Ils parlent d’alerte sociale, beaucoup y voient surtout l’aveu d’un échec collectif.
À Nouméa, à l’approche du 3 février, la grève générale annoncée pose une question centrale : jusqu’où peut-on bloquer le pays sans jamais se réformer ?
Une colère sociale réelle, mais un pays prisonnier de ses réflexes
À dix jours de la grève générale prévue le mardi 3 février 2026 devant le Congrès, l’Union des syndicats des ouvriers et des employés de Nouvelle-Calédonie (USOENC) a détaillé ses revendications lors d’une conférence de presse, le mercredi 28 janvier, à Nouméa.
Le ton est grave, le constat sévère, et les mots choisis visent à frapper l’opinion.
La Nouvelle-Calédonie traverse incontestablement une crise économique et sociale profonde. Le recul de l’activité, la fragilisation de l’emploi et la pression sur le pouvoir d’achat sont des réalités vécues par des milliers de foyers.
Mais derrière ce diagnostic partagé, une divergence majeure apparaît : peut-on encore répondre à la crise par le blocage et la confrontation sans traiter les causes structurelles du malaise calédonien ?
En citant Jean-Jacques Rousseau – « Là où certains sont trop riches et d’autres trop pauvres, la liberté n’est qu’un mot » –, l’USOENC inscrit son discours dans une lecture idéologique des inégalités.
Une lecture qui évacue cependant un point clé : l’appauvrissement général du pays, lié à l’effondrement de la production, à la perte de compétitivité et à l’absence de réformes courageuses depuis plus d’une décennie.
Nickel et modèle social : l’urgence n’est plus aux slogans
La filière nickel, pilier historique de l’économie calédonienne, est au cœur de toutes les inquiétudes.
L’USOENC dénonce un manque de stratégie globale. Le constat est juste. Mais la responsabilité est collective, et surtout politique. Depuis des années, le territoire hésite entre logique économique et logique de protection à tout prix, au détriment de la viabilité industrielle.
Sans compétitivité, sans investissements privés sécurisés, sans visibilité réglementaire, aucune filière ne peut survivre, encore moins financer durablement un modèle social coûteux.
Les difficultés du nickel irriguent aujourd’hui l’ensemble de l’économie : retraites CAFAT, BTP, commerce, santé, enseignement privé, transport, fonction publique. Rien n’est épargné.
Sur les retraites CAFAT, l’USOENC réclame des garanties financières et des réformes « justes ». Là encore, la question n’est pas de savoir si des réformes sont nécessaires, mais quand et comment les assumer politiquement.
Reporter indéfiniment les ajustements, c’est prendre le risque d’un effondrement brutal demain, au détriment des retraités eux-mêmes.
Même logique concernant le Fonds social de l’habitat (2 %). Sa préservation est légitime, mais le débat révèle surtout une réalité inconfortable : les finances publiques calédoniennes sont exsangues, incapables d’assumer seules leurs missions fondamentales.
Plutôt que des procès d’intention, le territoire doit poser une question simple : quels services peut-il réellement financer durablement ?
Aides publiques, responsabilité politique et nécessité de réformes
L’USOENC insiste sur le fléchage des aides et subventions de l’État. Le principe de transparence est incontestable.
Mais là encore, une évidence s’impose : l’argent public ne remplacera jamais une économie productive. Les aides peuvent accompagner une relance, pas se substituer à une stratégie de croissance.
Conditionner les soutiens publics à des objectifs clairs emploi, activité, responsabilité sociale est une exigence saine.
Encore faut-il accepter que certaines entreprises disparaissent, que certains modèles ne soient plus viables, et que la création de richesse passe aussi par la liberté d’entreprendre, la simplification administrative et l’attractivité économique.
La justice sociale ne se décrète pas par communiqué. Elle repose sur le travail, l’investissement et la création de valeur, pas sur l’accumulation de dispositifs correctifs financés à crédit.
Pouvoir d’achat, accès au logement, à la santé ou au transport dépendent d’une économie qui fonctionne, pas d’un pays paralysé par la peur du changement.
Enfin, l’appel à la responsabilisation des élus locaux résonne fortement.
Servir l’intérêt général, ce n’est pas céder à toutes les pressions ni entretenir l’illusion que tout est possible sans effort. C’est dire la vérité aux Calédoniens, assumer des choix difficiles et sortir des postures idéologiques.
Le 3 février, un test politique pour la Nouvelle-Calédonie
La mobilisation syndicale du 3 février 2026, prévue dès 7 h 00 devant le Congrès, s’annonce comme un moment de tension majeur.
L’USOENC affirme agir dans un esprit de dialogue social, tout en prévenant que d’autres actions pourraient suivre si ses revendications ne sont pas entendues.
Mais au-delà de la grève, une question centrale demeure : la Nouvelle-Calédonie peut-elle encore se permettre l’immobilisme ?
Bloquer le pays ne créera ni emplois, ni croissance, ni confiance. Seules des réformes structurelles, une clarification du modèle économique et un retour à la responsabilité budgétaire permettront d’éviter un décrochage durable.
La crise actuelle n’est pas seulement sociale. Elle est politique, économique et culturelle.
Et elle impose un choix clair : continuer à gérer le déclin ou engager enfin la transformation du pays, au risque de bousculer des habitudes bien installées.



















