.
Accord Élysée-Oudinot et calendrier parlementaire sous tension
L’accord Élysée-Oudinot réaffirme pour sa part la reconnaissance de l’identité kanak, ainsi que l’exercice du droit à l’autodétermination, avec la possibilité pérenne de transférer certaines compétences encore détenues par l’État, dans un cadre organisé et sécurisé.
Les signataires tablent sur une adoption du projet de loi constitutionnelle au Sénat dès février, puis à l’Assemblée nationale en mars-avril. L’ultime étape serait la réunion du Congrès à Versailles, réunissant députés et sénateurs, seule instance habilitée à réviser la Constitution.
Si ce parcours parlementaire aboutissait — une hypothèse encore incertaine au regard des oppositions — l’accord politique pourrait être soumis aux Calédoniens en juin-juillet, ouvrant une nouvelle séquence démocratique sur l’avenir institutionnel du territoire.
Le dégel du corps électoral, ligne de fracture majeure
Au cœur du projet figure le dégel progressif du corps électoral pour les élections provinciales. Un sujet explosif en Nouvelle-Calédonie. Mis en place en 1998, le gel limite le droit de vote aux personnes installées avant cette date et à leurs descendants.
Cette réforme, réclamée de longue date par les non-indépendantistes, est au contraire farouchement combattue par les indépendantistes, qui y voient une dilution du vote kanak. Elle avait été l’un des principaux facteurs des émeutes meurtrières de mai 2024, rappelant combien la question électorale reste inflammable.
Le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, a par ailleurs indiqué que le Sénat devrait également examiner, au printemps, un projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, lui aussi retardé ces derniers mois. Le gouvernement présentera enfin, les 10 et 11 février, sa feuille de route législative à l’Assemblée nationale et au Sénat, fixant le cap des réformes d’ici l’été.


















