Ils captent l’attention dès l’enfance, façonnent les comportements et revendiquent l’irresponsabilité.
Aux États-Unis, la justice commence à s’attaquer frontalement aux géants du numérique.
Un accord de dernière minute qui révèle la fébrilité des plateformes
L’annonce a surpris jusqu’aux juges californiens. Le mercredi 28 janvier, TikTok a conclu un accord amiable juste avant l’examen d’un dossier clé destiné à servir de référence nationale dans les litiges de masse contre les géants de la tech. Une semaine plus tôt, Snap Inc., éditeur de Snapchat, avait adopté la même stratégie, préférant négocier plutôt que d’affronter un procès public et long.
Ces accords interviennent dans un contexte explosif : des milliers de plaintes ont été déposées aux États-Unis, accusant les réseaux sociaux d’avoir volontairement conçu des algorithmes addictifs, optimisés pour capter l’attention des plus jeunes, sans considération pour leur santé mentale.
En transigeant à la dernière minute, TikTok et Snap évitent une exposition judiciaire majeure, mais laissent leurs concurrents seuls face à la justice.
Un signal est clair : les plateformes savent que le risque juridique est réel.
K.G.M., un cas test emblématique au cœur d’un procès historique
Pour traiter ces contentieux de masse, la justice américaine a fait un choix stratégique : sélectionner un dossier pilote. Celui de K.G.M., une jeune Californienne aujourd’hui âgée de 19 ans, est devenu le socle d’un procès qui pourrait faire jurisprudence.
Selon le dossier, la plaignante a commencé YouTube à 6 ans, Instagram à 11 ans, Snapchat à 13 ans et TikTok à 14 ans, bien avant l’âge légal théorique de 13 ans imposé par les plateformes elles-mêmes.
Elle affirme avoir développé une addiction sévère, accompagnée d’anxiété, de dépression, de dysmorphie corporelle, de comportements d’automutilation et de pensées suicidaires.
Avec sa famille, elle demande à la justice de reconnaître la responsabilité civile de Meta et d’Alphabet, maison mère de Google et de YouTube, dans la dégradation de sa santé mentale.
Les plateformes, elles, se défendent en invoquant la responsabilité parentale et la liberté d’usage, un argument jugé de plus en plus fragile face à la sophistication des algorithmes de recommandation personnalisée, conçus pour maximiser le temps d’écran.
Pour la première fois aux États-Unis, un jury populaire devra trancher.
Meta et Google seuls face à la justice : un précédent lourd de conséquences
Après les accords conclus par TikTok et Snapchat, Meta (Instagram, Facebook) et Alphabet (YouTube) restent les seuls groupes encore exposés dans ce premier procès.
Il n’y a pas de dialogue en cours pour l’instant avec Meta et YouTube, a confirmé à l’AFP Mark Lanier, l’un des avocats de la plaignante.
Le procès, ouvert à Los Angeles, a débuté par la sélection du jury, prévue jusqu’au vendredi 30 janvier, avant six à huit semaines d’audience sur le fond.
Et ce n’est qu’un début : plus de 1 500 plaignants se sont déjà rattachés au dossier K.G.M., dans l’attente que leurs propres cas soient examinés.
L’enjeu dépasse largement une affaire individuelle. Il s’agit de déterminer si les plateformes peuvent être tenues responsables de choix technologiques délibérés, orientés vers la captation maximale de l’attention des mineurs.
Une décision défavorable ouvrirait la voie à une avalanche de condamnations, mais aussi à une reprise en main réglementaire d’un secteur longtemps laissé en roue libre.
Derrière le discours compassionnel et la posture victimaire des géants du numérique, la justice américaine s’apprête à poser une limite claire : celle de la responsabilité.


















