Quand l’hôpital vacille, c’est toute la société qui tremble.
Aux urgences du CHT, le diagnostic posé par les soignants est sans appel : l’outil sanitaire calédonien est à bout de souffle.
Urgences du CHT : une mobilisation sans grève, mais un cri d’alarme
Le service des urgences du Centre hospitalier territorial (CHT) est décrit par ses propres agents comme un patient en mort cérébrale. Une formule choc, assumée, qui résume des mois de tensions, d’alertes et de découragement.
Dans un communiqué transmis le vendredi 30 janvier, le Syndicat des infirmiers et des aides-soignants des urgences (SIASU) annonce une mobilisation inédite, sans grève ni débrayage.
À compter du lundi 2 février, chaque jour à 10 heures, une action d’information du public sera organisée devant l’entrée des urgences, avec banderoles visibles et messages clairs. L’objectif est affiché : alerter sans perturber la prise en charge des patients, dans un contexte qualifié de « catastrophique » par les soignants.
Le SIASU rappelle avoir multiplié ces derniers mois grèves, débrayages et alertes répétées, sans obtenir, selon ses membres, la moindre réponse politique structurée. Un courrier adressé à l’ensemble des élus le 15 décembre 2025 serait resté lettre morte.
Silence politique et responsabilités évitées : un système à bout de souffle
Au cœur de la colère, une réalité dénoncée sans détour : les gouvernements passent, les élus du Congrès restent, et rien n’avance.
Le syndicat évoque notamment la réunion du 30 juillet 2025 autour d’un hypothétique « Ségur local », restée sans suite concrète. Depuis le départ de Thierry Santa du gouvernement en octobre 2025, les soignants affirment ne plus avoir ni interlocuteur identifié ni cadre de discussion.
Les mots sont durs, mais pesés : « échec d’un système à bout de souffle », lassitude, sentiment d’abandon, mépris ressenti. Pour autant, le SIASU insiste sur sa volonté de ne pas créer le chaos. Il ne s’agit pas de bloquer l’hôpital, mais de remettre le soignant au cœur du sujet santé.
La santé est une richesse essentielle, un pilier indispensable. La laisser se dégrader, c’est mettre en danger l’ensemble de la population, écrivent les membres du syndicat.
Un message qui résonne dans un contexte calédonien marqué par la pénurie de médecins, les agressions de cadres de santé et une pression constante sur les équipes.
L’UT CFE-CGC a d’ores et déjà annoncé sa présence lors de la mobilisation. Le SIASU attend désormais une prise de position claire de l’USTKE et de la Fédé, les appelant à assumer, eux aussi, leurs responsabilités.
Médipôle de Koutio : sanctuariser l’hôpital et faire confiance aux soignants
Face à cette crise, une voie existe pourtant. Le Médipôle de Koutio veut se muer en hôpital magnétique, incarnant une rupture assumée avec les modèles bureaucratiques classiques.
Ici, le principe est clair : ce sont les soignants qui dirigent. Médecins et paramédicaux participent à toutes les étapes de la gouvernance, de la stratégie jusqu’aux décisions opérationnelles.
Pour Thierry de Greslan, nouveau directeur médical du Médipôle, cette approche repose sur un constat simple : ceux qui connaissent l’hôpital et les patients sont les mieux placés pour décider.
Le projet pour 2026 va encore plus loin, avec une délégation de gestion confiée aux chefs de service et cadres, accompagnés sur le plan administratif. Chaque responsable devient acteur de l’organisation de son service et de ses filières de soins.
Cette gouvernance médicale renforcée a déjà permis des avancées concrètes, comme la création d’une filière dédiée au traumatisme crânien, inexistante auparavant en Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, les patients victimes de séquelles cognitives ou comportementales peuvent bénéficier d’un suivi coordonné, assuré par une infirmière dédiée.
La confiance construite lors des crises successives Covid et émeutes entre la commission médicale d’établissement et la direction a même conduit à la création d’un poste de directeur médical, une première en France.
Recrutement ciblé, amélioration des conditions de travail, organisation par filière : autant de leviers concrets, loin des discours creux.
Dans un territoire où la santé est devenue un enjeu de souveraineté sociale, le message des urgences du CHT est limpide : sans décisions courageuses, sans sanctuarisation de l’outil hospitalier, ce sont les patients qui paieront l’addition. Et cette fois, les soignants refusent de se taire.


















