Ils parlent de transition comme d’un slogan.
En Nouvelle-Calédonie, elle est déjà une réalité énergétique mesurable, pilotée et assumée.
Le 26 janvier avait lieu la Journée internationale des énergies propres : l’ONU met en avant un objectif mondial. Sur le Caillou, les chiffres parlent plus fort que les discours.
Une transition énergétique concrète, pas idéologique
Contrairement à certaines postures militantes importées, la Nouvelle-Calédonie n’a pas attendu les injonctions internationales pour agir.
Aujourd’hui, 64 % de l’électricité distribuée aux particuliers et aux professionnels provient déjà d’énergies renouvelables.
Ce mix repose sur quatre piliers solides et éprouvés :
💧 l’hydroélectricité, colonne vertébrale historique
☀️ le solaire, en forte progression
🌬️ l’éolien, adapté aux réalités insulaires
🌱 la biomasse, valorisant les ressources locales
Ce résultat n’est ni un hasard ni un coup politique. Il est le fruit du STENC, le Schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie, adopté dès 2016.
Objectif affiché : produire l’équivalent de la consommation de la distribution publique hors métallurgie du nickel à partir d’énergies renouvelables à l’horizon 2030.

Depuis la mise en œuvre du STENC 1, la part des renouvelables est passée de 13 % à 66 %. Un saut spectaculaire, rarement rappelé dans les débats nationaux.
Ce progrès réduit fortement les émissions de CO₂, même s’il entraîne mécaniquement une hausse du coût du kWh, réalité souvent passée sous silence dans les discours idéologiques.
Enercal, un opérateur historique au service du territoire
La transition calédonienne repose sur un acteur central : Enercal, créée en 1955. Sa mission initiale : construire et exploiter l’aménagement hydroélectrique de Yaté, toujours le plus grand site renouvelable du territoire.
Depuis, l’entreprise n’a cessé d’adapter le réseau aux besoins réels des Calédoniens, avec une stratégie fondée sur l’efficacité et la continuité de service, non sur l’affichage politique.
Années 1980 :
Enercal met en service la centrale hydroélectrique de Néaoua, à Houaïlou.
Elle développe également une douzaine de microcentrales hydrauliques, au plus près des usages.
Années 1990 :
Mise en service de la centrale de la Thu, toujours à Houaïlou.
Déploiement des premiers kits photovoltaïques pour les zones isolées, non raccordables au réseau.
Années 2000 :
Installation de la première ferme éolienne à l’Île des Pins.
Ouverture de la filière biomasse avec l’huile de coprah à Ouvéa.
Depuis les années 2010 :
Enercal et sa filiale Enercal Énergies Nouvelles développent des solutions innovantes, parfois pionnières à l’échelle du Pacifique.
L’objectif est clair : décarboner intelligemment, sans fragiliser l’approvisionnement électrique.
Pourquoi le thermique reste indispensable dans un mix sérieux
C’est un fait technique, pas un débat idéologique : les énergies renouvelables sont intermittentes.
Le solaire peut chuter de 90 % sous une couverture nuageuse dense. Il ne produit évidemment rien la nuit.
L’éolien varie fortement selon le vent, avec des écarts massifs d’une heure à l’autre.
Or, un système électrique doit garantir à chaque instant l’équilibre entre production et consommation.
Sans coupure. Sans incantation.
C’est pourquoi le mix énergétique calédonien conserve une part de thermique, calculée selon un optimum technico-économique, et non selon un dogme.
Sur un réseau insulaire sans industrie lourde :
➡️ 70 à 80 % de renouvelables
➡️ 20 à 30 % de thermique
C’est le modèle retenu pour les Îles Loyauté et l’Île des Pins.
Sur un réseau avec métallurgie du nickel :
➡️ 40 à 50 % de renouvelables
➡️ 50 à 60 % de thermique
C’est la réalité de la Grande Terre.
Cette approche pragmatique a été confirmée dans le cadre du STENC 2.0, voté par le Congrès en août 2023, après une étude prospective menée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) avec Enercal.
Des solutions thermiques décarbonées, sans illusion verte
Le thermique de demain ne sera pas celui d’hier. La priorité est donnée à des combustibles à faible impact carbone, sans mettre en danger la sécurité énergétique.
Plusieurs solutions sont à l’étude :
-
le gaz naturel liquéfié (GNL), solution transitoire, plus propre que le charbon, mais assumée comme fossile ;
-
le gaz de pétrole liquéfié (GPL), efficace, stockable et adapté aux contraintes insulaires ;
-
les mélanges gaz-hydrogène, permettant de réduire les émissions de CO₂ à la combustion ;
-
les biocarburants, issus de biomasse, d’huiles végétales ou de résidus agricoles.
Ils pourraient notamment permettre la reconversion de la centrale à charbon de Prony Énergies.
Sur l’Île des Pins, le projet 100 % renouvelable, piloté par Enercal, explore déjà l’usage de biocarburants, comme l’huile de coprah, pour un thermique limité à un rôle d’appoint.
La transition énergétique calédonienne n’est ni naïve ni punitive. Elle est souveraine, pilotée et réaliste.
Loin des slogans, la Nouvelle-Calédonie démontre qu’écologie et responsabilité économique peuvent aller de pair, sans sacrifier ni la sécurité énergétique, ni les consommateurs, ni la vérité technique.

















