Au Mont-Dore, le scrutin municipal de 2026 ne sera pas une élection comme les autres. Il ne s’agira pas simplement d’un renouvellement de mandat. Il s’agira d’un verdict. Celui d’une population marquée par une crise majeure et qui vote, cette fois, avec la mémoire vive.
En 2020, Eddie Lecourieux l’emportait avec 46,04 % des voix. Une victoire confortable, mais déjà moins écrasante que les précédents scores historiques du clan du Mont-Dore, héritier du RPCR. Pour la première fois, la mécanique paraissait moins huilée. Dissensions internes, lignes politiques qui se brouillent, électorat plus fragmenté : le bastion commençait à montrer des fissures.
Six ans plus tard, le contexte a radicalement changé.
Une maire sortante sans avoir été élue
Élisabeth Rivière se présente pour la première fois en son nom. Elle a succédé à Eddie Lecourieux en cours de mandat, récupérant la mairie sans passer par les urnes. Juridiquement légitime, politiquement installée, mais électoralement jamais testée.
Sa liste se présente sans étiquette officielle. Mais personne n’est dupe : derrière la candidature, c’est bien l’appareil du Rassemblement qui pilote et structure la campagne. Le logo est mis de côté, la machinerie reste intacte.
Cette stratégie vise à élargir. À capter au-delà du socle traditionnel. À faire oublier les tensions internes de 2020.
Mais cette fois, l’élection ne se jouera pas uniquement sur les équilibres partisans.
Le Mont-Dore, commune traumatisée
Depuis les municipales précédentes, deux événements majeurs ont bouleversé la commune : le Covid d’abord, puis surtout les émeutes de mai 2024.
Le Mont-Dore a été transformé en île. Pendant des mois, des habitants contraints de se déplacer en bateau. Des restrictions alimentaires. Des routes coupées. Une population assignée à résidence.
Dans aucune autre commune, l’impact psychologique n’a été aussi fort.
Le vivre-ensemble, longtemps revendiqué comme marqueur identitaire du Mont-Dore, a pris du plomb dans l’aile. Les interventions répétées de la mairie autour de Saint-Louis sont aujourd’hui dans le viseur de l’opposition. Elles alimentent les critiques et cristallisent une partie des grognes.
La question de la sécurité sera centrale. Probablement décisive.
Une opposition fragmentée mais déterminée
Face à Élizabeth Rivière, deux candidatures structurent l’alternative.
Nina Julié, déjà candidate en 2020, repart pour un deuxième tour de piste. Elle avait recueilli 28,70 % des voix. Un socle solide, installé, qui pourrait bénéficier du contexte post-2024.
Petelo Sao se représente également. Cette fois avec le soutien de Calédonie Ensemble, sous l’étiquette de l’Éveil océanien. En 2020, il pesait 9,19 %. Un score modeste mais qui, dans une élection serrée, peut devenir stratégique.
Le Mont-Dore pourrait ainsi se retrouver face à une configuration à trois blocs, avec un éclatement des voix qui rend l’issue moins prévisible qu’à l’époque du RPCR triomphant.
Une élection sous tension sécuritaire
Le candidat qui l’emportera devra convaincre sur un point précis : comment éviter que 2024 ne se reproduise.
Les Mont-Doriens ont vécu l’isolement. Ils ont vécu les pénuries. Ils ont vécu l’incertitude. Le vote sera aussi un vote de protection.
Dans cette commune plus que dans toute autre, les émeutes pèseront lourd dans l’urne. Le scrutin sera moins idéologique que sécuritaire. Moins partisan que mémoriel.
Le Mont-Dore n’élira pas seulement un maire. Il choisira celui ou celle qui incarne la capacité à restaurer l’ordre, la stabilité et une forme de normalité.
Et cette fois, rien n’est joué d’avance.

















