Ce mercredi 11 février, Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement chargée de l’enseignement, entourée de Didier Vin-Datiche, vice-recteur, de Christelle Varney (DENC), de Jean-François Nosmas (DAFE) et de Yannick Lerrant (Maison de l’Étudiant), a présenté les contours de la rentrée scolaire 2026.
Le chiffre marque un tournant : 59 782 élèves attendus, un seuil jamais franchi à la baisse. Pour la première fois, la Nouvelle-Calédonie passera sous la barre des 60 000 élèves.
Une baisse historique des effectifs qui oblige à revoir la carte scolaire
Dans le détail, 23 053 élèves sont attendus en primaire public, 21 588 en secondaire public, 6 880 en primaire privé et 8 261 en secondaire privé. L’enseignement privé représente ainsi environ 25 % des effectifs.

Cette baisse s’inscrit dans une tendance lourde. Depuis 2012, le premier degré a perdu 4 666 élèves. Les collèges ont vu disparaître 3 000 élèves sur la même période. Le phénomène n’est pas conjoncturel : il est structurel.
En 2025, les collèges disposaient de 24 514 places, dont 8 150 inoccupées, parmi lesquelles 2 182 à Nouméa. Une situation qui impose des ajustements.
Cela nous oblige à revoir la carte scolaire et à travailler plus étroitement avec l’enseignement privé, a souligné Isabelle Champmoreau.

L’objectif affiché est clair : adapter sans renoncer à l’exigence. Moins d’élèves ne signifie pas moins d’ambition. Il s’agit de redéployer intelligemment les moyens, de maintenir l’équilibre territorial et de préserver l’offre éducative.
Le système reste massivement soutenu par l’État. La mise à disposition globale et gratuite des enseignants représente près de 50 milliards de francs par an.
Sans ces moyens, la Nouvelle-Calédonie ne pourrait pas assumer seule ces charges, rappelle la membre du gouvernement.
Un rappel qui pèse dans les débats institutionnels en cours.
Résultats 2025 : satisfaisants, mais un niveau préoccupant
Les résultats aux examens 2025 sont qualifiés de « satisfaisants » pour le baccalauréat général et le Diplôme national du brevet (DNB). Mais le vice-recteur nuance : en voie professionnelle, les progrès restent insuffisants, notamment en CAP et en bac professionnel.
Dans l’enseignement agricole, le taux de réussite atteint 82 %, un résultat jugé « honorable » et comparable au niveau national, même si certains CAP demeurent fragiles.

Plus inquiétants encore sont les résultats des évaluations nationales. À l’entrée en sixième, 47,8 % des élèves sont classés « bas niveau » en français et 63,4 % en mathématiques, contre respectivement 27,1 % et 32,5 % pour la référence Métropole + Dom.
En seconde professionnelle, l’écart se creuse : 82,6 % des élèves sont classés « bas niveau » en français et 89,7 % en mathématiques, contre 32,4 % et 53,8 % en voie générale et technologique.
Je ne dis pas que les résultats sont satisfaisants. Ça reste insuffisant, reconnaît Christelle Varney.
Elle évoque les inégalités territoriales, les facteurs socio-économiques et linguistiques, la crise Covid, mais aussi une année 2024 « profondément perturbée ».
La réponse annoncée est nette : retour aux fondamentaux. Renforcement des mathématiques, focus sur sciences et technologie, formation accrue des enseignants, échanges de services pour spécialiser certains professeurs.
Mesure emblématique : « Tous les enfants devront apprendre leurs leçons sur le temps scolaire », afin de limiter les inégalités entre familles. Le dispositif Récréa’Livres remplacera « Livre, mon ami ». Des activités physiques quotidiennes sont également prévues.
Dans le secondaire, environ 200 jeunes de 16 à 18 ans quittent chaque année le système sans diplôme.
L’objectif, c’est d’aller les chercher un par un, assure Didier Vin-Datiche.
Le brevet 2026 évoluera : retour à la note sur 20 en troisième et poids accru des épreuves finales. Une manière de réaffirmer l’exigence scolaire.
Sécurité, climat scolaire et soutien aux familles
Le climat scolaire s’est tendu. En 2025, 319 faits graves ont été recensés contre 194 en 2023. Trente-quatre cas liés à des armes blanches ont été signalés aux abords des établissements.
L’école doit rester un sanctuaire républicain. Sur les campus, la surveillance est renforcée, certains sites bénéficiant d’une présence 24h/24, souligne Yannick Lerrant.
Pour amortir la hausse des coûts alimentaires, le gouvernement mobilise 25 millions afin d’éviter toute augmentation des tarifs de cantine pour les familles. Une étude globale du transport scolaire est en cours. Une ligne entre Rivière-Salée et le collège des Portes-de-Fer est actée, ainsi que le maintien d’un transport dédié pour environ 700 lycéens internes en province Nord.
La tension avec l’enseignement catholique demeure. Sur les 300 millions votés au Congrès en octobre, 150 millions ont été versés après signature d’une convention prévoyant un audit. « Nous attendons encore des documents que la Ddec ne nous a pas fournis », indique la membre du gouvernement, qui assure travailler « interne par interne, élève par élève ».
Après le bac, plus de 3 000 candidats ont confirmé au moins un vœu sur Parcoursup.nc. La Maison de l’Étudiant met en avant une offre de logements en légère hausse, des repas à 120 francs pour un boursier et 400 francs pour un non-boursier, ainsi qu’un accompagnement social et médical renforcé.
Au fond, cette rentrée 2026 pose une question simple : comment maintenir l’autorité, l’exigence et la cohésion dans un contexte de fragilité démographique et scolaire ?
La réponse affichée par les autorités est sans ambiguïté : recentrer sur les savoirs, renforcer la discipline, protéger les établissements et garantir l’égalité d’accès.


















